Maurice veut faire reconnaître son patrimoine musical en inscrivant son séga typique et sa musique folklorique bhojpurie sur la liste de l’héritage culturel de l’humanité de l’UNESCO. Ces deux éléments de la musique traditionnelle mauricienne sont associés à la construction du pays commencée il y a environ trois siècles avec la venue de populations d’Afrique et d’Inde pour travailler dans les plantations de canne à sucre. Cette démarche est appréciée par Marcel Poinen et Kishore Taucoory, deux auteurs-compositeurs-interprètes. La préservation devra cependant se faire convenablement afin qu’on ne déforme pas l’histoire musicale de Maurice, soutiennent-ils.
Marcel Poinen affirme que le séga n’appartient à personne, mais plutôt à tout le monde. « J’ai fait des recherches après que le ségatier Ti Frer a fait connaître cette musique dans l’île. J’ai trouvé ses traces à Madagascar et aux Seychelles, mais aussi à La Réunion. Je crois savoir que le rythme du séga vient aussi du Mozambique d’où sont venus de nombreux esclaves. J’ai écouté les mêmes sons au Kenya », fait-il ressortir.
Selon cet auteur-compositeur-interprète, le séga a beaucoup évolué à Maurice. Le séga moderne et commercial a pris le dessus sur le vrai séga. Aujourd’hui, on ne trouve plus d’albums ou de CD de vrai séga, soutient-il. « Le séga a pris des aspects multiformes : séga la côte, séga typique, séga taverne, séga l’hôtel, séga la cour, séga dans la rue, pour finalement se retrouver au salon. Il y a aussi le séga engagé qui a donné sa juste valeur à la langue créole. Et finalement, le seggae. Le séga nous fait exister mais comme la roue qui tourne, il est en déclin. Il reviendra, mais pour l’instant, il n’y en a pas sur le marché parce que les gens ne sont pas intéressés », déclare M. Poinen. Il propose ainsi la création d’une route du séga pour connaître davantage son histoire. « Il existe beaucoup de personnes qui savent beaucoup de choses, mais elles restent dans leurs coins, il faut aller les chercher. Il y a du travail à faire », souligne notre interlocuteur.
La musique folklorique bhojpurie est quant à elle très populaire dans les villages. Kishore Taucoory, auteur-compositeur-interprète, trouve qu’elle est maintenant plus colorée qu’avant. « La musique folklorique a pris une grande ampleur à Maurice. C’est extraordinaire ! Je ne l’aurais jamais cru », dit-il en rappelant que des groupes musicaux existent désormais dans tous les villages.
« Beaucoup de personnes jouent cette musique, encouragent les jeunes et organisent des compétitions pour les enfants et adultes. Elles s’habillent aussi de manière très folklorique lorsqu’elles interprètent les morceaux », déclare Kishore Taucoory.
La musique folklorique bhojpurie a également évoluée vers des thèmes divers, des registres musicaux variés et inhabituels. Ce que nous écoutons aujourd’hui, c’est une sonorité plus fraîche et plus dynamique mais M. Taucoory explique que, contrairement au séga, le modernisme n’a pas fondamentalement changé la musique bhojpurie. « Elle se joue principalement à des occasions spécifiques – à la naissance, à des mariages, quand il ne pleut pas, par les agriculteurs travaillant dans leurs champs, à des fêtes religieuses hindoues… Tout cela ne peut changer de rythme car cette musique est toujours accompagnée par les instruments de base que sont le dholok, le khartal, l’harmonium, le lota et autres instruments rudimentaires », souligne-t-il.
Cependant, la production de disques est en baisse. Les auditeurs montrent plus d’intérêt pour la musique occidentale et indienne. Faire inscrire le séga typique et le “folklore bhojpuri” au patrimoine musical de l’UNESCO est un pas important dans la préservation du folklore mauricien. Des Mauriciens ne veulent ainsi pas qu’on oublie ces deux musiques…