Le Dr Paul Honess, consultant en Primate Behaviour and Welfare au groupe Bioculture, a animé cette semaine une conférence sur les avantages de la recherche préclinique. Selon ce spécialiste, également chargé de cours à l’école vétérinaire de l’Université de Nottingham, la vivisection est essentielle pour le progrès de la médecine. À ce jour, c’est le moyen le plus sûr, dit-il, de mettre au point des traitements contre les maladies.
En quoi consiste exactement votre travail de consultant en Primate Behaviour and Welfare ?
Je travaille avec le groupe Bioculture depuis 2008. Mais avant cela, j’avais entrepris plusieurs recherches sur les primates, notamment le galago, aussi connu comme le bushbaby, en Tanzanie. J’ai également enseigné la primatologie dans plusieurs universités, dont celle d’Oxford où j’occupais le poste de Reseach Primatologist. En 2005, j’ai écrit le livre Handbook of Primate Husbandry and Welfare en collaboration avec Sarah Wolfensohn. En 2008, j’ai occupé la présidence du Primate Society of Great Britain.
Vu mon parcours, le groupe Bioculture a fait appel à moi pour avoir un oeil extérieur sur l’élevage des singes pour la recherche médicale à Maurice. Mon rôle est d’assurer que les animaux soient gardés dans les meilleures conditions. L’une des premières choses que j’ai faite a été la mise en place d’un programme de behaviour management. Car un singe reste un animal sauvage, même s’il est élevé en captivité. En étant en contact avec des humains tous les jours, ils peuvent devenir agressifs. Pour leur bien-être, nous avons mis en place un programme de familiarisation. Cela consiste à passer plus de temps avec l’animal pour améliorer la qualité de la relation. On l’habitue également au transport box, ce qui évite d’avoir recours aux injections lors du transfert vers les laboratoires.
Il faut aussi savoir que lorsqu’un singe est élevé dans de bonnes conditions, cela donne de meilleurs résultats lors des tests précliniques. Un singe stressé, apeuré ou agressif peut fausser les résultats, car cela a un impact sur son système immunitaire.
Il est tout de même difficile de penser que vous oeuvrez pour le bien-être des macaques quand on sait qu’ils vont souffrir par la suite…
Malheureusement, à ce jour, l’utilisation des animaux pour la recherche médicale est le meilleur moyen de trouver des solutions contre les maladies. L’idéal pour nous serait de pouvoir créer des médicaments sans avoir recours aux animaux. Mais pour le moment, c’est un peu un rêve. D’autres méthodes alternatives ont été expérimentées mais nous n’ont pas encore donné des résultats aussi sûrs. La vivisection est importante pour sauver des vies humaines.
Je peux vous assurer que tout est fait pour que les singes souffrent le moins possible en laboratoire. Il y a des réglementations très strictes que nous devons respecter. Cela comprend, notamment, une bonne anesthésie, la prise de médicaments pour réduire la douleur. Il y a ce qu’on appelle le principe des trois “R” à respecter : Réduction, Raffinement et Remplacement.
Sous Réduction, cela implique qu’on réduise le plus possible le nombre d’animaux utilisés pour obtenir un bon résultat. Raffinement veut dire qu’il faut s’adapter pour réduire les procédures et offrir le meilleur en matière d’anesthésie, de pain killer ou de diet. Remplacement signifie chercher des méthodes alternatives comme la culture cellulaire. Mais pour le moment nous expérimentons encore les méthodes alternatives.
Les singes vont donc servir de cobaye pendant encore longtemps ?
Le singe est l’animal qui coûte le plus aux laboratoires pour les recherches. Toutefois, il est le plus sûr. Sa physiologie est la plus rapprochée de l’être humain. Pour avoir les résultats les plus exacts, on a besoin de l’animal qui se rapproche le plus de notre système. Vous imaginez si on devait administrer des médicaments aux humains sans être sûr des résultats. Cela pourrait avoir des conséquences catastrophiques ! Ceci étant dit, je dois préciser que les tests précliniques ne sont qu’une partie d’un long processus qui peut durer une dizaine d’années, avant la commercialisation d’un médicament.
Que diriez-vous alors à ceux qui s’opposent à la vivisection ?
Il y a deux types d’opposants : ceux qui sont totalement inconfortables avec l’utilisation des animaux par les humains, même dans la nourriture. Ensuite, il y a ceux qui s’opposent particulièrement à la vivisection. Ce que je peux dire c’est que nous engageons constamment le dialogue avec les opposants. Nous leur disons de voir le bon côté des choses, de noter tous les progrès réalisés grâce à la recherche. Les tests précliniques jouent aujourd’hui un rôle vital pour la mise au point de nouveaux médicaments et le traitement de nombreuses maladies. La vie de milliers de personnes s’est améliorée grâce à cela. Nous avons encore de nombreux défis, notamment dans le domaine du VIH ou du cancer.
Par ailleurs, toutes les études ont démontré que nous avons une population vieillissante. Cela veut dire qu’il y aura plus de personnes touchées par les maladies liées à la vieillesse comme l’Alzheimer. Il nous faut continuer à faire de la recherche médicale. De plus, beaucoup de personnes ont changé leur perception de la vivisection après avoir été guéries d’une maladie. Toutefois, il y a aussi des extrémistes. Ceux-là ne veulent rien entendre. Tout ce que vous leur dites, ils ont un contre-argument. J’attribue cela à un manque d’information. Ou alors, ils ne veulent voir qu’une seule facette des choses.
Tout ce que vous dites peut paraître très subjectif étant donné que vous travaillez pour le groupe Bioculture…
Je peux vous assurer que ma conviction compte plus que mon salaire. Je travaille avant tout pour le bien-être des animaux et cela bien avant de m’engager avec Bioculture. J’ai fait de nombreuses recherches au niveau de l’université et j’oeuvre au sein de la Primate Society en Grande-Bretagne. Je n’ai aucune hésitation à tirer la sonnette d’alarme lorsque c’est nécessaire.
D’autre part, comme vous le savez déjà, les directeurs de Bioculture sont eux-mêmes dédiés au bien-être des animaux. Ils ont des projets de conservation à Maurice, à Rodrigues et à Madagascar. L’éthique était l’une des conditions essentielles pour mon engagement avec Bioculture.
Par ailleurs, il faut aussi savoir qu’un levy de 150 dollars est versé au gouvernement pour chaque singe envoyé vers les laboratoires. Cet argent doit être utilisé pour des projets de conservation.