Le gouvernement a institué la semaine dernière un National Hadj Council coprésidé par le Dr Farad Aumeer et Reza Issack (Private Permanent Secretary) en vue de revoir les procédures pour l’organisation du hadj et activités placées sous l’égide du Centre culturel islamique. Entre deux consultations, le médecin, qui était récemment au centre d’une polémique, a accepté au début de la semaine de répondre aux questions du Mauricien. Il nous parle des préparatifs du hadj et souhaite – comme c’est le cas en Afrique du Sud, au Pakistan, en Malaisie et en Indonésie – que l’accompagnement des pèlerins en Arabie Saoudite soit confié à des agences de voyages spécialisées ayant un track record et que le gouvernement se limite aux visas et à l’aviation.
Le gouvernement a annoncé la semaine dernière l’institution d’un National Hadj Committee avec Reza Issack et vous-même comme présidents. Comment avez-vous accueilli cette démarche ? Est-ce le résultat de la polémique autour de l’organisation du hadj ?
Bien sûr, il y a eu polémique. L’important est qu’à la suite de cela le gouvernement ait tranché et j’espère, pour le bien des pèlerins et de la communauté musulmane. La création du National Hadj Council découle des revendications de certains groupes. Je suis de ceux qui pensent qu’on aurait dû détacher l’organisation du hadj du Centre culturel islamique (CCI). Une organisation pratiquée bien avant mon arrivée à la présidence du CCI.
Il est évident qu’un centre culturel aurait eu certaines difficultés à faire la différence entre l’épanouissement de la culture islamique et la supervision et la gestion du dossier du hadj. Le gouvernement a décidé de confier la présidence au Private Permanent Secretary (PPS) Reza Issack et à moi-même. Et je respecte cette décision. Si le gouvernement m’avait demandé de partir, je l’aurais fait. S’il m’avait révoqué, je l’aurais accepté. Je n’ai cependant jamais eu l’intention de démissionner.
Pourtant des maulanas et d’autres personnes vous ont critiqué…
Dites-moi clairement les reproches qu’on a formulés sur le dossier du hadj contre le CCI et le board dont je suis le président. Je n’en ai point trouvé à moins qu’on ne veuille protéger des petits copains et l’intérêt d’un petit groupe. Me concernant, je ne veux pas protéger des petits groupes d’organisateurs opérant à des fins financières. L’organisation du hadj à Maurice est devenue un business lucratif. Dans certains cas, c’est l’argent qui prime. Pour ceux-là, la spiritualité a perdu toutes ses lettres de noblesse dans le cadre des préparatifs du pèlerinage.
Qu’avez-vous apporté en tant que président du CCI au niveau de l’organisation du hadj ?
J’ai apporté la discipline, la rigueur, la bonne gouvernance. Mon souci principal a toujours été le confort, le bien-être et la sécurité des hadjis. Il fallait tout faire pour éviter leur exploitation. J’ai mis en place un système de travail qui n’a pas plu à un ou deux opérateurs. La principale motivation d’un organisateur doit être la spiritualité, la responsabilité par rapport à son Créateur et vis-à-vis de ses coreligionnaires. Il y a bien sûr des frais, mais il ne faut pas exploiter les gens qui ont passé leur vie, jour et nuit, à économiser des sous afin de pouvoir accomplir le hadj. Ce sont essentiellement les personnes de la classe moyenne et ouvrière qui tombent dans cette catégorie de pèlerins. J’ai vu de mes propres yeux cette exploitation de la part de certains organisateurs.
Que paie exactement le hadji pour accomplir le pèlerinage ?
Le hadji doit payer son billet d’avion, son hébergement, sa nourriture, son transport et les frais réclamés par les autorités saoudiennes pour les services comme les tentes, les facilités de transport et le ravitaillement durant les cinq jours du hadj. Les activités des opérateurs se concentrent toutes sur les préparatifs et éventuellement sur l’accueil dans les logements arrêtés bien avant le pèlerinage, le ravitaillement, etc.
Le gouvernement négocie le nombre de visas et aide les hadjis en éliminant la taxe de sortie à l’aéroport. Grâce à des négociations avec les autorités saoudiennes, les royalties à être payées par les pèlerins ont été réduites de 50 %. De plus, le gouvernement fait de son mieux pour que le prix du billet d’avion soit le plus compétitif possible dans le contexte mauricien afin de permettre à tous les hadjis de se rendre en Arabie Saoudite et de retourner au pays.
Pourquoi dites-vous que l’organisation du hadj est un business lucratif ?
J’insiste que certains utilisent le hadj pour faire du profit. D’autres réclament, par contre, uniquement un service charge. Ceux qui cherchent à faire des bénéfices me trouveront toujours en travers de leur chemin que soit comme président du CCI, coprésident du National Hadj Council ou comme citoyen mauricien de foi musulmane.
Quel est le rôle du CCI dans le pèlerinage ?
Nous sommes-là pour donner les permis, régulariser les opérateurs, dispenser des cours de formation, fixer avec le concours du gouvernement du prix des billets d’avion. De plus, nous administrons les services de visas, accompagnons le ministre responsable du hadj lors des pre-hadj missions et participons aux négociations et discussions sur le bien-être de nos pèlerins en Arabie Saoudite. Le CCI s’occupe aussi des protestations internes et celles transmises par les autorités saoudiennes.
Comment les opérateurs sont-ils choisis ?
C’est une équipe, dont je fais partie, qui choisit les opérateurs. C’est une décision collective. Elle est donc prise par tous les membres du board et les ministres concernés sont au courant de tout ce qu’on fait.
5 400 pèlerins se sont rendus en Arabie Saoudite ces trois dernières années. Si nous avons eu 15 doléances, c’est beaucoup. Le choix des opérateurs se fait selon les critères bien définis. J’accepte que ce soit subjectif. Nous les choisissons selon leur past proven experience, le nombre de pèlerins qu’ils peuvent gérer, leur capacité d’accueil, leur comportement – ce qui est très important – et le prix offert. Les plaintes faites contre eux pèsent beaucoup dans l’octroi des licences.
Quel est l’élément qui influence le plus le coût du pèlerinage ?
C’est le taux des mark-ups des opérateurs. Certains font des mark-ups excessifs que j’appelle des profits. D’autres appliquent un service fee et d’autres encore ne couvrent que les frais qu’ils ont engagés dans le cadre de leurs démarches. Ce sont eux qui proposent des forfaits alléchants sans pour autant offrir un service moins intéressant que ceux dont les frais sont 20 % plus cher.
La polémique au sujet du prix du billet d’avion continue… Qu’en pensez-vous ?
Cette polémique découle de ma demande aux opérateurs de fournir à l’ICC un rapport détaillé sur tout ce qu’ils font. Nous n’avons eu aucun problème avec la majorité des opérateurs ni avec 98 % des hadjis. Nous n’avons rencontré des soucis qu’avec deux opérateurs.
Le problème a surgi le 28 février 2012 lorsque nous avons décidé de fermer le dossier du hadj 2011. Comme tout dossier qui doit être fermé, il faut régler les soucis en attente. Il y avait des plaintes contre deux-trois opérateurs. Il nous fallait obtenir des explications.
La plupart des opérateurs sont venus, y compris Cehl Meeah. Nous avons écouté leurs explications et avons fermé les dossiers concernés. Un seul opérateur n’a pas obtempéré et a fait fi à l’invitation du centre culturel. Nous avons le devoir de traiter tout le monde sur le pied d’égalité. Il faut respecter l’organisation du hadj, autrement nous n’avons pas le droit moral d’y participer. C’est à partir de là qu’il y a eu une campagne contre moi. Le débat a été personnalisé bien que les décisions concernant l’organisation du hadj soient prises collectivement.
Avez-vous eu l’occasion de rencontrer vos détracteurs pour écouter leurs revendications ?
J’ai rencontré la plupart d’entre eux. Nous avons eu une session de travail à laquelle a participé Reza Issack. Je leur ai expliqué ma position, preuve à l’appui. Ils m’ont donné l’impression de m’avoir compris. Reza Issack m’a aussi donné les raisons pour lesquelles il me faisait confiance.
Comment s’annonce l’organisation du prochain hadj ?
Le gouvernement a annoncé vendredi que l’organisation du hadj a été séparée du CCI. Je respecte cela. Nous attendons les instructions gouvernementales. Le centre culturel n’a pas à s’immiscer dans les affaires du hadj.
Quand le National Hadj Council commencera-t-il ses travaux ?
Reza Issack n’était pas au pays. Nous n’avions donc pas eu l’occasion de nous rencontrer. Nous attendons aussi que les attributions du conseil soient publiées.
Quel conseil donneriez-vous au gouvernement ?
Mon conseil consiste à demander au gouvernement de se désengager de l’organisation du hadj. Qu’il garde la responsabilité de négocier les visas avec les autorités saoudiennes et de l’aviation. Il faut laisser l’accompagnement des hadjis à la terre sainte et leur retour aux pays aux agences de voyages. Elles opéreront avec ceux qui ont une grande connaissance en matière d’organisation du hadj.
Les agences de voyages organisent très bien les petits pèlerinages mois après mois sans l’aide du gouvernement. Elles disposent de logistiques et moyens nécessaires pour le faire. Cessons avec cette affaire des opérateurs. En Afrique du Sud, au Bangladesh, au Pakistan, en Malaisie et en partie en Indonésie, ce sont les agences de voyages qui ont un track record pour les préparatifs du pèlerinage.