Après avoir banni les sacs en plastique en 2014, Rodrigues est sur le point d’interdire les pailles et les couverts en plastique ainsi que les take-away en polystyrène. Une initiative en phase avec l’idée de faire de Rodrigues une île 100 % écologique. Quatre ans après l’entrée en vigueur de la première mesure, un constat sur le terrain indique que les sacs en plastique ne sont plus visibles dans la nature, selon le Commissaire de l’Environnement et les ONG. La population semble accepter les mesures mais souhaite plus d’alternatives.

Après les sacs en plastique, les pailles et les couverts en plastique ainsi que les take-away en polystyrène seront bientôt interdits à Rodrigues. Une autre initiative qui s’insère dans la démarche de faire de Rodrigues une île 100 % écologique. “Quelque 110 000 pailles en plastique sont utilisées tous les ans, notamment pour boire du lait de coco, et se retrouvent dans les dépotoirs. On veut bannir tout ce qui est utilisé une seule fois et qu’on doit jeter”, indique le Commissaire de l’Environnement, Richard Payendee. Des alternatives ont déjà été trouvées et devraient être davantage exploitées aussitôt l’interdiction mise en application.

“Il existe des pailles et même des couverts qu’on peut manger après les avoir utilisés. On mange avec la cuillère puis on mange la cuillère comme dessert, c’est génial. C’est fait à base de farine de blé et d’autres ingrédients naturels, c’est nourrissant.” Il précise qu’il en existe déjà sur le marché. Quant aux take-away en polystyrène, ils sont appelés à être remplacés par des take-away biodégradables.

Déclic.
Avec cette nouvelle mesure, Rodrigues poursuit sa démarche de devenir une île 100 % écologique. Si l’on en croit le Commissaire de l’Environnement, “on ne voit plus du tout de sacs en plastique de nos jours sur le sol rodriguais.” Quant aux Rodriguais, s’ils ont boudé la mesure au début, ils semblent avoir adhéré à l’idée. “Au début, je me posais des questions. Je me demandais comment on allait faire quand on irait au marché ou à la boutique. Mais après, j’ai compris la pertinence de la mesure. Je me suis rendu compte à quel point nos habitudes avaient un impact négatif sur la nature. Ça a fait un déclic. Nous avions l’habitude d’acheter des sacs en plastique et de les jeter après une seule utilisation. Depuis quatre ans, j’ai pris l’habitude de laver les sacs en toile que j’achète et je les réutilise”, confie Sony Françoise, gérante d’une garderie à Anse aux Anglais. Elle va même jusqu’à refuser quand on lui donne des sacs en plastique quand elle vient à Maurice. “Moi je refuse catégoriquement. Quand je viens à Maurice, je rends son sac en plastique au commerçant.

Nous nous sommes déjà habitués à ne plus utiliser les sacs en plastique.”
Pour sa part, Karl Gentil, président de l’association des Consommateurs de l’Île Rodrigues, avance que jusqu’ici il n’a reçu aucune doléance de la part des citoyens contre l’interdiction de sacs en plastique, et estime que les nouvelles mesures sont bonnes pour l’environnement rodriguais. “Il n’y a eu aucune plainte, mais vous savez, le Rodriguais n’est pas très habitué à venir contester sur la place publique”, précise-t-il. D’autre part, certains pensent que plus d’alternatives doivent être trouvées pour aider le Rodriguais dans son quotidien, surtout en ce qu’il s’agit de conserver de la nourriture au réfrigérateur. “J’avais l’habitude d’acheter beaucoup de poissons et les stocker dans le congélateur. Avec l’interdiction des sacs en plastique, je ne peux plus les découper et les ramasser dedans. Je suis contraint de les mettre directement dans le congélateur. Il faudrait qu’on trouve des alternatives pour ce genre de choses”, confie Mario Agathe, ébéniste à Baie Topaze.

Inquiétude.

Certains commerçants sont eux inquiets pour leur gagne-pain devant les nouvelles mesures qui seront bientôt instaurées. C’est le cas de Christian Roussety, gérant d’une pizzeria à Anse aux Anglais. “La Commission va interdire les take-away, ça va me poser un problème car je m’en sers pour stocker ma matière première. Je ne sais pas comment je vais faire pour travailler si on les interdit. Les ingrédients que j’utilise ne peuvent être conservés dans des boîtes en carton. Il faudrait que les autorités se penchent là-dessus.”\

Les Rodriguais se sont habitués à utiliser des sacs en Vacoas, qui sont une des alternatives aux sacs en plastique.

Du côté des ONG, on salue l’aspect écologique de l’interdiction des sacs en plastique, tout en soulignant que le Rodriguais y a parfaitement adhéré. “Nous accueillons favorablement ces mesures et nous sommes aussi satisfaits des alternatives proposées. Le constat est que le Rodriguais a bien pris cette mesure, il a compris la philosophie derrière”, soutient Yashil Ramchurn, président du Rotary Club de Rodrigues. Liliana Meunier, de la Mauritian Wildlife Foundation à Rodrigues, abonde dans le même sens. “Interdire les sacs en plastique était une bonne mesure, on avait des soucis avec les sacs accrochés aux arbres partout. C’était comme des guirlandes, ça gâchait le paysage. De plus, ce n’est pas une contrainte de ne pas utiliser des sacs en plastique.

On utilisait déjà des sacs en vacoas auparavant.” Son collègue, Reshad Jhangeer-Khan, précise que l’environnement marin rodriguais bénéficie largement de ces mesures. “Ces sacs en plastique arrivaient dans les lagons et se faisaient avaler par des tortues ou d’autres animaux marins et finissaient par les tuer. De plus, les sacs allaient se poser sur les coraux assez régulièrement, les stressaient et ils n’arrivaient plus à pousser. Interdire les sacs en plastique ne pouvait être que bénéfique pour cet aspect-là.”

Le président du Rotary Club de Rodrigues soutient cependant qu’il aurait souhaité que les ONG aient un plus grand rôle à jouer dans l’optique de mieux encadrer ces mesures. “Quelque part, la contribution des ONG pourrait apporter encore plus de succès à ces projets. Nous avons certes participé à une démarche de sensibilisation, mais le succès aurait pu être plus grand si on nous avait invités à être plus impliqués.”
Prochaine étape, les emballages en plastique

Tout de suite après l’interdiction des pailles, des couverts et des take-away, ce sont les paquets d’emballage en plastique qui seront sous le viseur de la commission de l’environnement. “On fait souvent des études de caractérisation dans les dépotoirs afin de voir le type d’ordures qu’on y trouve. On ne voit plus de sacs en plastique, par contre on voit des emballages en plastique. Pour le moment, il y a le libre marché entre Rodrigues et Maurice. Les gens peuvent acheter des produits de Maurice qui viennent avec ces emballages, ça devient un autre problème mais on est en train de travailler dessus. On va demander aux importateurs de nous demander la permission avant de prendre des produits et, nous, on va décider en ce qui concerne l’emballage. Ce n’est pas croyable que les roues viennent dans des emballages en plastique, c’est du n’importe quoi. Dans cet élan de faire de Rodrigues une île écologique, il y a beaucoup de choses à réaliser mais on ne peut pas tout faire d’un coup. Chaque année, il y aura des actions qui iront dans cette direction”, explique-t-il.

Karim Jaufeerally, membre de l’Institute of Environment and Legal Studies

“Rodrigues, un exemple à suivre”

“Rodrigues est un exemple à suivre. Je suis d’avis que tout sac en plastique à usage unique devrait être interdit ou bien être biodégradable. En partie c’est déjà le cas car bien des sacs en plastique sont maintenant biodégradables. Mais je suis aussi d’avis que nous devrions sérieusement penser à interdire les bouteilles en plastique jetables qui sont très polluantes. Nous devrions retourner à la consignation de bouteilles comme c’était le cas auparavant.”