Pour les stratèges de Lalians Lepep, la construction du Metro Express, que ses dirigeants avaient pourtant dénoncée lors de la dernière campagne électorale, doit être l’élément décisif qui leur apportera les votes urbains lors des prochaines élections.

C’est pour atteindre cet objectif que le gouvernement s’est lancé précipitamment, et sans grande préparation, dans ce projet en transformant les centres-villes en embouteillages permanents. Mais, affirmaient les stratèges autoproclamés, le Metro Express va régler tous les problèmes de circulation et provoquer la reconnaissance — et surtout le vote — du citadin. Cependant, avec les multiples problèmes découlant de la mauvaise préparation, du manque de communication et leurs conséquences que subissent les habitants des villes, il faudrait se demander si les bénéfices du métro seront suffisamment élevés pour faire oublier aux électeurs les inconvénients de sa construction.

Quand les stratèges de Lalians Lepep misent sur le métro pour capter le vote des citadins, cela veut dire que pour eux le vote rural ne pose aucun problème. D’ailleurs, le Premier ministre avait affirmé en juillet dernier que son gouvernement était prêt pour les élections villageoises pour après les renvoyer à 2020. C’est à la vitesse TGV, et en quelques heures seulement, que les trois lectures et le vote du texte de loi ont eu lieu. Le Premier ministre a justifié la démarche du gouvernement en déclarant qu’il « considérait plus approprié d’organiser les élections villageoises après les élections législatives ». A Maurice la considération premierministérielle suffit pour renvoyer des élections démocratiques. Les membres du gouvernement ont tout essayé pour justifier ce renvoi non programmé. Il a été ainsi dit que « les élections villageoises ont été renvoyées parce qu’il y a trop de projets de loi à l’ordre du jour au Parlement et trop de projets en cours dans le pays ! » Ce renvoi oblige à remettre en question ce qui semblait être un acquis électoral pour le gouvernement en place. Et si la raison de ce renvoi résidait tout simplement dans ce constat inquiétant : Lalians Lepep n’est plus sûre d’obtenir le vote rural.

Le gouvernement vient d’accorder l’autorisation à deux nouvelles radios privées d’émettre à Maurice. Avec les multiples chaînes de la MBC — sans compter celle qu’elle a vendue —, le paysage audiovisuel mauricien va augmenter en nombre. Cette augmentation sera-t-elle également qualitative ? On avait cru qu’avec la libéralisation des ondes, les Mauriciens, obligés d’écouter la MBC depuis des décennies, allaient enfin entendre autre chose que les disques préférés, les bulletins de la météo, les avis de décès et les informations contrôlées depuis l’Hôtel du gouvernement.

Dans un premier temps, ce fut le cas et les nouvelles radios firent preuve d’imagination et d’inventivité pour faire différemment de la MBC. Mais rapidement la routine a pris le pas sur l’originalité et les radios se sont mises à se copier les unes les autres. Résultat : elles se ressemblent beaucoup dans leur programmation, leurs journaux parlés, leurs animateurs qui parlent trop, leur recherche du scoop et des témoignages, ainsi que dans les débats qui permettent aux auditeurs — souvent les mêmes — de s’exprimer sur tous les sujets. Du point de vue de l’information, il faut noter un certain sensationnalisme, de nouvelles politiques parfois diffusées sans vérification. Paradoxalement, beaucoup d’auditeurs fatigués de cette forme de sensationnalisme répétitive se retournent aujourd’hui vers la MBC pour écouter autre chose.

Ces deux nouvelles chaînes vont-elles apporter ce sang neuf, dont il a absolument besoin, au paysage audiovisuel mauricien ? Sortiront-elles les radios d’une certaine forme de léthargie ? Vont-elles instaurer une concurrence qui va faire appel à l’originalité et à la créativité dont bénéficiera l’auditeur ? Ou bien ne seront-elles que deux instruments stratégiques politiques de plus destinés à faire ce que fait la MBC — souvent avec excès : la promotion du gouvernement en place. Il serait injuste de cataloguer les deux nouvelles radios avant qu’elles n’aient commencé à émettre, mais la manière dont leurs propriétaires, proches des dirigeants du pouvoir en place, ont obtenu leurs licences autorise à se poser la question…

Jean-Claude Antoine