Le haut commissaire du Pakistan à Maurice, Muhammad Siddique, a quitté le pays la semaine dernière après une affectation de deux ans. Dans une interview accordée au Mauricien peu avant son départ, il se réjouit que les relations bilatérales et internationales entre nos deux pays aient fait des avancées considérables durant son passage dans l’île. Ce progrès a selon lui été visible tant dans le domaine politique, commercial, culturel que scientifique. Il estime qu’une desserte aérienne directe entre Maurice et le Pakistan permettrait d’accélérer sensiblement les relations entre les deux pays surtout au plan touristique. Il souhaite également qu’une visite officielle du Premier ministre mauricien au Pakistan se concrétise rapidement.
Monsieur le haut commissaire, à la veille de quitter le pays au terme de votre mandat de deux ans à Maurice quel est votre sentiment ?
Je suis extrêmement satisfait. Quand je suis arrivé à Maurice, certaines personnes m’ont dit que je pourrais me consacrer à la lecture de certains livres qu’il fallait à tout prix lire parce qu’il n’y avait pas grand-chose à faire à Maurice. Permettez-moi de vous dire que je n’ai pas eu un week-end de libre durant les deux années que j’ai passées ici. J’ai le sentiment de satisfaction d’avoir accompli ma mission. Il y a eu beaucoup de visiteurs de marque en provenance du Pakistan. De nombreux Mauriciens ont aussi eu l’occasion de se rendre au Pakistan. Ainsi, des délégations d’officiers du gouvernement, d’hommes d’affaires, d’artistes, d’organisateurs de défilés de mode, de banquiers ont séjourné dans l’île. J’ai eu deux années très productives.
Mais je ne reconnais qu’on ne peut jamais épuiser toute la liste d’activités souhaitées et qu’il se peut qu’il y ait des choses qui n’ont pas été achevées. The laundry list never finishes. Je pense avoir eu 90 % de succès dans tout ce que j’ai entrepris. Il y a encore quelques dossiers en attente, dont un accord de principe proposé par le gouvernement de Maurice dans le domaine de la santé. Il a été approuvé par le gouvernement pakistanais. Nous travaillons en ce moment sur les détails de la coopération et de la collaboration entre nos deux pays dans ce domaine.
Nous avons eu la visite des médecins du Shifa Eye Hospital en particulier et qui sont désormais très connus dans la société mauricienne. Ils reviendront en juillet. J’espère que ce programme se poursuivra.
Quels ont été les grands axes de coopération bilatérale avec Maurice ?
Sur le plan diplomatique, les deux pays ont eu des relations d’amitié très proches. Nous nous soutenons mutuellement dans les forums internationaux. Nous avons un point de vue identique sur une série de questions. Maurice a soutenu récemment la candidature du Pakistan comme un membre non permanent au conseil de sécurité. Nous avons la chance d’avoir eu le soutien des quatre pays de la région, à savoir Maurice, les Seychelles, Madagascar et les Comores. There is an identity of views and we support each other. Au niveau commercial, depuis la conclusion de l’accord préférentiel sur le commerce (Preferential trade agreement) en 2007, le volume des échanges commerciaux n’a cessé de croître. Si je compare les statistiques entre 2009 et 2011, le volume des échanges commerciaux a augmenté de 25 % à 30 % et les exportations mauriciennes à destination du Pakistan se sont multipliées. À titre d’exemple, des ananas produits à Maurice ont été exposés à une récente foire commerciale organisée à Karachi. Une délégation de deux personnes d’Enterprise Mauritius avait fait le déplacement et avait disposé d’un stand à cette occasion. Nous avons également observé que les importations du Pakistan ont également touché des secteurs non traditionnels comme le domaine fruitier. C’est ainsi que des mandarines et des mangues ont été importées. Comme ce fut le cas l’année dernière, des mangues pakistanaises seront à nouveau disponibles sur le marché à compter de mai. Dans le secteur de l’habillement et du textile, nous disposons d’un produit de qualité et nous avons reçu la visite des créateurs de mode pakistanais.
J’ai constaté par ailleurs qu’un nombre croissant de Mauriciens sont intéressés à se rendre en visite d’affaires au Pakistan. L’importation des produits textiles pakistanais est en hausse. De ce fait, le nombre de demandes de visas pour le Pakistan a augmenté sensiblement.
Le secrétaire aux Affaires étrangères Anand Neewoor s’est rendu à Islamabad en février où il y a eu une joint working group meeting. Un Memorandum of Understanding (MOU) concernant les échanges culturels durant les quatre prochaines années a été signé. Cet accord offre une plateforme pour la coopération bilatérale dans plusieurs domaines. Pas plus tard que la semaine dernière, la Mauritius Broadcasting Corporation et la télévision pakistanaise ont signé un accord de coopération, de formation et d’échanges entre les deux institutions. Beaucoup de personnes affichent un intérêt pour les séries pakistanaises en ourdou. Maurice pourra bénéficier de ces séries qui sont de bonne qualité.
Quels sont les défis et les problèmes que vous avez constatés dans le cadre de notre coopération bilatérale ?
Je pense que la coopération pourra s’accroître si nous disposons d’un vol direct entre nos deux pays. Nous devons actuellement avoir recours à Emirates. Le coût du voyage est assez élevé. Et des fois, nous avons de longues heures d’attente à Dubaï. It’s likely inconvenient for the people. Des négociations concernant la desserte aérienne durent depuis quelque temps. J’ai le sentiment que dès qu’une ligne aérienne directe serait établie entre Maurice et le Pakistan, le nombre de visiteurs pakistanais à Maurice va se multiplier. Ce qui constituera un apport important pour votre industrie touristique alors que les pays de la zone euro sont sous pression et que vous cherchez des ouvertures dans des pays asiatiques.
Le Pakistan a une population de quelque 180 millions de personnes dont quelque 35 %, qui sont de la classe moyenne, disposent des moyens financiers importants et sont prêts à dépenser. Elles pourront venir à Maurice pour faire du tourisme ou des affaires.
Concernant l’octroi des visas, nous avions quelques problèmes mais j’ai été en mesure de les régler. Et désormais, il n’est pas difficile pour un Pakistanais d’obtenir un visa pour Maurice. Pour ce qui est des Mauriciens, je fais de mon mieux pour que les visas leur soient alloués le même jour. Je fais en sorte que les gens n’ont pas à revenir à la haute commission s’ils disposent de tous les documents nécessaires, notamment une lettre d’hébergement au Pakistan.
Vous avez parlé de lignes aériennes quid des lignes maritimes ?
Je n’ai pas à me plaindre à ce sujet. Le trajet Maurice/Pakistan dure actuellement une vingtaine de jours. Ce qui est tout à fait dans les normes internationales.
La coopération technique entre nos deux pays a une dimension historique, pouvez-vous nous en parler ?
Les programmes de coopération technique entre nos deux pays ont débuté dans les années 70. Des bourses ont dès lors été offertes aux étudiants mauriciens et aux professionnels. Les secteurs d’intérêts étaient la médecine, la dentisterie et les études de pharmacie. Un grand nombre de Mauriciens qui ont pu bénéficier de ces formations, occupent maintenant des postes de responsabilité. En plus ce cela, les institutions pakistanaises offrent des formations dans le domaine bancaire, la finance et des cours dans les domaines diplomatiques… Un grand nombre de CEO dans le secteur bancaire en Afrique ont été formés au Pakistan. Ce programme continue.
Vous parlez du secteur financier. Y a-t-il un accord de non double imposition entre Maurice et le Pakistan comme il en existe avec l’Inde ?
Nous disposons d’un accord de non double imposition comparable à celui de l’Inde. Et Maurice a été utilisée comme passerelle pour les investissements au Pakistan. Les échanges ne sont pas aussi importants qu’avec l’Inde mais j’ai le sentiment qu’un grand potentiel n’a pas encore été exploité. Cela est dû au fait que les opérateurs pakistanais ne sont pas familiers avec cette plateforme. Je pense que s’il y a une promotion de ces facilités au Pakistan, les deux pays pourront bénéficier de ces facilités. If it is built on proper projection it will be beneficial for all of us.
Le Pakistan est très avancé dans le domaine de la recherche et du développement. Comment Maurice pourrait-elle en bénéficier ?
Le Pakistan a effectivement fait beaucoup de progrès dans le monde de la recherche et du développement. Une des institutions disposées à aider Maurice est l’Institute of chemistry and marine biology à l’Université de Karachi. L’université a offert cinq bourses complètes pour des masters de PhD dans les études biologiques. Lors d’une visite du chancelier de l’Université à Maurice l’année dernière, il a été question de la signature d’un MoU avec l’Université de Maurice dans ce domaine en vue des échanges entre les deux institutions. There is ample opportunity for both Mauritius and Pakistan.
Y a-t-il un intérêt pour des investissements pakistanais à Maurice ?
Une délégation d’hommes d’affaires pakistanais a visité le pays l’année dernière et s’y sont intéressés à plusieurs secteurs. Ainsi, une compagnie pakistanaise a manifesté son intérêt pour la construction d’une minoterie dans l’île. Un promoteur se propose de se lancer dans un projet immobilier avec la construction d’un building de plusieurs étages à Plaine-Verte. Un accord est en voie de préparation et je souhaite que le projet puisse démarrer dans les mois à venir. Ce serait un excellent symbole de coopération entre le Pakistan et Maurice.
Quelle a été votre contribution personnelle dans les relations entre nos deux pays ?
Lorsque je suis arrivé dans l’île, j’ai constaté qu’il y avait beaucoup de sympathie pour le Pakistan. J’ai eu l’occasion de participer à des activités sociales et religieuses. À l’époque, il y avait une mobilisation pour aider une région du Pakistan qui avait été frappée par une inondation. Lorsque je suis arrivé, j’ai tout fait pour construire sur ce capital de sympathie. J’ai essayé d’améliorer les relations bilatérales dans tous les domaines, que ce soit au niveau de l’éducation, de la santé, de la diplomatie, des relations entre nos deux peuples et entre nos deux gouvernements. J’espère qu’il y ait davantage de visites bilatérales et que l’accord d’échanges commerciaux entre nos deux pays puisse englober un plus grand nombre de produits. D’autres délégations commerciales sont attendues à Maurice.
Quid des échanges au niveau ministériel ?
Maurice a reçu la visite du ministre du Commerce et du ministre de la Technologie de l’information ; depuis 2007, il n’y a pas eu d’autres visites ministérielles. Le Premier ministre Navin Ramgoolam avait été invité à une visite officielle au Pakistan en 2007 mais il y a eu les élections dans notre pays. Il a dû reporter son déplacement. À mon arrivée dans l’île en 2010, j’ai renouvelé cette invitation et j’ai appris qu’elle pourrait se matérialiser dans un avenir proche. Le ministre mauricien des Affaires étrangères Arvin Boolell a rencontré récemment son homologue pakistanais à New York et l’a invité à effectuer une visite à Maurice qui devrait se matérialiser rapidement. Je dois reconnaître qu’il y a eu une lacune en ce qui concerne les relations de haut niveau entre nos deux pays et qui sont très prometteuses mais je suis conscient qu’elle sera vite comblée.
Avez-vous une organisation comparable à celle de GOPIO concernant les relations entre le Pakistan et sa diaspora ?
Nous ne disposons pas d’organisations de ce genre, mais nous avons la Overseas Pakistani Foundation. Cette organisation gouvernementale regroupe d’éminents ressortissants pakistanais vivant à l’étranger. Elle a pour mission d’harmoniser les relations avec la diaspora pakistanaise et voir comment elle pourrait investir au Pakistan.
Comment se portent les relations entre le Pakistan et l’Inde ?
Il y a eu beaucoup de progrès ces dernières années dans tous les domaines dont la politique, la culture, le commerce etc… Le Pakistan a décidé cette année d’accorder à l’Inde le statut de « Most favoured nation ». Ce qui va permettre d’ouvrir de nouvelles avenues de coopération bilatérale entre l’Inde et le Pakistan ainsi que ses voisins immédiats. This will help easing the tension. De plus, elle permettra à nos deux pays de passer d’un « conflict mode » à un « friendship mode ».
Le Pakistan est en première ligne dans le conflit opposant la communauté internationale à l’Afghanistan. Qu’en pensez-vous ?
Tout a commencé avec l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979. Le Pakistan a payé un prix très fort en pertes humaines dans ce conflit. Après le 11-Septembre, nous nous sommes engagés dans la guerre contre le terrorisme. Nous avons également payé un prix très fort. La grande majorité des Pakistanais sont des gens modérés et avant-gardistes et n’ont pas une approche orthodoxe de la vie.
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Un militaire à la tête de la diplomatie
Muhammad Siddique, qui a quitté Maurice la semaine dernière, a surtout une formation militaire. Il s’est s’engagé dans la diplomatie par la suite. Il nous explique son parcours professionnel :
« Dans le domaine militaire, lorsque vous occupez une junior position, cela suppose que vous vous êtes engagé dans les entraînements, dans le maniement des armes. Vous avez aussi la possibilité de suivre des études supérieures. J’ai eu la chance d’avoir une formation supérieure et j’ai opté pour les relations internationales dans lesquelles j’ai obtenu une maîtrise après deux ans d’études. J’ai pu participer à une série de forums internationaux, ce qui m’a permis de visiter une vingtaine de pays. J’ai été en Arabie Saoudite, aux États-Unis. J’ai aussi occupé les fonctions de chercheur pendant deux ans à l’université. J’ai eu donc l’occasion d’interagir avec des gens à tous les niveaux de la société ».
Après son affectation à Maurice, l’ambassadeur s’inscrit de nouveau dans le service militaire, satisfait de son séjour à Maurice qui a été pour lui une expérience enrichissante. « Jusqu’à maintenant j’avais entrepris des missions très ciblées. À Maurice, mon travail a pris une autre dimension. I has to create goodwill, enhance goodwill and promote goodwill. J’ai eu l’occasion de rencontrer des gens dans tous les secteurs d’activités. Je garderai un souvenir inoubliable de Maurice. »
Son successeur, dont il n’a pas révélé le nom, sera un diplomate de carrière.