La connectivité et la stratégie régionales pour le transport aérien feront l’objet d’une conférence de deux jours organisée par la Commission de l’océan Indien (COI), les 2 et 3 mai prochains. Cette manifestation s’inscrit dans le cadre de la mission de la COI visant à faciliter l’intégration régionale, a indiqué son secrétaire général, Jean Claude de l’Estrac, à une conférence de presse hier.
Pour le secrétaire général de la COI, la connectivité aérienne régionale est un élément essentiel à l’intégration économique et de l’Indianocéanique. Cependant, a-t-il observé, beaucoup de compagnies se sont trouvées dans l’obligation de réviser leurs plans stratégiques et la fréquence de certains vols et d’abandonner certaines destinations. « Une des raisons avancées le plus souvent est la tendance haussière du prix des produits pétroliers. Pour de modestes compagnies de la région, les effets de la crise sont désastreux. L’étroitesse des marchés, l’éloignement des principaux foyers émetteurs de touristes et les marchés d’exportation ne facilitent pas leurs tâches. Le morcellement de l’offre régional entre les transporteurs nationaux, la compétitivité tant régionale qu’internationale des compagnies compliquent les choses. »
C’est dans le but d’essayer de chercher des réponses à ces problèmes que la COI a décidé de réunir toutes les parties concernées à la conférence de la semaine prochaine. Les conclusions seront remises aux dirigeants des pays de la région.
La conférence sera inaugurée par le ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell. L’ambassadeur Alessandro Mariani, chef de la délégation de l’Union européenne à Maurice qui parraine la conférence, prendra également la parole.
La conférence comprendra six tables rondes de manière à faire le tour de la question de la desserte aérienne dans la région. Elle débutera par un aperçu général sur le transport aérien. Cette session sera animée par Vijay Poonoosamy, vice-président de l’International and Public affairs d’Etihad Airways.
Les représentants de l’Organisation de l’aviation mondiale et de l’Organisation mondiale du Tourisme interviendront également. Anver Versi, éditeur de l’African Business Magazine, animera une session consacrée à la perspective sur la région de l’Indianocéanie et en Afrique sur le transport aérien. Paul Moore, un consultant, évoquera des études faites par la COI. Un représentant de la Banque mondiale fera également une présentation. Raj Makoond, directeur du Joint Economic Council (JEC), animera une session sur les perspectives et stratégies des pays membres de la COI sur le transport aérien. On s’attend à ce que les représentants des pays membres interviennent. Georges Chung Tick kan, économiste, qui avait dans le passé proposé sans succès aux autorités mauriciennes la création d’une compagnie aérienne, animera pour sa part une session de travail sur les contraintes des utilisateurs du transport aérien et les perspectives du secteur privé. Des opérateurs engagés dans différentes activités touristiques interviendront également, ainsi que les représentants de la MEXA, de l’Association des importateurs et des exportateurs, du Club Export Réunion.
Rama Sithanen, ancien ministre des Finances qui a été également un stratège de la compagnie Air Mauritius, animera une session sur le thème « Quelle stratégie pour le transport aérien ? Les prérequis, les approches/étapes, les obstacles et les défis ». Plusieurs questions et des propositions seront évoquées à cette occasion. Parmi ces propositions, figurent la création d’une compagnie aérienne régionale ; le maintien des compagnies aériennes nationales pour desservir la région et le soutien d’un partenaire stratégique d’envergure commun ; la création d’une compagnie régionale par les pays membres de la COI ; la création d’une compagnie régionale en plus des compagnies nationales ; la création par les pays membres ou par un opérateur de l’Indianocéanie ou extérieur d’une compagnie low cost dont le périmètre de desserte est restreint à la région. À l’issue de cette session de travail des recommandations seront faites.
« Ce qu’on peut appeler en quelque sorte les états généraux de l’aviation civile régionale arrive à point d’autant que par un concours de circonstances une conférence internationale sur la même thématique à l’échelle mondiale cette fois se tiendra également en mai au Canada », a déclaré M. De L’Estrac. Les débats porteront sur les moyens d’assurer à tous une connectivité aérienne à un prix abordable, en toute sécurité, vers des destinations nombreuses et à des fréquences raisonnables. Toutes les compagnies de la région (Air Austral, Air Madagascar, Air Mauritius et Air Seychelles) après la disparition de la cinquième, Air Comores, sont déficitaires. « Nous avons pu mesurer dans chacun de nos pays membres les conséquences de cette situation qui contraint les compagnies à abandonner certaines routes, ce qui a pu aider au redressement de leurs finances mais qui a posé dans le même temps des problèmes à d’autres secteurs, dont le tourisme et les industries d’exportation », a soutenu M. De l’Estrac.
Le secrétaire général de la COI considère que question de la stratégie aérienne est un enjeu majeur pour un pays et non une question limitée aux intérêts d’une compagnie aérienne nationale. « Pour nos pays, cet enjeu touche directement à son modèle de développement. Il en est de même pour la région… »
Le secrétaire général de la COI considère que pour notre région, ce n’est que du bon sens que de questionner la pertinence du morcellement de notre offre aérienne alors que nos marchés sont étroits, éloignés des foyers émetteurs de touristes. « Sur la carte du monde, nous ne pesons pas grand-chose, n’attirant que 2 millions du demi-milliard de touristes qui voyagent par avion dans le monde. De fait, les coûts d’opération de nos compagnies sont exorbitants. Et ces coûts sont directement imputés aux citoyens qui paient les billets d’avion excessivement cher et aussi quand les États puisent dans les fonds publics pour subventionner les compagnies nationales déficitaires », observe M. De l’Estrac.
Ce que tous les pays du monde et toutes les compagnies aériennes savent, c’est que le statu quo n’est pas une option.