La tension était palpable depuis la mi-journée devant l’hôtel du gouvernement à l’appel du Black Saturday Emergency Committee, un offshoot du mouvement citoyen Azir Moris, pour une manifestation réclamant la démission du vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques Anil Bachoo. Suite à la tragédie du Caudan, avec dix victimes des inondations meurtrières dans un périmètre de moins de 50 mètres du chantier de la troisième voie sur la Nationale, plus précisément à hauteur du Ruisseau du Pouce, ces manifestants avaient imposé un ultimatum à Anil Bachoo pour soumettre sa démission du gouvernement avant 13 heures. En parallèle à cette mobilisation anti-Bachoo, l’enquête policière initialement sous la responsabilité de la police du Port et puis confiée à la CID de Port-Louis devrait s’intéresser en priorité aux directives de la Road Development Authority pour le déroulement des travaux sur le lit du Ruisseau du Pouce et aux enregistrements des caméras de surveillance installées aux environs du Caudan et de ce même Ruisseau du Pouce.
Pendant une heure, une trentaine de militants d’Azir Moris, regroupés au sein du Black Saturday Emergency Committee, ont manifesté devant l’hôtel du gouvernement pour réclamer la démission du vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Anil Bachoo. Ils ont repris le slogan lancé par les parlementaires de l’opposition à l’encontre du N° 4 du gouvernement à l’Assemblée nationale, mardi dernier « Bachoo kriminel ».
Les manifestants attribuent la tragédie du Caudan, avec les 11 victimes, à l’irresponsabilité du gouvernement. « Gouvernman responsab ! Bachoo 11 kadav ! Bachoo bizin allé ! » devaient reprendre cette trentaine de manifestants alors qu’une foule de badauds s’était massée aux alentours pour suivre le déroulement de cette protestation.
Les autorités n’ont pas lésiné sur les moyens, avec un important déploiement des forces de l’ordre aux abords de l’hôtel du gouvernement. La police craignait une action spectaculaire du groupe Azir Moris devant l’hôtel du gouvernement. Des détachements de la Special Mobile Force (SMF) étaient On Stand-By dans les parages de l’hôtel du gouvernement pour toute intervention si nécessaire.
Finalement à 13 heures, la manifestation anti-Bachoo devant l’hôtel du gouvernement a pris fin sans aucun débordement car l’autorisation pour la manifestation accordée par le commissaire de police, Dhun Iswur Rampersad, était pour une heure. Lors d’un point de presse au Jardin de la Compagnie, les animateurs ont annoncé le maintien au cours de la semaine de la pression pour obtenir la démission du vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques. Ils n’écartent pas la possibilité de clore la protestation avec une grève de la faim.
D’autre part, l’enquête policière sur les causes et les circonstances de la mort atroce des dix victimes des inondations du Caudan devra prendre un nouveau départ cette semaine après la décision incompréhensible du commissaire de police d’enlever ce dossier au chef inspecteur Hector Tuyau, pourtant affecté à la région du port, depuis son transfert de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU). Le chef inspecteur Rugbur de la CID de Port-Louis, travaillant sous la supervision du surintendant Husnoo, a eu ce matin une importante séance de travail de haut niveau aux Casernes centrales en vue d’élaborer un plan de travail avant que le dossier ne soit soumis au Directeur des poursuites publiques pour instruire une Judicial Enquiry.
L’une des premières pièces maîtresses, susceptible d’établir la part de responsabilité des travaux de construction de la troisième voie sur l’autoroute avec des obstructions sur le lit du Ruisseau du Pouce et le cours d’eau, porte sur les instructions en écrit de la Road Development Authority (RDA). Techniquement, les Top Consultants d’Anil Bachoo ont dû émettre une série de conditions à l’intention des contracteurs de la General Construction Co Ltd pour l’extension du tablier du pont enjambant le Ruisseau du Pouce.
Des spécialistes affirment que ce document de la RDA détient la clé du mystère au sujet de la présence de monticules de gravats et d’autres matériaux de construction sur le lit de ce cours alors qu’il ne devrait y avoir aucune obstruction à quelques encablures de l’embouchure avec le port. Les limiers de la CID de Port-Louis devront également comparer ces instructions techniques de la RDA avec les travaux sur le chantier à cet endroit spécifique.
Par ailleurs, un autre élément majeur de l’enquête de la CID de Port-Louis Sud concerne les enregistrements des caméras de surveillance dans la région du Caudan, plus particulièrement ceux de Caudan Security Services Ltd. Cette dernière compagnie, qui avait été sollicitée par Le Mauricien depuis vendredi dernier pour la confirmation de preuves compromettantes et accablantes entre 13 h 09 et 15 h 39 du côté du Ruisseau du Pouce, n’a daigné confirmer ou infirmer ce détail crucial sur le désastre sur le plan humain du Caudan Underpass le samedi 30 mars.
Du côté de la police, l’on se veut rassurant quant à la sécurité de ces preuves. « Aucune possibilité de Tampering de ces preuves », affirme-t-on même si l’on reconnaît que les caméras installées dans le Tunnel de la Mort, sous la responsabilité de Rapid Security Services, ne fonctionnent pas depuis la fin de l’année dernière.
Par ailleurs, les experts de Singapour, dont le Deputy Director du Waterways Department du Public Utilities Board de ce pays, la Dr Petra Schlitter, une Water Resource Engineer et une spécialiste en Water Management, le Dr Jooft Burman, Water Resource Specialist et expert en Modelling des inondations et autres débordements et d’une spécialiste en gestion humanitaire lors des catastrophes naturelles du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), ont déjà entamé leur assignment à la demande du Premier ministre, Navin Ramgoolam.
Les consultants étrangers, qui sont arrivés à Maurice, ont déjà eu des premières séances de travail et des descentes des lieux dès hier. Cet après-midi, ils prévoient une session avec les responsables de la sécurité et des opérations de secours en cas de catastrophes naturelles, soit la police et la Special Mobile Force, aux Police Headquarters. La mission séjournera à Maurice pendant quatre jours avant de rentrer à Singapour pour ensuite soumettre leurs recommandations au gouvernement.