La réforme électorale a été, on le sait pour sûr maintenant, présentée pour la forme. Parce qu’elle n’avait, en l’état, aucune chance d’être adoptée. Si le gouvernement voulait vraiment en faire un texte de consensus, il s’en serait pris autrement. Il aurait enregistré les griefs de l’opposition et fait un effort pour les intégrer dans son projet dont les voix étaient indispensables pour arriver aux trois quarts qui lui auraient permis de passer le test de la constitutionnalité.

Dans le concert des voix qui se sont élevées pour dire non à toute réforme électorale, un nouveau refrain est revenu : l’organisation d’un référendum pour laisser le peuple décider. Qui ne serait pas favorable à un exercice de démocratie participative ? Mais est-ce bien raisonnable ? Imaginons un seul instant des consultations populaires pour toute initiative qui s’inscrirait dans la logique des droits et du développement qui se sont posés ces dernières décennies ?
Pour le projet d’avortement thérapeutique voté en 2012, il aurait fallu un référendum, pour la peine de mort, un autre, avec le résultat que l’on sait, surtout au lendemain d’un crime crapuleux pour laisser libre cours à ce que Robert Badinter, qui a fait abolir la peine capitale en France en septembre 1981, appelait la « dictature de l’émotion ». Et si une erreur policière et judiciaire venait à être établie et qu’on aurait déjà exécuté un justiciable, que ferait-on, un autre référendum pour abolir la barbarie d’un État capable de se tromper de coupable ?

Ceux qui suggèrent la voie référendaire sur la réforme électorale sont ceux qui, en réalité, sont contre toute modification de la loi existante et qui ont probablement honte quelque part de militer ouvertement pour le statu quo, parce que cela ferait mauvais genre d’être pour un système injuste et dépassé. Alors, le référendum devient, comme dit l’autre, ce « machin » qui a les atouts d’un exercice démocratique, mais qui peut s’avérer, on le voit ces jours-ci, aussi compliqué si ce n’est paralysant qu’un vote sur le Brexit.
Les référendums, concentrés sur un sujet, c’est comme les sondages, c’est l’humeur du moment, ce ne sont pas les élections, une campagne populaire autour d’une confrontation d’idées et d’un large programme. Alors réclamer des référendums, c’est se sauver devant ses responsabilités. Le gouvernement Lepep avait bien, sur la base de son programme, un mandat pour apporter une réforme, mais pas n’importe laquelle et encore moins un projet qui rend plus injuste le système qui existe déjà.
La réforme électorale, c’est pour on ne sait pas quand et pour quel gouvernement à venir. Mais la Declaration of Assets, quand bien même imparfaite, est elle bien là. Faut-il s’est réjouir pour autant ? Non. Il faut, comme l’a unanimement soutenu l’opposition, être extrêmement vigilant sur cette question, parce que celui qui a été désigné pour être le dépositaire des déclarations des élus locaux, régionaux et les grands commis n’est autre que cette ICAC qui est devenue un corps paraétatique comme les autres avec ses nominés politiques. Encore une des institutions vampirisées par le pouvoir en place.

Lorsque l’ICAC avait été créée en 2002, le mode de sélection des commissaires était idéale. Trop même. Il y avait un Appointments Committee, composé du président de la République, du Premier ministre et du leader de l’opposition, qui désignait les dirigeants de l’ICAC et qui pouvait les destituer, sur un vote unanime et pas autrement. En 2006, le gouvernement dirigé par Navin Ramgoolam changea le procédé et en fit un organisme comme un autre avec des nominés du Premier ministre.
Et alors qu’on aurait pu penser que le gouvernement Lepep reviendrait en 2014 sur une formule améliorée de 2002, pour plus de flexibilité opérationnelle, avec peut être la suppression d’un vote unanime de l’Appointments Committee et l’introduction d’un vote majoritaire, rien de tout ça. Il a fait pire que sous l’ancien régime en dépit de ce que, fidèle à son habitude, Étienne Sinatambou a voulu nous faire gober lors de son intervention sur le New Declaration of Assets Bill. Est-ce qu’on mesure bien ce qui s’est passé depuis 2014 ? Trois directeurs en trois ans comme à la MBC et ailleurs.

Le nominé de Navin Ramgoolam, Anil Kumar Ujodha, est débarqué de l’ICAC juste après les élections de 2014. Lutchmeeparsad Aujayeb est installé avant même que les procédures de consultations avec le leader de l’opposition ne soient complétées. Il avait fait beaucoup d’efforts, lui l’ancien magistrat, pour paraître un peu neutre, mais c’était sans compter les deux agents politiques du MSM qu’on lui avait collés aux basques, l’ancien directeur de la National Intelligence Unit Narain Krishna Peerun et la candidate ratée Shakilla Jhungeer, présentée comme une recrue de choc au Sun Trust en mars 2014.
Nominés politiques, réflexe politicien. Se souvient-on des frasques de Shakilla Jhungeer qui, en juillet 2015, fébrile et impatiente que son directeur ne fasse pas diligence sur le dossier Sun Tan du DPP, démissionna avec fracas et en se fendant, en plus, d’un communiqué pour expliquer son geste. Mais en bonne activiste politique, dès que ses patrons du MSM lui ont demandé de reprendre son poste, elle s’est très vite exécutée.

Son retour signait le sursis de Lutchmeeparsad Aujayeb, qui finit par quitter l’ICAC pour retourner au Parquet en décembre 2015. Et alors que Roshi Bhadain était aux Services financiers, son cousin par alliance, Kaushik Goburdhun, le conseiller légal de l’ICAC, prit le poste de directeur par intérim de la commission, avant de jeter lui aussi l’éponge au bout de quelques mois. Et c’est alors que SAJ fit venir Navin Beekarry, celui qui en fait tout un plat dès qu’un micro lui est tendu et qui assure que les enquêtes, ce n’est pas comme la confection de gâteaux piment. Aussi, avec un tel palmarès, serait bien naïf ou dupe celui qui ferait confiance à l’ICAC…

Josie Lebrasse