Cinq visages pour mettre en lumière les réalités liées au VIH/sida à Maurice. Il s’agit de cinq personnes vivant avec le virus qui ont fait le choix d’un public disclosure pour briser les tabous et militer pour la tolérance. Vingt-huit ans après le premier cas, ces campagnes de sensibilisation sont encore nécessaires parce que la méconnaissance, la stigmatisation et la discrimination autour de la maladie et de ceux qui vivent avec existent encore. Cette campagne d’affichage sera lancée dans le cadre de la 10e édition l’International Aids Candlelight Memorial où un rassemblement autour des flammes des bougies est prévu le dimanche 17 mai, à 18 h, au Caudan.
Cette année il y aura des bougies et aussi des visages. Ceux de Nicolas Ritter, Dhiren Moher, Den Ramsamy et Nicolas Manbode. Des militants engagés qui, à intervalles différents, ont choisi de briser silence et tabou pour s’exprimer en tant que personnes vivant avec le VIH et appeler à la tolérance. Il y aura aussi le grand sourire de Malini accompagné de la légende : “Zot finn exklir mwa. Zot regar inn touy mwa.” Une démarche qui se veut une action contre l’oubli et un hommage à cette femme qui, depuis le premier cas mauricien en 1987, a été la première Mauricienne à avoir ouvertement parlé de sa séropositivité. “Ce n’est plus la peine pour moi de garder cela secret. Je veux m’en libérer, parce que je ne souhaite pas que d’autres personnes vivent les situations difficiles par lesquelles je suis passée. Mo pou faire sa temwaniaz là pou bondié !” disait-elle à Scope en 2004 quelques jours avant de monter sur scène au Centre de Conférence de Grand-Baie. Conséquences : elle avait été chassée de chez elle par ses voisins, stigmatisée et rejetée. Cette cruauté l’avait tuée.
Nou destin.
Des posters à fond rouge portant des photos en blanc et noir viendront ainsi rappeler que le VIH/sida a avant toute chose un visage humain. La campagne d’affichage lancée dans le cadre de la 10e édition de l’International Aids Candlelight Memorial revient vers ce principe fondamental pour permettre à la lutte d’avancer. Le thème de la commémoration sera Supporting our Future. Ce qui vient alors dire à tout un chacun que Nou destin dan nou lame.
Ce message, explique Danny Philippe, National Coordinator et coordinateur de Leadership Empowerment Action Development (LEAD), devient une occasion pour Maurice de réfléchir sur le présent afin de préparer l’avenir. Aujourd’hui, explique-t-il, la lutte contre le VIH/sida bute contre de sérieux obstacles : manque de fonds, absence d’engagement, discrimination, entre autres. Des maux qu’il est important de mettre en lumière.
Lueur d’espoir.
Pour la dixième fois, Maurice allumera des bougies pour mettre la situation en lumière et faire briller les feux de l’espoir. L’International Aids Candlelight Memorial est un mouvement international de sensibilisation qui vient aussi rendre hommage aux personnes infectées et affectées par le VIH/sida. Un grand rassemblement est prévu à 18 h le 17 mai au Caudan Waterfront, Port-Louis. Ce moment de réflexion et de partage sera l’occasion d’entendre les représentants des personnes vivant avec le VIH qui parleront de leur réalité et de ces dysfonctionnements qui font tant de torts et qui finissent souvent par tuer. Parce que si la médecine permet aux personnes infectées d’avoir une durée de vie normale, le regard négatif, les remarques blessantes, les actions discriminatoires, infligent des blessures qui ne guérissent jamais et qui s’avèrent parfois fatales comme ce fut le cas pour Malini.
Difficile de vivre.
“Il y a encore beaucoup de discrimination à Maurice. C’est très difficile de vivre avec le sida ici. La société n’est pas prête à accepter qu’on vive parmi elle. Les gens veulent que les sidéens aillent vivre ailleurs, loin d’eux”, disait encore Malini, qui reste l’un des grands symboles de la lutte mauricienne. La mémoire de celle qui affirmait : “Je n’ai pas peur de la mort. Je ne sais combien de temps encore il me reste à vivre, mais je veux profiter de la vie. Everyday I want to live happily” sera très présente durant cette campagne qui s’étendra ensuite dans plusieurs coins du pays.
Des artistes, des militants engagés au sein de PILS, de CUT, d’AILES, et d’autres ONG prendront part au rassemblement de dimanche. Cette cérémonie se tiendra dans un cadre où l’actualité autour du VIH/sida est marquée par le scandale où l’État a tenté de faire expulser une étudiante étrangère à qui un test de dépistage a été imposé et qui s’est avéré positif. Ce genre de bêtises persiste encore dans le pays malgré les dispositions de l’AIDS Act qui protègent les droits des personnes vivant avec le VIH. Mais des mesures de cette loi restent en contradiction avec d’autres lois votées des décennies en arrière et qui n’ont jamais été revues.