Charles Ng Chen Hin, figure très connue de la communauté chinoise à Maurice, a découvert la métaphysique chinoise alors qu’il faisait ses études supérieures à la London School of Economics ans Political Science. En dehors de ses activités professionnelles, c’est à cette passion qu’il a toujours consacré une large partie de son temps libre, en dehors de ces nombreuses activités en vue de la promotion de la culture chinoise à Maurice. Il est également un membre actif du LSE Alumni Association Mauritius et a reçu l’année dernière un certificat de la prestigieuse université londonienne pour avoir contribué à « ensure that LSE maintains a world class international reputation ». Charles Ng est un décoré de la République et a reçu la médaille de OSK en 1996. Dans un entretien qu’il a accordé au Mauricien en marge du début de l’année du Dragon, Charles Ng estime que cette année sera l’occasion d’une renaissance, d’un changement pour le bien.
Comment s’annonce cette année 2012 dans la métaphysique chinoise ?
La révolution verte et pacifique de l’année du Lapin 2011 cède la place à l’année du dragon, aussi connue comme le printemps vert. Le peuple chinois est essentiellement orienté vers l’agriculture et a une culture vivante et continuelle de plus de 5 000 ans. Fort de son savoir-faire, sa philosophie et sa dextérité, il aime planifier l’année à venir comme un homme d’affaires prépare son budget afin de récolter tous les bénéfices possibles selon le calendrier chinois. Ainsi un fermier chinois qui sait que le temps de pluie arrive ne va pas perdre son temps, son énergie et sa réserve d’eau. Il économisera ses ressources précieuses. Il est conscient que chaque année qui arrive est différente des autres et que chacune a un symbole, un objectif défini et une stratégie différente selon le nom de l’animal tel le cheval, le tigre, le lapin, le chien, la chèvre ou le serpent. Il connaît sa force et sa faiblesse selon les cinq éléments qui existent, c’est-à-dire, l’eau, le feu, la terre, le métal et le bois. Il faut remarquer que pour le Chinois il y a une fin d’année et un commencement et que cela implique deux rituels différents dans l’espace d’un jour : un rituel de remerciement à Dieu créateur et un rituel de bonne espérance et attente pour une année encore meilleure. Dans le langage commercial, cela équivaut à un bilan de l’année écoulée et à un exercice budgétaire de la nouvelle année. L’expression « you toù you neiba » (ena la tete, ena la queue) explique pourquoi les Chinois sont très appliqués au travail du commencement à la fin. La notion chinoise de l’année est donc différente de la notion occidentale qui ne donne pas de nom aux années qui passent.
En vérité le nom du dragon a toujours été intrinsèquement associé à la Chine. Peut-on parler du réveil du dragon ?
La Chine est devenue aujourd’hui une grande puissance et est convoitée partout dans le monde. Il n’est pas étonnant que partout on manifeste un intérêt grandissant pour tout ce qui est chinois ou tout ce qui touche à la Chine. Je ne parlerai pas du “mine touni” qui est devenu notre plat national mauricien mais de la culture chinoise elle-même, de son savoir-faire, sa cuisine, sa pâtisserie, ses arts martiaux, ses langues, sa musique, ses instruments de musique, ses chansons, sa philosophie, sa peinture, sa calligraphie etc. Faut-il que je vous dise qu’aujourd’hui, que ce soit à la maison ou au bureau, une grande partie des objets et des ustensiles, que ce soit les outils de travail, de divertissement ou des objets utilitaires comme les portables, le iPhone etc., ainsi que les gadgets de toute sorte, sont fabriqués en Chine ? À Beijing où j’ai été invité à deux reprises au forum organisé par la London School of Economics, les Chinois disent ouvertement qu’ils ne sont plus aujourd’hui des “copycats” mais sont des vrais créateurs. Cette invasion constante dans la vie quotidienne m’amène à me demander : que reste-t-il aujourd’hui à savoir de la méthode et de la pensée chinoise ?
Il est maintenant reconnu que le centre de gravité mondial bouge de plus en plus vers l’Asie, de l’Inde à la Chine, et que notre salut se trouve dans ce nouveau centre. Maurice, qui compte une importante communauté chinoise et dont la population est imprégnée de la culture chinoise, a des atouts qu’elle n’a pas encore pleinement utilisés. Il nous faudrait, me semble-t-il, des centaines de dragons pour développer une diplomatie économique qui soit à la hauteur de ce nouveau centre de gravité et attirer l’attention des Chinois vers Maurice. À titre d’exemple, pour se rendre en Afrique rien n’empêche les hommes d’affaires chinois de prendre un vol direct cas les connexions aériennes entre le continent africain et Maurice sont nettement insuffisantes.
Quelle est la spécificité de cette année qui s’annonce ?
Nous sommes en l’an 4709 dans le calendrier chinois et l’an 2012 dans le calendrier grégorien. L’année sera celle du dragon d’eau comme en 1952. Le dragon qui est né en 1904-05 et 1964-65 est un dragon de bois, celui de 1916-17 ou 1976-77 est un dragon de feu, celui de 1928-29 ou 1988-89 est de terre, celui de 1940-41 ou 2000-2001 est un dragon de métal ou un dragon d’or.
Le symbole du dragon est intrinsèquement lié à la Chine comme l’éléphant à l’Inde. Pourquoi ?
Le dragon a existé dans l’imagination des Chinois. C’est une bête divine, une créature mythique et légendaire. Il y a certainement une raison de l’inclure dans la liste des animaux qui ont tous couru vers le Bouddha mourant ou encore cyniquement parlant dans le sacrifice de l’offertoire.
Par ailleurs, dans l’ancienne astronomie chinoise, une des cinq plus importantes constellations du ciel s’appelait le Printemps vert du dragon et son opposition est le commencement des pluies du printemps. Ainsi le dragon est associé à l’eau du ciel et les inondations.
Donc le dragon n’était pas une créature méchante telle un gros serpent qui crache du feu comme on le croit en Occident. C’est en fait le symbole de la force-vie, éventuellement devenu l’emblème de la royauté, le pouvoir et la richesse et de nous jours symbole du succès et des joies.
Comment est donc un dragon ?
C’est un animal qui a la tête d’un boeuf, le museau d’un âne, les yeux de la crevette, les corne d’un cerf, le corps d’un serpent couvert d’écailles de poisson et les pieds d’un phoenix. Il est grand et long. C’est dommage qu’à Maurice l’on ne voie que la danse du lion au jour de l’An chinois avec ses deux danseurs. La danse du dragon est plus grandiose et majestueuse avec une douzaine de danseurs. Illuminée comme je l’ai vue dans mon enfance à Chinatown, elle donne un aperçu de la grandeur et de la splendeur de cet animal divin qui est généreux, courageux, bienfaiteur, puissant, de nature glorieuse, et un succès et une réussite dans l’effort.
En général les Chinois attendent beaucoup de l’année du dragon. Pourquoi ?
Oui effectivement, il y a une grande espérance parmi la masse pour l’année du dragon car elle considère le dragon avec beaucoup de respect et crainte. Pour beaucoup, l’année apportera bonheur, réussite, prospérité. Il y aura beaucoup de mariages car on veut avoir des enfants dragons, signe d’autorité, de puissance. Il y a une croyance que tout est bon en cette année du dragon, grandes découvertes et inventions, grandes rentrées d’argent, bonnes récoltes, productions abondantes et recettes spectaculaires, investissements fertiles, etc. Ils rêvent d’un monde de conte de fées où règnent la civilité, la compassion, la justice et l’avancement spirituel. Des nouveaux talents se feront connaître, des nouvelles inventions et découvertes dans le monde culturel, du spectacle et artistique. Bref une nouvelle ère économique.
Il y a une école de pensée qui dit que l’on doit penser positivement le jour de l’an et dire des mots aimables et non blessants, ne pas balayer ou nettoyer, utiliser des couteaux à table et mettre des habits neufs, que l’on peut chasser les vilains et les mauvais esprits avec des pétards ou encore coller des couplets chinois aux mets poétiques devant l’entrée de la maison. Derrière toute cette culture, croyance et ces rituels, je pense que la bonne habitude s’apprend et que l’on peut obtenir une bonne harmonisation de la vie sans être un fanatique.
S’il est vrai que cette croyance est généralement surfaite, il faut dire que dans la métaphysique chinoise existe aussi le taoïsme, le yang et le ying, et que beaucoup de Chinois portent une attention particulière aux mauvaises nouvelles possibles et s’y sont préparés comme on prend une assurance médicale et sociale.
Quelles sont les bonnes et les mauvaises nouvelles ?
Avant de répondre à cette question il est bon de se plonger dans l’histoire, surtout celle de 1952, pour se faire une idée du dragon d’eau.
L’année 1952 a vu le début du règne du roi Georges VI d’Angleterre et le couronnement d’une jeune princesse de 25 ans qui deviendra la reine Elizabeth II. C’est le commencement d’un long cycle de règne qui a vu onze présidents américains en fonction. Le célèbre Bruce Lee était aussi un dragon. Le père Henri Souchon a été ordonné prêtre dans l’année du dragon d’eau et sa carrière a été riche en événements et un plus pour l’Église catholique mauricienne. Pour l’île Maurice, le manque d’eau dans l’année du Lapin 2011 ou le problème de l’eau en l’an 2012 du dragon d’eau montre à quel point notre savoir-faire dans le domaine de la gestion de l’eau est limité. L’eau n’a pas manqué à Maurice en 2011 et en 2012 la pluie du ciel tombera à nouveau à grosses gouttes. Faire augmenter le prix de l’eau de 30 % en disant que l’eau est bon marché ici frise le scandale. Avec les élections municipales qui arrivent bientôt, il est certain que la bataille est perdue d’avance. Avec une augmentation graduelle des prix et un programme de trois ans pour remplacer les tuyaux défectueux, le pouvoir peut sortir gagnant avec des résultats concrets.
Par ailleurs, le tourisme mauricien rebondira et franchira pour la première fois la barre du million de touristes. Le sud-est asiatique englobant les pays comme la Chine, Taïwan, l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, le Vietnam, la Thaïlande et l’Indonésie sera encore sujet à des inondations, des éruptions volcaniques marines, des cyclones ou des secousses sismiques et un nouveau tsunami faisant beaucoup de morts n’est pas à écarter.
Le plus grand problème mondial est que la population a dépassé 7 milliards d’âmes. Il faut les nourrir, les loger, leur donner à boire et à manger, un minimum de confort social et matériel, des besoins en éducation et santé. L’avenir de l’humanité n’est pas un sujet qui concerne uniquement un secteur en particulier mais touche toute la population du globe. Les conditions climatiques extrêmes sont un autre sujet sensible. Est-ce que la fin du monde se produira comme prédisent certaines personnes le 21 décembre 2012 ? La terre fera-t-elle collision avec des planètes dans l’espace ? Y aura-t-il une explosion dans le système planétaire ou une éjection coronale massive du soleil ? Est-ce la venue d’Armageddon ?
Toutes ces questions donnent à penser que le dragon amènera des calamités politiques, sociales et économiques et surtout le désastre des régimes corrompus. Il y aura certes une réponse positive à toutes ces questions et même une indication claire de la solution de l’énigme MedPoint à Maurice dans l’année du dragon. Il faut tout simplement lire les écrits sur la grande muraille. L’année du dragon donne le ton à un grand changement au niveau géopolitique du monde. Avec le retrait des marines américains en Irak, aurons-nous enfin cette paix et cette stabilité que nous recherchons pour le développement économique mondial.
Est-ce que la Chine et l’Union européenne vont mettre de côté leurs différences pour le bien de l’humanité ? L’attention est déjà focalisée sur le bassin Asie/Pacifique jusqu’à l’océan Indien où une guerre froide semble se former. Les Américains ont déjà cherché à contrer l’influence grandissante de la Chine au nord-est et sud-est asiatique en cherchant des nouveaux partenaires dans la mer des Indes pour une coalition des plus effective et efficace.
Un mot sur l’astrologie et le feng shui. J’ai noté que les Mauriciens ont un penchant pour l’astrologie chinoise et les astrologues mauriciens puisent davantage leur savoir dans le ming-shu maintenant.
Le mot de la fin ?
Ce n’est pas nécessaire d’attendre l’année du dragon pour être un dragon. Celui qui détient le pouvoir politique comme un Premier ministre ou ceux qui ont le pouvoir économique sont tous des dragons. Avec l’argent on est déjà un dragon. Un dragon doit servir son peuple et non être servi. Mais attention à la gourmandise, à la poursuite effrénée et excessive du matérialisme et du pouvoir. Les droits à l’excès des hommes politiques et de leurs protégés peuvent être fatals. Ici et ailleurs, on a vu beaucoup de dragons qui ont connu une fin tragique soudaine. L’année du dragon c’est une renaissance, un changement de direction pour le bien.