Après un mardi mouvementé, une centaine d’habitants du village de Cottage, qui sont descendus dans la rue pour réclamer la présence de leurs députés, sont revenus à de meilleurs sentiments, et ce après les avertissements de l’assistant surintendant de police Manoj Kumar Sembhoo, qui leur a demandé de quitter les lieux au plus vite.

Vers 15h45 mardi, à la grande surprise générale, des manifestants se sont portés volontaires pour aider les éléments de la Special Supporting Unit (SSU) et de la Special Mobile Force (SMF) à enlever sur la route principale toutes les barrières qu’ils avaient eux-mêmes placées et qui, pendant toute la journée, ont contraint les automobilistes à emprunter d’autres voies pour rejoindre leur destination.

« Nou finn dakor pou kopere me li bon ki bann depite dan landrwa kone ki nou pa pou blie zot pou prosenn eleksion. Zot kapav kont lor nou pou zot reeli », a confié au Mauricien un habitant de la Birla Road, qui a donné tout son soutien aux habitants de la localité ayant perdu leurs voitures, vêtements, nourriture, matériels scolaires et mobiliers. « On dirait que c’est un tsunami qui a traversé le village de Cottage. Heureusement que cela s’est passé pendant la journée et non pendant la nuit, sinon on aurait pu trouver des cadavres dans les rues », a-t-il dit.

Les habitants sur place n’ont pas été tendres envers les autorités et disent qu’il « aurait fallu poursuivre les travaux pour la construction d’un drain à proximité du Château de Labourdonnais ». Ils poursuivent : « Des fouilles avaient été effectuées bien avant les élections générales de 2010. S’il y avait un suivi des travaux après la victoire de l’Alliance Lepep, on n’en serait pas arrivé là, car l’eau de pluie passait par ce drain pour sortir ailleurs. » 

Un autre habitant, âgé de 67 ans et habitant Cottage depuis sa naissance, renchérit : « Voilà les conséquences aujourd’hui : ce sont les habitants qui payent les pots cassés de l’incompétence des autorités et zot lager pou gagn nouvo kontra. » Avec l’annonce du mauvais temps à venir, le sexagénaire demande aux autorités « de trouver au plus vite une solution à ce problème pour éviter d’autres catastrophes et avan ki ena mor dom ». Avec les changements climatiques, dit-il, « la région pourrait être arrosée par des pluies plus abondantes ».

Par ailleurs, la police, aidée de quelques volontaires, s’est rendue au domicile des victimes des inondations pour évaluer les dégâts qu’elles ont subis pendant que d’autres volontaires distribuaient des matelas et des vivres.

« Il vous faut également faire un bilan de la situation, faire des vidéos ou prendre des photos avant d’entamer les démarches d’indemnisation », conseille Nicolas, un habitant de la localité, à une mère de famille en larmes.

Quant aux éléments de la SMF et les sapeurs-pompiers, ils ont travaillé pendant toute la journée d’hier à la Virashawmy Road pour retirer les matelas, meubles et produits alimentaires, ainsi que pour débloquer les voitures qui avaient été emportées par les eaux et qui s’étaient entassées l’une contre l’autre dans une cour.

« Nou pe donn koudme pou tir delo pou ki nou kapav dormi inpe bien. Mo bien sagrin kan mo get dan ki leta bann materyel skoler ki mo finn aste lemwa dernie pou mo zanfan pou larantre lekol », nous dit une mère de famille, qui souhaite, elle aussi, que le ministre mentor vienne rendre visite aux familles touchées par cette inondation. Elle ajoute : « Zot vinn devan laport avan eleksion apre zot disparet. »

Soucieuses de l’état de santé de leurs enfants, des mères de famille craignent l’accroissement de la présence de moustiques dans la région en raison des eaux polluées. « Il serait souhaitable que le ministère de la Santé prenne les dispositions nécessaires très vite pour éviter la propagation d’une maladie quelconque », disent-elles.


Victime des inondations: un policier raconte

Le constable Dookhee, un habitant de Piton, a lui aussi été victime des inondations de lundi. Tout comme une dizaine d’habitants, sa voiture n’a pas été épargnée par les fortes pluies qui se sont abattues sur plusieurs régions et, plus particulièrement, à Cottage. Pendant qu’une centaine d’habitants criaient leur colère dans la rue hier matin, réclamant la présence de leurs députés, le policier n’a pas non plus caché sa colère.

« Bann depite ek minis “mentor” prefer res dan Parlman olie desann dan lari pou vinn get soufrans bann dimounn », a-t-il déclaré au Mauricien en présence des habitants qui se sont regroupés autour de lui devant une boutique pour exprimer eux aussi leur colère face à « l’indifférence » de leurs députés. Le constable soutient que les inondations « ont tout emporté dans ma maison ». Il ajoute : « J’ai dû rester chez moi, car mon uniforme était trempé par les eaux de même que les denrées. »


(Témoignage) Basdeo Dokhee (propriétaire de véhicules) :  « Je ne sais plus quoi faire »

Basdeo Dokhee, qui habite le village de Cottage, est propriétaire de cinq camions et d’une voiture. Il loue depuis environ cinq ans une portion de terrain à son voisin afin de transformer en garage pour ses véhicules après les heures de travail. « Mes véhicules ont été inondés depuis lundi dernier et sont toujours bloqués. J’attends la visite de mes assureurs pour trouver une solution. Résultat : les trois chauffeurs qui travaillent avec moi sont au chômage. Nous traversons des moments très difficiles. »