À la veille de la fusion de FUEL-DRBC, qui doit donner naissance à Alteo Ltd, le CEO de Deep River Beau Champ Ltd nous explique que l’objectif principal de cette démarche est « de se donner encore plus de chances d’améliorer notre performance et de bénéficier d’une technologie avancée dans une vision nouvelle de l’agriculture en sortant du contexte sucrier pour entrer dans un monde cannier ». Arnaud Dalais reconnaît que Maurice évolue dans un environnement économique difficile et que le ralentissement créé par la crise internationale ralentit automatiquement les flux d’investissements. Il constate toutefois que les investissements effectués dans le passé portent leurs fruits aujourd’hui, ce qui explique la résilience économique du pays. S’agissant de l’industrie du tourisme, il estime qu’il devrait s’inspirer des secteurs sucrier et textile pour se restructurer. « Il faudra une stratégie nationale, voire l’organisation des états généraux du tourisme, pour accomplir cette remise en question », dit-il.
Nous sommes à la veille de la naissance d’une nouvelle identité. Est-ce que tout a été mis en place pour accueillir l’arrivée de cette compagnie ?
L’équipe qui a travaillé sur le projet Alteo a été très professionnelle dans son approche. Toutes les précautions sont prises pour que la fusion FUEL/Deep River-Beau Champ (DRBC) se déroule dans les meilleures conditions possibles, que ce soit au niveau des actionnaires, des employés, de toutes les parties concernées et aussi au niveau national. Nous avons atteint un stade important du processus avec les assemblées spéciales des actionnaires de FUEL et ceux de DRBC qui se tiendront vendredi. Nous souhaitons ainsi obtenir leur accord pour ce projet qui devrait créer de la valeur pour toutes les composantes de la famille Alteo dans le futur.
De quand date le projet Alteo ?
Le plan de réforme de l’industrie sucrière date déjà de 2006 et il avait alors été prévu que DRBC serait une des usines à fermer ses portes. Il est rapidement devenu évident qu’il serait difficile de planifier la fermeture de DRBC sans savoir exactement ce que ferait Mon Loisir qui était également appelé à fermer. La concrétisation de la fermeture de Mon Loisir nous a permis d’accélérer notre réflexion et d’entamer les premières discussions vers la fin de l’année dernière.
Qu’implique la fusion FUEL-DRBC ?
L’idée derrière cette fusion est de créer une vraie identité, indépendante des deux principaux actionnaires, GML et Deep River Investment (DRI). Aucun actionnaire ne contrôlera la nouvelle entité, Alteo. À travers un jeu de dissolution de certains holdings et d’investissements directs, GML détiendra 27,5 % d’Alteo. DRI possédera pour sa part environ 21 %. Le secrétariat a été confié à une société indépendante, encore une fois dans le souci de préserver l’indépendance d’Alteo.
Nous voulons nous donner les moyens et l’occasion d’être plus compétitifs dans un environnement difficile et d’arriver à mettre en place un pôle d’opération avec des chances intéressantes et des solides possibilités de développement. Avec une meilleure synergie au niveau des opérations et une importante surface de production, nous allons avec Alteo pouvoir nous donner les moyens d’aller encore plus loin en termes d’efficience et de compétitivité sur le plan local et poursuivre notre développement sur le plan international. Il va sans dire que tout projet de fermeture de DRBC à l’horizon fin 2013 se fera dans le respect des dispositions de la réforme sucrière permettant aux employés qui le désirent de bénéficier pleinement du Blue Print.
La fin de DRBC concerne-t-elle également l’arrêt de la centrale électrique ?
Il y a effectivement CEL, la centrale électrique associée à DRBC, et le moment venu nous aurons à entamer des négociations avec le Central Electricity Board pour voir comment traiter sa production d’électricité. Quand la nouvelle sucrerie d’Alteo assurera le traitement de la canne, nous aurons plus de possibilités de développement en termes d’efficience de la bagasse. Et cela sera très positif pour le pays. Nous sommes prêts à travailler sur un nouveau projet, avec l’accord du gouvernement, et à optimiser la production de l’énergie verte à partir de la bagasse dans un esprit win-win.
Vous vous lancez dans un projet de cette envergure en pleine crise économique mondiale. Vous êtes donc très optimiste pour le secteur cannier…
Le passé a prouvé que lorsque nous avions à opérer dans un milieu difficile, nous y sommes arrivés en nous donnant les moyens nécessaires pour y parvenir. Dans tout le travail effectué au sein de l’industrie sucrière, énormément d’efforts sont faits pour contrôler le coût de production afin de rester viable dans un environnement difficile. En lançant le projet Alteo, nous nous donnons encore plus de chances d’améliorer notre performance et de bénéficier d’une technologie avancée dans une vision nouvelle de l’agriculture en sortant du contexte sucrier pour entrer dans un monde cannier.
Cette base de développement que représentera Alteo tient compte de l’importante présence de DRBC en Tanzanie avec TPC. Cet investissement est une success story extraordinaire. Nous avions racheté cette compagnie suite à un processus de privatisation de la part du gouvernement tanzanien en 2000. À l’époque, TPC produisait à peine 35 000 tonnes de sucre. Aujourd’hui, sa production a atteint les 90 000 tonnes et nous pensons toucher rapidement la barre des 100 000 tonnes. C’est un exemple tangible de coopération régionale avec le gouvernement tanzanien, qui est en fait actionnaire minoritaire dans le partenariat, avec 25 % du capital. Nos relations sont d’ailleurs excellentes et nous travaillons en ce moment même sur plusieurs projets de développement et de diversification au sein même de cette unité.
Nous y sommes également partenaire du groupe français Tereos, quatrième producteur mondial de sucre avec 4 millions de tonnes annuellement. Ce groupe cultive de la canne à sucre au Brésil et de la betterave en Europe. C’est un partenaire extrêmement valable qui valorise beaucoup notre association au niveau de TPC et devrait pouvoir nous aider à atteindre une nouvelle dimension en Afrique. Dans le cadre d’Alteo, nous pouvons prétendre à une croissance intéressante dans la région grâce aux deux usines qui deviendront disponibles à Maurice après la fermeture de Mon Loisir cette année et celle de DRBC fin 2013 si tout se passe bien. Nous aurons la possibilité de remonter ces deux sucreries en Afrique dans le cadre de notre développement international.
Aucun projet ne peut être ainsi conçu aujourd’hui sans avoir une dimension régionale, voire globale ?
Le développement devra se faire autant localement qu’à l’étranger. Maurice est notre patrie mais notre île est petite. Il est difficile d’imaginer une forte croissance dans un espace limité. Il est important de continuer à investir dans le pays et à le développer mais il faut également savoir saisir les opportunités ailleurs. Il est toutefois important de savoir se donner les moyens de notre réussite à travers notre expertise développée à Maurice ou encore en Tanzanie.
C’est ce que nous avons su faire à travers notre première implantation en Afrique il y a maintenant bientôt 12 ans. La volonté de s’internationaliser est d’ailleurs présente dans toutes nos entreprises mais cela doit se faire sur des bases solides. Cela est valable autant dans le sucre que dans le textile que d’autres secteurs d’activités. Nous ne pouvons penser à investir ailleurs si nous n’avons pas l’expertise, les ressources nécessaires et des opérations rentables localement.
Outre la Tanzanie, avez-vous d’autre projet en Afrique ?
Certainement, en particulier au niveau d’Alteo. Avec deux usines qui se libèrent, nous feront d’autres investissements intéressants sur ce continent.
Nous avons également la possibilité de capitaliser sur le succès de TPC, qui n’a plus de dettes, et nous travaillons actuellement sur quelques projets d’investissement. Outre l’accroissement de la superficie sous culture de canne à sucre, nous travaillons sur des nouveaux projets au sein même de TPC. Parmi les projets de développement se trouvent une distillerie pour la production d’alcool de bouche, la production d’énergie électrique pour le réseau tanzanien ou encore la production de poussins pour les besoins de l’élevage.
Nous sommes aussi approchés par des partenaires éventuels dans d’autres pays qui souhaitent que nous investissions chez eux. Nous avons fait le tour de cette partie du continent, avons étudié des projets et identifié quelques-uns qui méritent notre attention et pourraient suivre le pas de TPC avec une implantation sérieuse.
L’objectif d’atteindre une production de 500 000 tonnes de sucre est donc réalisable…
Tout à fait. Il faut se fixer des objectifs ambitieux, surtout avec le marché africain du sucre qui est déficitaire et la hausse du coût de production au Brésil qui détermine en grande partie les cours mondiaux du sucre. Tout ce que nous produisons en Tanzanie est vendu sur le marché local et nous pensons qu’il y a encore de la place en Afrique pour le sucre. Nous avons ainsi la possibilité d’atteindre d’ici 2016 une production de 400 000 tonnes… Et pourquoi ne pas voir plus loin en touchant la barre des 500 000 tonnes.
On a cru observer quelques soubresauts au niveau de DRBC avant la création de la nouvelle entité…
Pas du tout. Il n’y a pas de soubresauts au niveau de l’actionnariat de DRBC qui est composé de deux actionnaires principaux, à savoir Deep River Investment et Beau Champ Holding détenue à 72 % par GML. Ce partenariat date en fait de 64 ans, et tout s’est bien passé jusqu’ici comme le démontre la bonne performance de DRBC qui a su bénéficier de ce partenariat lui permettant d’opérer dans la sérénité tout en faisant des choix judicieux en termes d’investissement.
On entend pourtant parler d’une possibilité d’OPA à l’intérieur du groupe CIEL…
Le Groupe CIEL comprend trois compagnies bien distinctes : DRBC, CIEL Investment et CIEL Textile. Le dénominateur commun entre elles est Deep River Investment (DRI), qui est la “holding company” du Groupe CIEL. DRI possède à ce jour 35,6 % de DRBC – et après la fusion 21 % d’Alteo – 25,6 % de CIEL Textile et 38 % de CIEL Investment.
Il y a effectivement une volonté, de la part de certains actionnaires de DRI, de vendre leurs actions dans cette compagnie. Cela ne pose aucun problème à condition que ce désengagement se fasse dans le respect d’un pacte d’actionnaire signé par ceux-ci. Ces actionnaires s’étant mis en un bloc de plus de 30 %, toute vente d’actions de leur part déclencherait une OPA selon les règlements régissant ce type d’opération. À ma connaissance, il n’existe aucune menace d’OPA sur DRI à ce jour que ce soit d’investisseurs locaux ou étrangers.
Avez-vous peur des partenaires étrangers ?
Absolument pas ! La notion de partenariat, étranger ou pas, est très forte dans le Groupe CIEL. Il en sera de même pour Alteo. Alteo vient du latin altus, qui signifie “prendre de la hauteur”. De plus les trois premières lettres d’Alteo sont celles d’altruisme, altérité ou encore alter ego, donc la notion “d’aller vers l’autre” est présente dans le nom même de l’entité que nous sommes en train de créer. Le mot partenariat fait partie de l’ADN du Groupe CIEL comme le témoignent les nombreux partenaires que nous avons au sein du groupe tels que le Prince Al Waleed, les Français Tereos ou encore les Indiens Essar, Fortis et Religare ainsi que les Italiens Monti. Nous ne sommes absolument pas contre l’inclusion de partenaires dans notre groupe. Au contraire, nous les accueillons à bras ouverts. Nous nous attendons toutefois à ce que nos partenaires, lorsqu’ils décident d’investir avec nous, partagent notre vision du développement permettant à tous nos stakeholders d’en bénéficier.
Vous abordez donc l’assemblée générale des actionnaires sereinement…
Nous sommes très confiants. Au niveau de DRBC le conseil d’administration est tout à fait à l’aise en ce qu’il s’agit de ce projet de développement d’Alteo avec le groupe GML.
Quelques critiques ont cependant été entendues ici et là…
Je pense que vous voulez parler des actionnaires minoritaires de DRI vendeurs de leurs actions tel que mentionné plus haut. À ce titre, en tant que responsable d’un groupe, j’assume mes fonctions en ayant à coeur l’intérêt de tous les actionnaires de DRBC et des compagnies du Groupe CIEL et non uniquement de celui d’une minorité au sein de DRI qui ne cherche qu’à maximiser sa sortie du capital. Ma mission est de créer de la valeur pour tout le monde. J’ai donc le devoir de m’intéresser à tous les actionnaires et suis convaincu que dans leur très grande majorité ils ont compris que cette fusion de DRBC et de FUEL dans Alteo ne peut qu’être bénéfique non seulement sur le plan de leur investissement mais aussi sur le plan national.
Sur le plan national l’investissement privé n’a pas connu de croissance depuis plusieurs années. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Nous évoluons dans un environnement extrêmement difficile, avec en toile de fond la crise internationale depuis bientôt quatre ans. Pour caractériser Maurice, on parle souvent de miracle économique, mais les miracles n’arrivent jamais seuls. En fait, ils sont le résultat d’une suite d’investissements intelligents. Il y a eu beaucoup de volonté de la part des investisseurs locaux, quelquefois seuls, d’autres fois en partenariat avec des opérateurs étrangers, pour investir dans l’économie nationale. Le ralentissement créé par la crise internationale ralentit automatiquement les flux d’investissements. Nous constatons toutefois que les investissements effectués dans le passé portent leurs fruits aujourd’hui. C’est cela qui explique la résilience économique du pays.
Nous avons eu la chance d’avoir toujours eu cette mentalité d’investisseurs et de pionniers. Ce n’est pas pendant la crise qu’on se réveille. Ce réveil a eu lieu depuis longtemps. Aujourd’hui, grâce à cela, nous pouvons supporter cette crise internationale même si nous savons que la situation reste très difficile pour les opérateurs mauriciens.
On apprend ce matin (hier) que la notation de Moody’s pour Maurice a été relevée. Votre réaction ?
Je suis très heureux et très fier de voir que Maurice a progressé alors que plusieurs des grands pays en Europe ont été dégradés.
Comment la crise économique nous affecte-t-elle ?
Il m’est difficile de parler en général. Mais si on prend le secteur sucrier, on a eu la chance d’être prévenu, en quelque sorte, de cette crise. La réforme sucrière en Europe et la baisse de 36 % du prix du sucre sur le marché européen avaient été annoncées depuis longtemps et nous avons pris les mesures qu’il fallait. Il y a eu une restructuration de fond du secteur sucrier qui se poursuit et se complète avec le projet d’Alteo, entre autres. Les effets de la crise européenne sur le secteur sucrier sont malgré tout ressentis, surtout par rapport à la valeur de l’euro. Lorsque l’euro perd de sa valeur, les revenus des producteurs sucriers et des usiniers baissent automatiquement. Outre les mesures importantes qui sont prises localement pour améliorer notre compétitivité, notre possibilité d’action est donc limitée.
Au niveau du textile, il y a eu beaucoup de restructuration durant les quatre ou cinq dernières années, et il y a donc eu une amélioration du paysage textile à Maurice. Les opérateurs ont investi, restructuré leurs opérations. Certains comme CIEL Textile ont investi à l’étranger. Ce qui nous aide à amortir la situation difficile du moment.
Cependant, il faut se souvenir que toute crise engendre des opportunités. La crise n’est pas seulement en Europe. Elle touche également les pays émergents comme la Chine, qui a connu une augmentation de ses coûts de production, ce qui entraîne une perte de compétitivité auprès des acheteurs européens. C’est une occasion pour nous de récupérer cette situation en nous présentant comme une alternative à la Chine, à travers notre production non seulement à Maurice et Madagascar mais également en Inde et au Bangladesh.
Il y a une contraction des marchés en Europe et nos gros clients européens ont dû baisser leur volume d’achat et sont de plus en plus stricts en ce qui concerne les prix d’achat. Les usines locales ont du mal à maintenir les mêmes volumes d’exportation que celles d’avant la crise. La situation reste difficile et cela demande encore plus d’imagination et de créativité. Il faut être actif sur le marché, être compétitif et saisir les opportunités qui se présentent.
François Woo, que nous avons rencontré récemment, a attiré l’attention sur le manque de compétitivité de la roupie par rapport aux principales devises dont l’euro et le dollar. Êtes-vous satisfaits des mesures qui ont été prises par la BoM ces dernières semaines ?
Les mesures prises constituent un très bon signal. Les autorités ont eu raison de prendre les choses avec autant de sérieux parce qu’il s’agit de la compétitivité de Maurice dans son ensemble. Il faut être bien clair : Maurice est une économie d’exportation. Nous ne travaillons pas dans un vacuum et avons à tenir en compte ce qui se passe dans le reste du monde. Lorsque la BoM vient avec sa nouvelle ligne de crédit pour aider les opérateurs, c’est une initiative qui va dans ce sens.
Le Groupe CIEL a aussi des intérêts dans le secteur touristique qui piétinent…
Nous sommes présents dans le tourisme à plusieurs niveaux, mais principalement chez Sun Resorts Ltd à travers CIEL Investment qui détient près de 30 % de cette entité et en est l’actionnaire de référence. L’industrie touristique souffre beaucoup de la crise européenne. Il y a plusieurs aspects qui affectent ce secteur. Il y a l’accès aérien et le coût associé à cet accès aérien qui est prohibitif. Le nombre de chambres disponibles au niveau du parc hôtelier a considérablement augmenté alors que le nombre des arrivées touristiques n’a pas suivi. La faiblesse de l’euro entraîne des problèmes de revenus pour les opérateurs. Ce secteur demande une attention très forte. Nous pensons que l’expérience que nous avons connue avec le sucre et le textile peut être utilisée dans le secteur touristique. Le sucre a réussi sa réforme nationale qui été réalisée grâce à une synergie entre le gouvernement, les entreprises et avec le soutien de l’Union européenne. Ce qui nous a permis de mettre sur pied une stratégie concrète et qui nous permet aujourd’hui d’espérer. Ce fut la même chose pour le textile, un secteur à haute intensité de main d’oeuvre. La “réforme” du textile a été effectuée par les opérateurs eux-mêmes. Il y a eu des investissements et une intégration verticale ainsi que, quelquefois, des décisions douloureuses pour rester compétitif sur le plan international. De la même manière, le tourisme doit se remettre en question. Mais les hôteliers, seuls, ne pourront réussir cette restructuration. Il faut une perspective nationale qui tienne compte de l’accès aérien, de la stratégie monétaire, du marketing et de l’opération. Il faut intensifier nos efforts sur les marchés existants mais aussi sur les marchés émergents. Il faudra une stratégie nationale voire même l’organisation des états généraux du tourisme pour accomplir cette remise en question. De plus, chaque opérateur doit veiller à ce que ses standards soient maintenus et que ses coûts d’opérations soient contrôlés. La dernière chose à faire, toutefois, serait de baisser le niveau de nos prestations qui restent parmi les meilleures au monde…
Comment se passent les relations entre le gouvernement et le secteur privé ?
Le succès de Maurice par rapport à l’économie et notre résilience par rapport à la crise et aussi dû à un esprit de partenariat qui a toujours existé entre le gouvernement et le secteur privé. Il y a eu des hauts et des bas et certaines situations plus tendues que d’autres mais de façon générale la relation entre le gouvernement et le secteur privé a toujours été positive. De tous les côtés, on doit regarder dans la même direction, chacun ayant bien sûr à gérer ses propres problèmes, que ce soit politique ou économique.
Peut-on dire que le pays traverse la mer houleuse qu’est la crise économique internationale plus ou moins bien ?
Les conditions de travail sont difficiles. L’environnement économique international, parce que nous sommes ouverts sur l’étranger, est compliqué. Il faut se donner les moyens au niveau local pour pouvoir traverser la crise avec le moins de dégâts possible. L’ouverture vers le monde est extrêmement importante. Autant les opérateurs doivent investir à l’étranger, autant il faut savoir accueillir les investisseurs étrangers chez nous. La performance des entreprises mauriciennes à l’étranger est une vitrine pour le pays et peut aider à attirer des investisseurs à Maurice. Dans cette optique, l’internationalisation du Groupe CIEL est une réalité depuis de nombreuses années. Nous avons poursuivi une stratégie avec une vision de développement aussi bien à Maurice que dans la région et à l’international. Nous voyons les perspectives de développement qui s’offrent à nous que ce soit au niveau d’Alteo en Afrique qu’au niveau du textile en Inde, où nous avons quatre usines de chemises autour de Bangalore Nous avons aussi une usine de pull-overs à Dacca au Bangladesh. Nous sommes également très satisfaits de notre succès dans les services financiers, grâce à Bank One, MITCO ou encore IPRO. Ce secteur a également une vision régionale et est-africaine.
Par ailleurs, le fonds Kibo d’une valeur de 30 millions d’euros que nous avons lancé il y a quelques années est destiné à des investissements privés dans la région de l’Afrique du Sud-Est et de l’océan Indien, dans des secteurs divers comme les services financiers, les télécommunications, la production d’énergie et les services de santé. Nous envisageons de lancer bientôt un deuxième fonds de ce type. Le succès de nos opérations à l’étranger ne pourra qu’améliorer l’image de Maurice à l’étranger et en général.
C’est le message que vous voulez transmettre ?
Je veux transmettre un message d’ouverture, de valeur, de travail. S’il fallait avoir un dénominateur commun entre les entreprises du Groupe CIEL, c’est d’abord une culture de travail, de rigueur et de développement, le tout basé sur une culture humaine, avec cette volonté de toujours aller plus loin. J’ai beaucoup de chance d’être entouré d’une équipe d’hommes et de femmes qui ont compris et vivent toutes ces valeurs.