Notre invité de ce dimanche est le juge Eddy Balancy qui s’est retrouvé sous les feux de l’actualité avec deux de ses jugements cassés par la Cour Suprême locale rétablis par le Privy Council et, de manière indirecte, par la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies. Dans l’interview qu’il nous a accordée, vendredi soir, le juge Balancy répond à des questions sur l’actualité du judiciaire. Sans langue de bois, comme d’habitude.
Monsieur le juge, je suis arrivé en avance au rendez-vous et je vous ai vu décharger votre home-work pour le week end: un coffre de voiture  rempli de dossiers! C’est une opération montée pour m’impressionner ou c’est votre work load habituel pour le week end?
?C’est mon lot habituel de travail que je ramène à la maison. Le problème c’est que, comme relevé dans le  rapport du Pay Research Bureau, le volume et la complexité des affaires en Cour a pris une dimension incroyable durant les dix dernières années. Dans les affaires en Chambre concernant de gros investissements financiers, il  arrive aux juges d’avoir des dossiers dépassant les deux mille pages! Je compare le travail du juge mauricien  d’aujourd’hui à celui d’un menuisier à qui l’on demande de couper son bois chez lui, de l’assembler à l’atelier et de finir la travail chez lui. On nous donne le temps de l’assemblage, pas celui de la préparation et de la finition qui sont tout aussi importants.??
Quel est votre programme de travail habituel??
Je me lève très tôt le matin pour étudier les dossiers, j’entends les  affaires en Cour, je rédige un jugement dans une affaire relativement facile entendue récemment, je finalise des ordres, je consacre un peu de temps à ma famille l’après-midi et je vais au lit tôt pour recommencer le lendemain. Je dois faire  une véritable gymnastique pour trouver le temps de réfléchir avant d’écrire des jugements.
??Vous êtes en train de me dire que le juge est surchargé de travail?
Le juge est non seulement surchargé de travail, mais il se ruine la santé pour faire face à ses responsabilités professionnelles. C’est pourquoi je crois ne pas être le seul juge à flirter avec l’idée d’une retraite anticipée. La loi est supposée encourager les juges à prendre leur retraite à 67 ans, mais le volume de travail actuel pousse plutôt à envisager une demande à la retraite anticipée. J’y pense parce que vu mon expérience personnelle, les conditions de travail des juges sont devenus impossibles. Nous devons abattre trop de travail chez nous pour pouvoir venir à bout des dossiers que nous devons traiter et essayer de respecter le calendrier.