Nouvelle année, nouvelles habitudes. Les Mauriciens devront s’y faire: les sacs en plastique sont interdits à Maurice! En dépit des protestations de la Plastic Products Manufacturers & Users Association (PPMUA) réclamant un moratoire de six mois, l’Environnement Protection (banning of Plastic Bags) Regulations 2015, promulgué en août dernier, est entré en vigueur. Zéro tolérance pour les sacs en plastique! Si les commerçants respectent la nouvelle loi, c’est le cafouillage pour les consommateurs. Les vieilles mauvaises habitudes ont la dent dure et beaucoup ne sont pas préparés à ne plus utiliser les sacs en plastique. En plus, la population ne semble pas être correctement avertie sur la nouvelle loi. D’où le chaos, ces premiers jours…
En ce début d’année, il est impératif de prendre de nouvelles bonnes habitudes. Sinon, l’on risque une amende pouvant s’élever à Rs 10,000 si on enfreint la loi. Or, les Mauriciens n’y voient pas très clair. Depuis vendredi, dans les magasins, les restaurants, auprès des marchands de fruits confits, les vendeurs de gâteaux, c’est le cafouillage. Si les commerçants, même dans le flou, respectent la consigne, pour les consommateurs, la confusion est totale. Outre le fait qu’ils ne pensent pas à la nouvelle loi, nombreux sont ceux qui, arrivés devant le vendeur, se retrouvent dans l’embarras car ne disposant pas de sac pour y mettre leurs courses.
Si, dans certains commerces, des sachets en papier sont mis à disposition, comme dans les rayons fruits et légumes des supermarchés, dans d’autres commerces tels que les boulangeries, les commerçants n’ont pas investi, estimant que c’est au consommateur de prendre ses précautions.
D’autres commerçants ont trouvé, là, un créneau à exploiter avec la vente de sacs en tissu, dont les prix auprès des marchands ambulants varient entre Rs 15 et Rs 50 ou plus.
Loi pas assez claire
À ce stade, la nouvelle loi n’est pas assez claire quant aux interdictions et dérogations. ??La campagne de sensibilisation que le ministère de tutelle avait prévue à cet effet a été retardée en raison de la demande d’injonction logée par la PPMUA qui souhaite un moratoire afin que les producteurs puissent se préparer à la politique de zéro plastique. Demande rejetée, mardi dernier, en Cour suprême. Or, le public également ne semble pas préparé à la nouvelle loi qu’il a tendance à oublier.
Selon les nouvelles réglementations, il est interdit d’utiliser et de vendre des sacs en plastique avec manches, les sacs noirs avec et sans manches, ainsi que les sacs non-biodégradables. Neuf types de sacs ne sont pas frappés d’interdiction :
– les rouleaux de sacs transparents pour les besoins alimentaires, dont les fruits de mer frais, les produits réfrigérés, la viande, la volaille ;
– les sacs poubelles ;
– les sacs d’emballage où les produits sont scellés avant la vente sur le marché local pour l’exportation ;

– les sacs à des fins agricoles ;
– les sacs utilisés pour l’échantillonnage ;
– les sacs pour le marché de l’exportation ;
– les pochettes transparentes ne dépassant pas 300cm ;
– les sacs transparents utilisés par les passagers transitant par l’aéroport, et 
– les sacs pouvant contenir les liquides, aérosols ou gels.

Plus de 6 mois pour s’y préparer
Des alternatives existent aux sacs en plastique, rappelle le ministère, indiquant que quelque 300 millions de sacs en plastique sont utilisés par an à Maurice. Des statistiques inquiétantes tenant compte qu’il faut au moins 400 ans pour que le plastique se dégrade. D’où la fermeté du ministre Raj Dayal face à la requête de la PPMUA. Si les membres de l’association, qui avancent qu’ils ne sont pas contre la nouvelle loi, expliquent que leur demande découle d’un manque de temps pour se préparer à son entrée en vigueur – incluant la nécessité d’impression sur les sacs permis à l’utilisation –, Raj Dayal souligne qu’ils ont eu 6 mois pour s’y préparer. Et de faire ressortir que cette mesure, qui date de 2004, se devait absolument d’entrer en vigueur, comme annoncé en avril dernier dans le discours budget.
La PPMUA souligne, elle, que la France – où le projet de bannir le plastique a été préparé bien à l’avance – a revu sa copie à la veille de l’entrée en vigueur de la loi, le 1er janvier 2016, accordant un moratoire de deux mois aux commerçants. « Nous voulons discuter encore de la question avec le ministère. Il y va de l’avenir de  plusieurs centaines d’employés. Certains producteurs n’ont pas les fonds nécessaires pour investir dans d’autres matières premières ou d’autres équipements. Le secteur va à sa perte », disent certains membres de la PPMUA. Et de faire ressortir que si les autorités maintiennent cette situation, des licenciements seront inévitables, certaines usines étant déjà en chômage technique.
Le ministre de l’Environnement est catégorique : « L’interdiction des sacs en plastique telle qu’elle a été faite par les règlements promulgués à cet effet est une mesure dictée pour l’intérêt de toute la nation mauricienne, y compris les fabricants et leurs employés. C’est une mesure qui a été bien reçue à la COP21 à Paris où Maurice a pris des engagements fermes pour combattre les méfaits du plastique dans le cadre des graves problèmes environnementaux auxquels le pays doit faire face dans une situation où l’urgence est de mise pour sauvegarder l’avenir de nos enfants et petits-enfants. »
Période de « fine tuning »
Les autorités comptent accorder un temps de fine tuning aux consommateurs pour s’adapter à la nouvelle loi. Mais la police de l’Environnement sera sur le pied de guerre. Pour faciliter l’adaptation à cette loi, la campagne de sensibilisation du ministère devra toucher plusieurs régions à travers l’île, dont les centres communautaires et les écoles. Encore faut-il que les Mauriciens suivent l’exemple des Rodriguais qui n’utilisent plus de sacs en plastique depuis deux ans, ayant compris l’urgente nécessité de cette loi pour la planète.