Leur monde, c’est celui du silence. Mais ils communiquent entre eux et respirent la joie de vivre lorsqu’ils sont ensemble. La société a encore du mal à leur faire de la place. Les sourds et les malentendants souhaitent que l’on entende leur désir d’être mieux acceptés.
Dans l’autobus qui se dirige vers Port-Louis, la conversation entre deux jeunes est inhabituelle. Pas un son ne s’échappe de leurs bouches; ils s’expriment par des gestes rapides de la main, en articulant certains mots. Ces deux élèves de l’école des Sourds de Beau Bassin parviennent à communiquer sans problème. Mais ils sont les seuls à pouvoir se comprendre, ce qui explique leur difficile intégration dans la société.
Langue des signes.
Beaucoup a été fait pour favoriser l’intégration des handicapés. Mais des lacunes subsistent, soulignent Marian Sumun et Zakir Abdool de l’Association des Parents des Déficients Auditifs (APDA). En effet, de nombreux parents doivent encore se battre pour que leurs enfants puissent être scolarisés et devenir autonomes. Sans aide sociale dans certains cas, ces parents ont beaucoup de mal à trouver l’argent nécessaire pour payer le van scolaire ou pour l’achat d’équipements, comme les appareils auditifs dans le cas des malentendants. Certains gadgets électroniques et signaux lumineux susceptibles de les aider dans la vie de tous les jours sont hors de portée de nombreuses bourses.
La politique de l’État pour favoriser l’emploi des handicapés est appréciable, mais elle doit aussi être accompagnée d’autres mesures. L’embauche de ces personnes est souvent difficile, faute de formation adéquate. Pour qu’un sourd puisse s’adapter à un travail et communiquer avec les autres, c’est tout son entourage immédiat qui doit connaître la langue des signes. Ce qui n’est évidemment rarement le cas. Les sourds sont souvent en cercle fermé car ils arrivent à mieux “s’entendre” et se comprendre.
L’APDA se dit prête à former les personnes qui le souhaitent à la langue des signes. Deux jeunes de l’association regrettent que les informations dans la langue des signes à la télévision ne soient diffusées que sur une base hebdomadaire, qu’elles soient vieilles d’une semaine et d’une durée trop courte.
Matériel visuel.
À l’école, dans le passé, les enfants souffrant de surdité n’ont pas été nombreux à franchir le cap du Standard VI. D’autres ont dû poursuivre leurs études à l’étranger par manque de facilités pour le faire à Maurice. Aujourd’hui, grâce à un interprète et aux dispositions prises dans certains collèges, ils sont quelques-uns à atteindre la Form VI. Un étudiant sourd est inscrit en web design à l’Université de Maurice. En dépit des difficultés qu’il rencontre, il se réjouit d’avoir sa soeur à ses côtés pour l’aider, mais regrette de ne pouvoir se faire des amis sur le campus.
À l’APDA, du préprimaire au Standard VI, les classes comportent les mêmes leçons que pour la filière normale, avec davantage de matériels visuels. Toutes les explications sont données en utilisant les signes appropriés par un personnel formé à cet effet. L’école accueille aussi des classes prévocationnelles et dispose de plusieurs DVD pour l’apprentissage de la langue des signes, produits par une équipe au sein de l’association.
Soutien.
Marian Sumun affirme que les sourds et les malentendants ne sont pas si différents des enfants et des jeunes de leur âge. “Ils ont besoin d’un peu plus de soutien pour qu’ils puissent progresser.” Ceux qui réussissent aux examens de Standard VI sont admis dans les collèges de la filière normale, mais sont accompagnés par un interprète afin qu’ils arrivent à suivre les classes. “Ils sont intelligents et doués. Ce qui leur manque, c’est davantage de soutien”, confie Zakir Abdool. Parmi les formations qui ont la cote auprès de ces enfants : tout ce qui touche à la mécanique, l’électronique, l’électricité, la coiffure…
L’association organise également plusieurs séminaires sur des sujets qui permettent aux enfants d’engranger le maximum d’informations afin qu’ils soient au courant des éventuels dangers qui les guettent en société. L’APDA veille également à leur autonomie, que ce soit pour des transactions bancaires, faire des courses, payer les factures (eau, électricité) ou voyager seul par le transport en commun. “Ils sont capables de mener une vie normale mais ils ont besoin d’un encadrement adéquat”, souligne Zakir Abdool.