À Maurice la semaine dernière à l’occasion du Sommet de la All India Management Association, Sachin Pilot, le ministre d’État des Communication et des Technologies de l’Information dans le gouvernement indien, en a profité pour avoir des discussions avec les membres du gouvernement dont le Premier ministre et les ministres des Finances, de l’Éducation tertiaire et de l’Industrie et du Commerce. Âgé de 35 ans, c’est l’un des plus jeunes ministres du gouvernement indien. Il a figuré sur la liste des young global leaders du World Economic Forum en 2008. Le ministre indien, qui en était à sa première visite dans l’île, estime que les relations entre Maurice et l’Inde sont uniques au monde. La différence en termes de grandeur, dit-il, n’empêche pas les deux pays de développer un partenariat basé sur l’équité dans l’intérêt mutuel.
Vous êtes parmi les plus jeunes ministres du gouvernement indien…
Effectivement. En Inde la démographie a influencé la scène politique. De nombreux jeunes sont maintenant engagés dans différents partis politiques. C’est d’ailleurs le cas pour plusieurs de mes collègues. C’est bon d’avoir beaucoup de jeunes en politique. Cela reflète bien le profil de la population indienne.
Quelles sont les nouvelles idées que vous avez apportées dans les débats politiques en Inde ? Il nous a semblé comprendre que vous êtes très attaché à la promotion de l’éducation dans les villages…
L’Inde est un très grand pays. Nous avons fait beaucoup de progrès sur le plan économique. Cependant nous avons encore beaucoup à faire pour arriver à une distribution équitable des richesses dans toutes les régions de l’Inde. Les régions rurales manquent encore d’infrastructures de base et de facilités essentielles. Nous essayons de faire de notre mieux afin de permettre à ces centaines de milliers de villages d’avoir une meilleure condition de vie et de permettre une distribution équitable des richesses dans le pays. Je me suis engagé à faire tout mon possible pour que ces villages puissent disposer d’une bonne connectivité internet, d’une bonne communication téléphonique, afin de permettre aux villageois d’avoir accès à l’information et à la connaissance. Cela fait partie de la vie du pays. Notre gouvernement a également fait beaucoup d’effort en termes de réforme sociale. Un budget important est consacré aux soins médicaux de base, à l’éducation et aux infrastructures dans les régions rurales. Les cités et les villes ont en général très bien fait mais il y a une fracture entre les régions rurales et urbaines.
Vous pensez donc que la connectivité devrait permettre de combler la fracture entre les régions développées et les régions moins développées de l’Inde ?
Je pense que la technologie et l’informatique peuvent permettre à ces villages de faire un bond en avant en termes de développement. Une meilleure connectivité peut catalyser la motivation de millions de personnes qui peuvent ainsi avoir un accès plus facile à la connaissance et à l’éducation et dans beaucoup de domaines où il y a encore beaucoup à faire.
Déjà les téléphones cellulaires sont très répandus en Inde. Nous devrions atteindre le chiffre d’un milliard d’utilisateurs ce mois-ci. Mais le téléphone mobile n’est pas suffisant. Il faudrait avoir des semi-smartphones qui pourraient être utilisés comme plates-formes pour l’éducation dans les langues locales. C’est cela le défi. Je pense que dans quatre à cinq ans le paysage économique des régions rurales va changer. Les gens pourront avoir accès à beaucoup d’informations dont ils ne disposent pas pour le moment dans leurs propres langues. Il ne faut pas oublier qu’en Inde nous avons quelque 22 langues officielles. Il s’agira de mettre du contenu en matière informatique dans chaque langue.
Vous avez figuré il y a quelques années parmi les jeunes Young Global Leaders identifiés par le World Economic Forum. Cela a-t-il été une motivation pour votre carrière politique ?
Effectivement j’ai participé au forum des Young Global Leaders en Inde en 2008. Et j’ai été choisi en raison de mon engagement sur le plan professionnel et dans la société.
Quelle est votre formation ? Est-ce que vous venez vous-même d’une famille politique ?
J’ai fait mes études en Inde. En 2000, je me suis rendu aux États-Unis pour travailler dans des entreprises privées et pour compléter ma formation. Je suis rentré ensuite en Inde et j’ai été élu pour la première fois au parlement en 2004 à l’âge de 26 ans. J’ai eu l’occasion de travailler au sein de plusieurs instances parlementaires avant d’occuper les fonctions de ministre d’État aux Communications et Technologies de l’Information.
Mon père, qui est décédé, était membre du parlement. Je dois toutefois préciser qu’en Inde il ne faut pas nécessaire naître dans une famille politique pour s’engager dans l’arène politique. Tout le monde, quel que soit son statut social, peut se lancer dans une carrière politique.
Vous êtes intervenu au sommet de la All India Management Association à Maurice jeudi matin. Quel message avez-vous transmis ?
L’AIMA est une association réunissant des opérateurs engagés dans le management. C’est la première fois qu’elle organise un sommet hors de l’Inde. Je suis heureux de voir qu’il y avait une bonne audience. Les participants sont venus d’une douzaine de pays. Le prochain sommet est prévu en Afrique du Sud. Le sommet de cette année avait pour thème Leadership and challenges in a changing economy scenario. Il s’agissait de savoir quels sont les changements qui doivent être apportés pour que les opérateurs puissent s’équiper pour évoluer dans le nouvel environnement économique mondial. Beaucoup d’intervenants ont eu l’occasion de s’exprimer sur la question. Il se passe beaucoup de choses en ce moment dans le monde. L’économie chinoise piétine. Les États-Unis ne sont pas encore sortis de la crise. L’Union européenne est au milieu de la crise. L’Inde n’est pas épargnée. Il y a de nouveaux domaines auxquels les compagnies et les opérateurs doivent s’intéresser. L’Afrique se présente comme le continent de l’avenir. Les pays africains ont des matières premières et disposent d’une jeune population. Les débats au sein de l’AIMA ont mis beaucoup d’accent sur tout cela.
Vous avez aussi eu des rencontres bilatérales avec les membres du gouvernement mauricien. Pouvez-vous nous en parler ?
J’ai rencontré le ministre de l’Industrie et du Commerce Cader Sayed-Hossen, celui des Communications et des Technologies de l’Information, Tassarajen Pillay, celui de l’Éducation tertiaire, Rajesh Jeetah et le Premier ministre Navin Ramgoolam. Il a été question de la consolidation de notre coopération.
Quelle est votre évaluation de l’état actuel des relations entre nos deux pays ? Quelles sont les avenues de coopération ?
Les relations existantes entre l’Inde et Maurice sont uniques au monde. La qualité des relations et des liens économiques, sociaux, ethniques et émotionnels transcende les liens diplomatiques et politiques. Maurice et l’Inde ont développé ces liens au fil de plusieurs décennies. Personne ne pourra changer cette réalité quelles que soient les personnalités qui sont à la tête du gouvernement en Inde et à Maurice. Nous envisageons une plus grande coopération dans le secteur industriel et le secteur des services. Because the sizes of our countries are different doesn’t mean that we can’t partner in many ventures, including the field of ICT. A few concerns have been raised here in Mauritius. They will be taken into account. Nous voulons nous assurer qu’il y ait une relation équilibrée dans le cadre de nos relations bilatérales. Les discussions ont porté sur les investissements, sur une plus grande coopération dans le secteur manufacturier. N’importe quel investisseur indien peut venir ici. Il est sûr de trouver des partenaires à Maurice. Les perspectives sont très larges et grâce aux discussions avec le leadership ici, il est possible de trouver des avenues de coopération susceptibles de créer de la richesse et du travail qui vont bénéficier aux populations de nos deux pays.
Est-ce que ces partenariats entre les opérateurs indiens et mauriciens portent également sur les investissements en Afrique ?
C’est une possibilité mais à court terme. Il y a des industriels indiens qui sont actifs à Maurice dans beaucoup de domaines, notamment dans les secteurs des services et des services financiers. Nous pouvons améliorer cette coopération dans tous les domaines qui émergeront dans le cadre de nos discussions.
Vous avez souligné que la différence en termes de superficie n’affecte nullement le partenariat entre nos deux pays. Or nous avons été surpris d’entendre, récemment, un ministre indien affirmer qu’il ne comprenait pas comment d’un pays aussi petit que Maurice pouvait provenir autant d’investissement à destination de l’Inde…
Il y a beaucoup de petits pays qui font très bien. Singapour et la Suisse sont tous les deux de petits pays. Size doesn’t really matter, it is about the quality of human capital. Every economy has to become a knowledge economy. Maurice est un pays à revenus moyens. Elle est sur la voie de la croissance. Le ministre des Finances me disait récemment que la croissance à Maurice serait autour de 3,6 % cette année. C’est un bon signe.
Peut-on envisager de voir de grosses entreprises informatiques investir à Maurice à court terme ?
Il y a déjà plusieurs grosses entreprises présentes à Maurice. Je sais que plusieurs entreprises se sont installées ici avec le soutien du secteur privé comme celui du secteur public. Nous sommes heureux d’avoir créé autant d’opportunités ici.
Dans son discours prononcé à l’occasion de l’ouverture de la conférence de l’AIMA, le ministre des Finances Xavier-Luc Duval a fait comprendre que ceux qui veulent blanchir l’argent illicite n’ont pas leur place à Maurice…
I was glad to hear that he was taking a strong stand against the misuse of law of this country. We have to comply with the law of the land. Ceux qui violent ce processus doivent en subir les conséquences.