Quatre semaines exactement après les inondations meurtrières, faisant onze victimes dans la capitale, des proches, encore endeuillés par ce drame, se posent des questions, qui demeurent toujours sans réponse. Du côté des autorités, les enquêtes et investigations semblent tourner au point mort. Une façon de laisser le temps faire son oeuvre. N’empêche que les recoupements d’informations effectuées par Week-End auprès des sources concordantes ayant collaboré avec l’équipe de consultants de Singapour confirment que les thèses que s’est évertué d’accréditer le vice-Premier ministre et ministre de l’Infrastructure publique, Anil Bachoo, pour expliquer cette catastrophe nationale, sont loin de faire l’unanimité parmi les spécialistes. Encore moins au sein de l’équipe étrangère, comprenant des spécialistes de Singapore Cooperation Enterprise, du Public Utilities Board (PUB) de Singapour, et de NUDSDeltares. Cette mission est attendue de nouveau au pays à partir du 7 mai pour une analyse approfondie de leurs findings préliminaires et la confirmation de leurs recommandations.
Au cours de leur premier séjour à Maurice, Evan Cheah, directeur adjoint de la SCE, chef de mission, Lim Meng Check, directeur de Catchment and Waterways au PUB, le Dr Joost Buurman, Flood Risk Management Specialist, le Dr Petra Schmitter spécialiste en hydrologie et en gestion de l’eau et Vinod Singh, expert en Water Resources and Flood Expert, ont entamé une série de consultations avec les autorités compétentes. Parmi l’on retrouvait les Top Consultants du ministère de l’Infrastructure publique, y compris les Top Guns de la Road Development Authority (RDA), de la police, de la Météo, des ministères de l’Environnement, des Utilités publiques, des Terres et des Administrations régionales aussi bien que des spécialistes concernés en leur nom personnel.
En sus des exposés sur les circonstances du drame élaborés par les représentants des différents secteurs, les spécialistes de Singapour ont également effectué des descentes des lieux en vue de mieux apprécier les facteurs majeurs ayant contribué de manière substantielle au phénomène des flashfloods du 30 mars. Les sites visités en priorité sont la Flooded Section de l’autoroute, la troisième voie en construction sur La Nationale entre l’échangeur du Caudan et le Port-Louis Waterfront, le tunnel pour piétons menant au Caudan, le projet de la Ring Road ou encore le Ruisseau du Pouce.
Les Singapouriens ne manquent de souligner le caractère exceptionnel des pluies torrentielles à Port-Louis, soit 150 mm en deux heures ou encore 91,4 mm entre 14 heures et 15 heures, ce samedi 30 mars. Entre-temps, les caméras 21 et 22 des Caudan Security Services n’ont enregistré aucun changement du niveau du Ruisseau du Pouce après le tablier du point sur La Nationale. Les premiers changements visibles à la caméra n’interviendront qu’après 15 heures 29, soit plus deux heures et demie après.
Une extrême prudence
Tout en reconnaissant qu’à divers endroits de la capitale, le système d’évacuation d’eau était dépassé avec des débordements, les experts de Singapour ont fait preuve de prudence en n’écartant nullement les travaux de construction de la troisième voie sur l’autoroute à hauteur du Caudan ou encore ceux de la Ring Road comme étant des « contributing factors » significatifs aux flashfloods meurtrières.
Cette démarche est contraire à la position adoptée par le vice-Premier ministre et ministre de l’Infrastructure publique au lendemain du drame. Depuis ce jour-là et bien même avant, soit au lendemain des inondations du mercredi 13 février, Anil Bachoo est monté en première ligne pour exonérer de tout blâme les travaux de la troisième voie sur La Nationale de ces inondations.
Après ce premier constat, l’équipe de consultants de Singapour a préconisé que la thèse défendue par le vice-Premier ministre et ministre de l’Infrastructure publique soit mise à l’épreuve lors d’un prochain round à partir du 7 mai. Face aux explications fournies par les techniciens de l’Infrastructure publique et de la RDA, les Singapouriens demandent à être convaincus pour mettre hors de cause la troisième voie ou encore la Ring Road.
Ainsi, lors du nouveau round, les consultants étrangers prévoient de mener en collaboration avec l’expertise voulue des enquêtes et investigations approfondies et de modelling pour vérifier les répercussions des travaux de la troisième voie sur la Nationale et de la Ring Road comme des facteurs majeurs menant aux inondations dramatiques du 30 mars. Le même exercice est également prévu dans la région de Canal Dayot, où des dégâts considérables ont été enregistrés ce même jour suite à des débordements.
Des sources autorisées soutiennent que la mission Cheah, qui a déjà soumis un rapport préliminaire au Premier ministre, Navin Ramgoolam, a préféré exercer une extrême prudence quant aux causes des inondations meurtrières en recommandant une investigation approfondie à être entreprise subséquemment pour déterminer les « vraies raisons derrière la catastrophe du Caudan » avec en toile de fond les chantiers du Ruisseau du Pouce et de la Ring Road.
Entre-temps, l’enquête policière, qui a été retirée de la responsabilité du chef inspecteur Hector Tuyau de la police du Port, connaît un démarrage laborieux. Les limiers du CID de Port Louis Sud se concentrent sur les interventions des membres du personnel de la Rapid Security Services dans le tunnel du Caudan le jour des inondations. A ce jour, les responsables de cette compagnie ont été pris en contravention et inculpés provisoirement pour non-respect des règlements lors de l’embauche des agents de sécurité.
Néanmoins, en fin de semaine, très peu d’indications étaient disponibles officiellement quant à la date où les conclusions de cette enquête policière seront soumises au Directeur des Poursuites Publiques, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, en vue d’instruire une Judicial Enquiry pour déterminer s’il y a eu négligence criminelle dans la mort de dix des onze victimes du samedi 30 mars…