Une sortie interreligieuse, lundi, a permis de mettre fin à des conceptions erronées sur les religions pratiquées à Maurice. En se rendant dans cinq lieux de culte, des étudiants en Peace and Interfaith Studies, cours dispensé par l’Université de Maurice en collaboration avec le Conseil des Religions, ont pu pénétrer dans l’essence même de ces diverses croyances. En effet, si Maurice est un pays pluri-religieux, le Mauricien lambda n’en connaît pas pour autant la religion de son voisin. Lumière sur cette visite d’où les étudiants sont sortis « éclairés » et « émus » par l’accueil de l’autre.
« J’ai été emballé à l’idée d’accueillir le groupe de quinze étudiants en Peace and Interfaith Studies car, aujourd’hui, dans notre pays multiculturel, bien que nous soyons fiers de notre multiculturalisme, nous vivons dans une ignorance terrible de l’autre. Je les ai donc accueillis en toute ouverture et dans la joie », témoigne le père Paschal, curé à la paroisse Sainte-Anne, qui s’est prêté au rôle du guide à à cette église de Rose-Hill. Outre ce lieu de culte, les sites suivants faisaient partie de l’itinéraire des étudiants lundi : la Quran House de Rose-Hill, le Bahai Convention Centre de Belle-Rose, le Thabor, le Mandir Sanathan Dharma Sabha à Tranquebar et la pagode Poo Chi Tsi, rue Volcy Pougnet.
Pour le père Paschal, « apprendre à connaître l’autre est la base même de chaque humain. Nous empêcher d’aller vers l’autre ne nous apportera pas la joie ni le bonheur. Donc, quand on m’a parlé de cette initiative de visiter les lieux de culte de diverses religions, de cette démarche d’apprendre à connaître l’autre, cela m’a vraiment touché ». Le prêtre dit par ailleurs avoir été interpellé par l’enthousiasme, l’intérêt et la curiosité de ce groupe de visiteurs se réclamant de fois diverses. « Ils sont entrés dans l’église, quelques-uns avec une certaine réticence », découlant davantage d’une peur de commettre une entorse au code de conduite habituellement de mise. L’événement des 40 heures à la paroisse qui coïncidait avec leur visite a permis aux passionnés en matière de société et religions de mieux comprendre, selon le père Paschal, « l’acte de pénitence autour du carême. Ils m’ont posé beaucoup de questions ». Dans un autre volet de la visite, le prêtre a eu un temps de rencontre en vue de clarifier certains points. « Je leur ai expliqué la spécificité de l’église Sainte Anne, un lieu de culte qui est le symbole même de la multiculturalité car c’est là que nombre des premiers travailleurs indiens sont venus recevoir leur baptême. C’est une paroisse où il y a beaucoup de catholiques d’origine indienne. On m’a demandé comment les catholiques d’origine indienne vivent leur foi sachant que moi-même je suis originaire du sud de l’Inde. Un des voeux qu’on m’a exprimé a été la multireligiosité tout en me faisant observer que la porte de l’église, du temple, de la mosquée reste ouverte mais l’humain reste fermé ».
Rencontrer l’autre
Le père Paschal, qui a toujours eu comme devise l’ouverture vers l’autre, dit toujours poser cette question à ses fidèles : « L’autre existe. L’as-tu rencontré ? Toutes les personnes que nous visitons, nous ne les rencontrons pas forcément. Tant qu’il n’y a pas une rencontre sincère, nous n’avancerons pas bien loin sur le plan humain. »
Shashil Noormamode, propriétaire d’un cybercafé à Orchard, faisait partie du groupe d’étudiants. Pour la plupart, dit-il, il s’agissait de leur première visite dans une mosquée. Cette visite a surtout tiré un trait sur certaines opinions erronées et largement répandues dans notre société, notamment, celle selon laquelle les non-musulmans et les femmes ne peuvent entrer dans une mosquée. « Tout le monde peut y entrer. Cette conception remonte à nos ancêtres qui étaient très conservateurs. Mais, tel n’est pas le cas aujourd’hui. Les dames y sont également accueillies pour les prières, séparément des hommes ». Shashil Noormamode dit avoir apprécié l’accueil à Sainte-Anne. « On a appris ce qu’est un tabernacle, la différence entre une église et une chapelle. À la pagode, ce qui m’a frappé, c’est que celui qui nous servait de guide était un sino-mauricien de foi catholique qui pratique également le bouddhisme. C’est la première fois que je me suis rendu dans une pagode à Maurice mais en même temps ce n’était pas tout à fait nouveau car j’en ai déjà visité une à l’étranger et j’en ai vu à la télé ». Pour ce Mauricien de foi musulmane, cette visite de divers lieux de culte représentait surtout « le mauricianisme. Quand je rentrais dans l’église, avec ma barbe, personne ne m’a regardé avec stupeur. Tout le monde y a sa place ». Le cours Peace and Interfaith Studies, dit M. Noormamode, « m’a rendu plus tolérant. Par ailleurs, quand il y a des idées fausses, sur le terrain, on est mieux à même de les vérifier ».
L’humanité comme un jardin
Antoine Félicité, de foi catholique, est un autre étudiant ayant participé à cette visite. « On a eu un accueil vraiment chaleureux. Au Bahai Convention Centre, nous avons été accueillis par les responsables. Ils nous ont initiés à la foi bahai’e. On a appris que cette religion considère l’humanité comme un jardin où poussent toutes sortes de fleurs. Cette religion est avant tout un mode de vie qui prône la fraternité avec tout le monde. Je pensais que seuls les chrétiens étaient en carême mais eux aussi sont actuellement en carême pour 19 jours ». À la Quran House, Antoine Félicité dit là encore avoir été « très impressionné par l’accueil qu’on nous a réservé. Je suppose qu’avec tout ce qui se passe à travers le monde, on a tendance à catégoriser ceux de foi islamique. Mai, d’après ce qu’on a entendu hier, c’est tout à fait le contraire. L’islam prône la paix. Moi-même, je n’étais jamais rentré dans une mosquée jusqu’à hier. Cela m’a beaucoup touché quand ils nous ont invités à venir quand nous voulons. On nous a même invités à assister aux prières. En partant on a offert le Coran à tout le monde. J’ai beaucoup apprécié ». Très engagé au niveau de l’église catholique, Antoine Félicité a choisi de suivre ce cours à l’UoM « pour s’ouvrir aux autres. On ne peut rester cloîtré dans sa religion. Ce cours m’a permis de côtoyer d’autres personnes. Et je vois qu’il y a des choses à apprendre, à vivre. Personne n’est là pour changer la religion de l’autre mais toutes les religions ont quelque chose à faire vivre ».
Leilam Lallmahomed, de foi musulmane, affirme qu’« on a beaucoup appris sur les autres religions, leur évolution dans le temps. Cela a été une grande découverte. Par exemple, je ne connaissais pas bien les 40 heures et j’en suis sortie éclairée. J’ai choisi ce cours parce que je voulais savoir qui est ce Dieu de tout le monde et la place des religions face à ce Dieu. Je pense que la religion, ça doit être vivant. Il ne faut pas s’asseoir mais aller chercher et comprendre ce qu’on est ».
Yajna Jeeta abonde dans le même sens : « J’ai appris beaucoup de choses concernant les religions à Maurice. En tant que prof de danse, cela m’est utile parce qu’il y a parfois une conception que l’on ne peut pratiquer certaines danses à cause de sa religion. Pour la première fois, je suis entrée dans une pagode, dans un centre bahai et dans une mosquée. Je pensais toujours que les femmes n’avaient pas accès à la mosquée mais tel n’est pas le cas ».
Une expérience que le Conseil des Religions entend renouveler pour faire tomber les opinions fausses mais trop souvent répandues.