Personne ne s’y attendait. En quelques minutes, ils ont vu un torrent de boue tout emporter. Pour survivre, ils ont dû se débrouiller et compter sur leurs bonnes étoiles. Mais les souvenirs de ce samedi noir restent profondément ancrés.
“En quelques minutes, le niveau d’eau est monté et a englouti ma maison. J’ai assisté, impuissante, au drame qui s’est abattu sur nous”, relate Marlène Madhow, une habitante de Canal Dayot. “Du toit du garage de la compagnie CMC, où mes deux enfants et moi avions trouvé refuge, nous pouvions voir des dizaines de bonbonnes de gaz jaunes qui flottaient dans une grande masse d’eau et des voitures qui s’écrasaient l’une contre l’autre avant de s’empiler. C’était traumatisant”, raconte Joanne Leung, qui est également de la région.
Personne n’imaginait qu’un drame d’une telle ampleur pourrait se produire. Il est 13h15 lorsque Tashana Marie se rend près du canal Dayot, à quelques pas de sa maison, accompagnée de son amie Shannen. Malgré les averses, pour les deux jeunes filles, il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Elles rentrent immédiatement pour retrouver Johana, la soeur de Tashana, et Julian, le bébé de cette dernière, âgé de 18 mois. Mais à peine sont-elles rentrées qu’elles sont surprises par le flot d’eau qui envahit la cuisine en quelques minutes. “Ce qui nous a surtout fait peur c’est que l’eau n’est pas montée graduellement. En un clin d’oeil, l’eau nous est arrivée jusqu’au cou”, dit Tashana.
Le choc à Canal Dayot.
Peu avant que les eaux n’envahissent sa maison, Joanne Leung faisait de la couture, tandis que ses deux enfants, âgés de 4 et 6 ans, dormaient. Ce sont les cris de son voisin qui attireront son attention. Quand elle est sort pour voir, l’eau a déjà envahi sa cour et atteint le niveau de son buste. “C’était le choc, j’étais paniquée, effrayée. Je ne me suis posé aucune question car il fallait agir vite. J’ai pris les enfants dans mes bras et je me suis précipitée vers la rue où le niveau de l’eau m’arrivait au buste. À un moment j’ai dû porter les enfants dans un seul bras et m’agripper à ce qu’il y avait autour de moi pour me tirer vers l’avant. L’eau nous emportait”.
C’est également le voisin d’en face qui a prévenu Marlène Madhow de ce qui se passait. Comme tous les samedis, sa fille Mélissa est rentrée de ses cours aux alentours de 13h. Marlène, elle, est occupée en cuisine. “Kan voizin inn vinn tap laport mo ti kone ki enn zafer pa korek. Depi deor li dir mwa kit lakaz vite.” Marlène et Mélissa racontent qu’il y avait comme des grosses vagues qui se dirigeaient sur elles. En traversant la rue pour se rendre chez le voisin, elles doivent éviter des roues de voiture, des planches en bois, des tonneaux et d’énormes troncs d’arbres. “Kan nou ti lor toit lakaz, to seki ti otour de nou tinn disparet anba delo. Ti pe nepli trouv pie, lakaz voizin, nanyer”, explique Tashana Marie, la voisine de Joanne.
Aidés par leur voisin Claudio à sortir de leur maison, Tashana et les autres trouvent refuge sur leur toit. La panique gagne les filles lorsqu’elles se rendent compte que le petit Julian, trempé jusqu’aux os, a du mal à respirer. “Ses lèvres étaient toutes mauves. Il avait arrêté de pleurer. À un moment, on avait l’impression qu’il ne respirait plus. On lui a fait du bouche à bouche”, raconte Tashana. Pour arriver jusqu’à la maison de leur plus proche voisin, Tashana et les autres s’attachent alors à des cordes. Ils sont aidés par les voisins. “Notre plus grosse peur, c’est lorsque le bébé a glissé du bras de mon voisin et qu’il est tombé dans l’eau. Celui-ci l’a rattrapé de justesse. Julian se dirigeait tout droit sur le mur. C’était comme dans un film”, poursuit Tashana.
Le Tunnel de la mort.
Prise dans les eaux à ce même moment au Caudan Waterfront, Angelica Capillaire raconte qu’il n’y avait personne pour guider les gens vers les sorties. “Tout le monde courait dans toutes les directions pour s’enfuir. Nous étions livrés à nous-même et pris par la panique.”
Un peu plus loin, aux alentours de Mac Donald’s, se souvient Martine Marengo, employée au restaurant Le Tabio au Caudan Waterfront, les gens criaient à l’aide, les enfants étaient apeurés et pleuraient, tandis que les vieilles personnes avaient du mal à trouver leur chemin. “J’avançais difficilement car le courant me tirait en arrière. Alors que je me faisais aider par un homme qui me tirait par la main, je devais prendre un enfant dans mes bras. Il criait car le niveau de l’eau montait et il ne pouvait plus garder la tête à la surface.” De l’autre côté, au niveau du Caudan, dans leurs bureaux à l’étage du bâtiment Dias Pier, les collègues de Vikesh Khoosye observent ce dernier tandis qu’il s’apprête à entrer dans le tunnel. L’un d’eux témoigne : “Il voulait aller aider son ami qui tient une tabagie dans le tunnel. Keshav Ramdharry et lui étaient inséparables. Vikesh a relevé son pantalon et est entré dans le tunnel. Quelques minutes plus tard une masse d’eau est arrivée et a commencé à remplir le tunnel. Nous ne pouvions rien faire d’autre qu’espérer que Vikesh s’en sorte.” Le corps de ce dernier et celui de son ami Keshav seront repêchés plus tard…
Plus tôt, sortie faire du shopping ce jour-là avec un ami, Angelica Capillaire avait emprunté le passage souterrain à côté du Harbour Front pour rejoindre le Caudan Waterfront. Elle s’était même arrêtée à Allana’s Boutik pour saluer son ami Jeff Wright. “Alors qu’on se promenait, on a remarqué que l’entrée du Caudan était remplie d’eau. La sécurité nous a alors demandé de nous réfugier dans le complexe Dias Pier avant de nous diriger vers le parking qui se situe derrière le bâtiment.” C’est alors qu’Angelica prend connaissance de l’ampleur catastrophique de la situation. La moto de son ami, qui était garée près du Harbour Front, était sous les eaux, les rues étaient inondées. La jeune fille rejoint la gare Victoria à pied, en traversant l’autoroute. “Ce n’était pas évident de faire le trajet jusqu’à la gare. Le niveau d’eau était au-dessus de mes genoux. De plus, il y avait plein de déchets qui flottaient et le courant m’emportait par moments. Ce n’est que quand je suis rentrée dans le bus que j’ai pu pousser un ouf de soulagement.”