L’enquête judiciaire pour faire la lumière sur les inondations meurtrières du 30 mars 2013 a été marquée hier par le témoignage des proches des victimes qui ont perdu la vie lors de ce tragique événement. Les familles de victimes appelées comme témoin dans cette enquête judiciaire, ont relaté cette expérience traumatisante, certains les larmes aux yeux, d’autres répondant avec amertume aux questions sur ce drame qui restera gravé dans leur mémoire.
Jason Allan Wright, le frère de la victime Jeffrey Allan Wright, qui travaillait à l’hôtel Labourdonnais le jour du drame, devait relater que « vers 16 h j’ai reçu un appel de mon père me demandant d’aller voir ma mère et mon frère, car ils ne répondaient pas à ses appels. Lorsque je suis arrivé près du casino du Caudan, l’eau avait déjà inondé le passage jusqu’au tunnel. À ce moment-là, aucun policier n’était sur les lieux ». Une fois près du tunnel vers 16 h 10, le jeune homme avait demandé aux personnes présentes qu’il connaissait s’ils avaient vu sa mère et son frère. Ceux-ci lui avaient répondu qu’ils ne les avaient pas vus ressortir du tunnel. « J’ai entendu des gens près des complexes commerciaux du Caudan crier en direction du tunnel. J’ai alors vu un corps flotter en dehors du tunnel, dont l’on ne voyait que la nuque. J’ai tout de suite réalisé que c’était le corps de ma mère. Avec l’aide d’un plongeur qui se trouvait sur les lieux, j’ai aidé à retirer le corps de ma mère », devait-il déclarer. Le corps de son frère avait été repêché après plusieurs tentatives des plongeurs. « Après kinn gagn lekor mo mama ki la polis inn koumans barricade partout », devait-il ajouter. Il devait soutenir par ailleurs que le jour du drame, aucun vigile de Rapid Security, dont les services avaient été retenus par la SPDC, ne se trouvait sur les lieux. Selon lui, il y avait un laisser-aller de la part de ces vigiles pendant leurs heures de travail. « Zot ti pe dormi pendan zot l’her travay, ena pa conne ki zot ti pe boire, zot ti paret saoul ».
Louis Allan Peter Wright, le père de la victime Jeffrey Wright, a quant à lui déclaré, la gorge serrée, que « j’avais déposé mes deux fils et ma femme à Port-Louis. Je suis resté jusqu’à 11 h et il n’y avait rien qui présageait une telle catastrophe. » Il devait indiquer que le dernier appel qu’il avait reçu de sa femme fut à 14 h 30. « Dans son appel, elle m’avait dit qu’il pleuvait des cordes et d’apporter des vêtements afin qu’elle aille à la messe à Port-Louis », indique-t-il. Vers 14 h 45, il avait essayé de joindre sa femme au téléphone, mais en vain. C’est par son fils Louis Allan Peter Wright qu’il devait savoir que les corps de son fils et de sa femme avaient été repêchés dans le tunnel sud du Caudan.
Caméra hors service
Allan Wright devait déclarer que depuis que la State Property Development Company (SPDC) avait loué la tabagie à sa femme, en 1997, le service de sécurité du Caudan qui opérait aussi au tunnel informait les propriétaires des tabagies quand il y avait de grosses averses et faisait le nécessaire pour leur sécurité. Ce qui selon lui, n’est plus le cas à présent. « Certains vigiles dont les services avaient été retenus par la SPDC, n’avaient même pas de permis pour effectuer ce travail et ils prenaient même la fuite quand les policiers étaient dans les parages », affirme-t-il.
Lorsqu’il a appris la terrible nouvelle au téléphone par son fils, Allan Wright a tenté de faire le déplacement pour Port-Louis, mais a été informé par le ministre Vasant Bunwaree, avec qui il était en contact, qu’il était impossible de s’y rendre. Arrivé à Terre-Rouge où il n’avançait pas à cause des embouteillages, « on m’avait demandé de me rendre à l’hôpital Victoria à Candos, où le corps de mon fils avait été transféré pour des besoins d’autopsie. »
Questionné sur le fait que son fils et sa mère auraient pu avoir été victime d’autre chose que la noyade, ce dernier devait répondre que « lorski ine gagne zot lekor pour veiller mortuaire, zot ti pe saigner continuellement des oreilles, de la bouche et du nez, mo conné zot ine mort noyé, mais ti capav ena lotr circonstances aussi ». Pour conclure, Allan Wright a demandé à ce que cette enquête judiciaire, une fois terminée, aboutisse vers une décision afin d’éviter que ce genre d’incident ne se reproduise. Selon lui, la caméra défectueuse du tunnel, qui n’opérait plus depuis 2012, aurait pu apporter des éléments essentiels à l’enquête si elle était opérationnelle. Il a demandé que des mesures soient prises afin d’empêcher l’accès au public dans le tunnel en cas de grosses averses vu que de nombreuses personnes empruntent ce passage.
Yasdevi Teewary, la mère de deux des victimes, les frères Teewary, et également la tante d’une autre victime, Toolsyram Ramdhary, devait relater les événements du 30 mars 2013 en versant quelques larmes et avec la gorge nouée. « Mo bann garson ti alle promené Port-Louis sa zour la pou aste paires souliers et apres zot ine alle rann visit zot matante dan ene bann tabazi dans tunnel Caudan », a-t-elle déclaré. Elle devait expliquer que ce n’est qu’après avoir reçu un appel de sa fille lui rapportant que ses fils n’étaient pas sortis du tunnel après les inondations qu’elle s’est rendue à Port-Louis pour s’enquérir de la situation. « Monn arriv Caudan vers 19 h dan ene taxi sa zour-la. Mo pa ti pe capav mett lipie dehors acoz delo laboue partou. Apres ene letemps ine informe mwa ki mo neveu et mo de garson inn mort », dit-elle avec tristesse, la voix presque inaudible.
La tante des frères Teewary, Vishwadevi Rughooputh, appelée à témoigner, devait indiquer qu’elle opérait dans une des deux tabagies au tunnel sud du Caudan ce jour-là et qu’elle était en compagnie des frères Teewary, de Toolsyram Ramdhari et de la victime Pravin Kumar Khoosye. « Mone sorte dan tunnel enn ti moment vers 14 h et kan mone retourné ti ena delo pe coumans rentre dans tunnel la », a-t-elle indiqué. Elle avait alors demandé à ses neveux de fermer boutique, car il était impossible d’opérer dans de telles conditions.
Vigiles rarement présents
« Ene neveux ine appel mwa ine dire moi alle attan zot kot parking Caudan et ki zot pe ramass tout bann zafer pou ferme tabagie la », indique-t-elle. Selon elle, à ce moment-là, l’eau entrait des deux côtés du tunnel. Quand elle était sortie du tunnel pour se réfugier près des complexes commerciaux au Caudan parce qu’elle ne pouvait avancer à cause du niveau élevé de l’eau, « monn reessaye appel mo neveu lor so téléphone portable, mais panne capav zoinn ar li. » Elle devait affirmer qu’à ce moment-là plus personne n’empruntait le tunnel du Caudan et qu’il n’y avait aucun gardien de sécurité dans les environs. Selon elle, ce n’est que vers 16 h que les plongeurs sont intervenus. « Avant bann plonzer ti arrivé, ti ena enn ki ti la en civil kinn aide pou tir lekor Mme Wright ki ti pe flotter en dehors tunnel », soutient-elle. Après plusieurs tentatives, les plongeurs devaient trouver par la suite le corps de trois autres victimes, Jeffrey Allan Wright, Toolsyram Ramdhari et Pravind Kumar Khoosye. « Kan mo ti lor simé pou rentre lakaz assoir kinn informe moi ki mo de neveux ossi ti morts enbas tinel la ».
Le frère de la victime, Toolsyram Ramdhary, a quant à lui raconté qu’il n’était pas allé à la tabagie ce jour-là, alors qu’il y travaillait habituellement, mais qu’aussitôt après avoir entendu les nouvelles sur les inondations à Port-Louis il s’y est rendu dans l’après-midi.
« Mone degaze mone arriv kot Hindu House par la bas mone trouve pa pou cav continue dans transport. Lerla mone bizin marse depi Hindu House ziska Caudan. » Une fois arrivé sur les lieux, il n’a pu que constater le décès de son frère. « Kan monn arriver ti ena deza pompier ek lekor Mme Wright ti fini tire dan dilo. Ler plonzer ine sorti inn dire pena lotr dimoune noune inform zot ki ti mank encor dimoune ki ti pe travay dan tunnel la. » Selon le frère de la victime, « si ti dan tunnel soit inn mor noye ou bien inn capav ine gagn cout courant ossi ».
Le témoin devait ajouter que la pompe du tunnel ne fonctionnait pas correctement et que son frère s’en était plaint à la SPDC. De plus, il s’est plaint du comportement des vigiles à cet endroit. « Normalement tous les zour bizin ena securite dan tunnel, mais zot raremen dans tunnel la. »
Rappelons que six personnes ont péri dans le tunnel sud du Caudan lors des inondations du 30 mars 2013. Celles-ci ont fait au total 11 victimes : Jeffrey Allan Wright, Sylvia Wright, Toolsyram Ramdhari, Pravin Kumar Khoosye, Karmish Saligram Teewary, Dhanraj Saligram Teewary, Retnon Sithanen, Rabindranath Bhobany, Fan Lan wong Tat Chong Lai Kim, Christabel Moorghen et Stevenson Henriette.