Bien qu’aucune date ne soit encore annoncée quant aux élections générales, le pays se dirige progressivement vers les urnes. Pour les partis traditionnels comme pour les autres, le temps est donc venu d’affûter ses armes en mettant l’accent sur quelques grands enjeux sociétaux. Autant le dire tout de suite, il est plus que probable que l’on assiste aux mêmes discours que ceux qui nous auront été servis jusqu’ici durant ces 50 dernières années. Les législatives, comme le savent parfaitement tous ceux engagés dans cette course, se gagneront cette fois encore à grands coups de slogans, de promesses populistes et de vociférations, chacun étant convaincu de détenir « la » solution pour un rétablissement de la justice sociale. Aussi, fort de ce constat, il apparaît d’ores et déjà évident que les questions les plus primordiales seront éludées.

Quels que soient les discours tenus, y compris au niveau de l’extrême gauche, l’on ne peut en effet que constater un évident déphasage entre les priorités politiques et celles de l’imminence de l’effondrement de nos systèmes capitalistes. En ces temps obscurs, face notamment aux défis du changement climatique, d’une probable nouvelle crise économique mondiale, d’une pénurie alimentaire planétaire, d’un exode des populations et de notre incapacité à respecter nos engagements et à ouvrir de nouvelles voies énergétiques, le monde tarde à se réveiller, car plongé depuis trop longtemps dans une espèce de léthargie intellectuelle. Face à ses risques systémiques, dont l’espèce humaine aura du mal à se relever (si elle y arrive), l’urgence n’est en effet nullement dans la hausse de la pension de vieillesse, pas plus que dans la croissance économique, dans le développement urbain ou dans tout autre avantage social dont l’intérêt ne serait qu’immédiat. Non, la vraie urgence, et la seule qui mérite d’être en tête de liste de tout manifeste électoral, est l’urgence climatique.

Certains acteurs politiques, peut-être plus par capitalisation que par réelle conviction d’ailleurs, ont néanmoins déjà décidé, alors que la campagne n’est pas encore officiellement lancée, de rappeler cet enjeu. Et l’on se doit bien sûr de les en féliciter, quelles que soient leurs motivations, l’essentiel étant pour l’heure de démocratiser le discours environnemental. Ainsi, lors d’un récent forum sur l’environnement organisé par son parti, le leader du MMM, Paul Bérenger, estimait ainsi que nous avons « de grandes responsabilités au niveau planétaire », ajoutant que « même si on est un petit pays, on doit jouer pleinement notre rôle ». Profitant naturellement de l’occasion pour fustiger la politique énergétique de son ancien compagnon de lutte Ivan Collendavelloo, aujourd’hui dans les rangs de la majorité, il estime également qu’il faut « être sérieux sur le dossier énergétique (et) des gens sérieux pour gérer ce dossier globalement, avec une approche holistique ». 

Un discours, il faut le reconnaître, intéressant, dans la mesure où le leader des Mauves pointe du doigt certaines carences institutionnelles, à l’instar de l’absence d’un ministère uniquement dédié à l’environnement. En revanche, l’on pourra regretter que ce dernier, sur la question énergétique, soit resté aussi muet qu’il l’aura été depuis des mois à l’Assemblée concernant le projet de Combined Gas Cycle Turbine et sur le possible recours au gaz naturel liquéfié, source énergétique, faut-il le rappeler, aux conséquences tout aussi désastreuses pour le climat que le sont le charbon et le pétrole, du fait de la libération de méthane lors de sa production.

Reste, encore une fois, que l’important, aujourd’hui, est bien de mettre l’emphase sur la douloureuse question climatique. Ce qu’a fait Bérenger, et que feront aussi peut-être (du moins espérons-le) d’autres leaders de formations politiques. Pour autant, il ne s’agit encore que de discours, et rien ne dit qu’ils seront suivis d’actions une fois les élections passées. Aussi, dans la conjoncture, et au vu du peu de crédibilité que l’on peut accorder à nos décideurs d’hier, du jour et de demain, l’électeur apparaît-il être le seul à pouvoir influer sur le cours des événements. Notre jeunesse pourrait ainsi donner l’exemple, à commencer par les activistes, en adressant pourquoi pas un message fort à ceux engagés pour la reprise des affaires de l’État. Représentant en effet une importante part de l’électorat, ces derniers pourraient ainsi décider de n’accorder leurs voix qu’à ceux qui feront de l’environnement leur principale priorité une fois au pouvoir.

Comprenez bien qu’il ne s’agit nullement d’encourager quelconque mouvement insurrectionnel, mais de pousser les élus de demain à revoir leur copie en matière de développement durable. Replanter un arbre pour chaque arbre abattu ne sert à rien. Pas plus que de retransformer le pays en gigantesque champ de canne alors que nous devrions au contraire favoriser l’autosuffisance alimentaire. Quoi qu’il en soit, il s’agira bientôt pour le peuple de choisir entre des avantages immédiats et sa simple survie dans le long terme.

Michel JOURDAN