Le Chairman de la Mauritius Tourism Promotion Authority nous livre dans cet entretien sa vision pour l’expansion de l’industrie du tourisme. Robert Desvaux se dit convaincu que Maurice pourra surmonter la crise économique s’il arrive à s’adapter au nouveau comportement du voyageur. Il insiste ainsi sur la promotion de produits de qualité. « La qualité est un idéal, une philosophie qui doit prendre racine dans nos pensées et se pose en leitmotiv dans nos discours et actions. » De plus, soutient-il, « l’implication des Mauriciens contribuera à la réussite de cette industrie ».
Le nombre de touristes attendu cette année risque d’être moins qu’en 2010. Que pensez-vous de cette situation ?
De janvier à décembre 2010, 934 827 touristes ont visité l’île Maurice. Cette année, l’objectif est d’atteindre 982 000 arrivées. Ce qui représenterait une augmentation de 5 % et Rs 42 milliards de recettes. La conjoncture internationale économique difficile est un grand défi… Mais, je suis confiant que notre capacité de nous adapter au nouveau comportement du voyageur et notre capacité de transformer ses vacances en une expérience authentique, exclusive et mémorable, sont le secret de la réussite. Le tout en préservant nos valeurs.
Ensemble avec les transporteurs aériens, hôteliers, réceptifs, tour-opérateurs, agences de voyage et autorités, nous nous préparons à relever ce défi. Cela ne pourra cependant se faire sans le soutien, l’accueil et le sens de l’hospitalité de la population.
Le Code de conduite du tourisme, réactualisé le 27 septembre lors de la messe organisée à l’occasion de la Journée mondiale du tourisme, nous donne des repères et des références pour une implication accrue de la population. Ce code est accessible à tous les Mauriciens sur le site web de la MTPA : www.tourisme-ilemaurice.mu. Ce serait merveilleux si chacun pouvait y jeter un oeil.
Qu’en est-il de l’objectif du gouvernement d’atteindre deux millions de touristes d’ici à 2015 ?
Toute entreprise doit pouvoir se fixer des objectifs de croissance, quitte à les modifier selon les circonstances, les situations et les défis qui émergent en cours de route. Les responsabilités nationales et le bon sens du business nous imposent le principe que tout développement doit se faire de façon durable. C’est tout à l’honneur des autorités d’avoir simultanément conçu et mis en oeuvre le concept « île Maurice durable ». Tout développement responsable se fera en tenant compte de cet impératif écologique.
Pour le tourisme, l’accent sera mis sur le développement qualitatif. Un système de classification des hôtels et des résidences de touristes sera introduit. L’objectif est de s’assurer que la qualité prime à travers une bonne réglementation. Cette classification implique des critères de sélection et d’éligibilité. Elle exige aussi des efforts soutenus et une vigilance sans faille pour maintenir la réputation de notre parc d’hébergement. 10 % de progression en moyenne par année est possible sans affecter la qualité…
Quelles sont les perspectives d’évolution pour le tourisme en cette période de crise ?
Maurice a connu plusieurs crises : la crise du pétrole dans les années 70, les épidémies d’A(H1N1) et de chikungunya en 2006/2007, la crise financière depuis 2008… L’industrie du tourisme a toujours réussi à surmonter avec intelligence et débrouillardise tous ces défis. Le tout en préservant nos acquis.
2012 sera une année de grands défis à relever. Nous travaillons sur la consolidation de nos marchés émetteurs traditionnels, tout en accélérant nos efforts promotionnels sur la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Europe de l’Est et l’Afrique du Sud. Les économies émergentes (BRICS) représentent pour nous des opportunités à saisir. Il est impératif de dégager une synergie promotionnelle parmi les acteurs de l’industrie, dont les agences de promotion, afin de mieux prospecter et exploiter les marchés émergents.
Quel rôle et quelle stratégie jouera la MTPA dans cette démarche ?
La MTPA est appelée à dégager une stratégie commune impliquant tous les acteurs de l’industrie et à intensifier les actions promotionnelles innovantes pour les marchés émergents, tout en consolidant les acquis dans nos marchés traditionnels. Des Technical Advisory Committees, réunissant partenaires du Tourisme et officiers de la MTPA, ont été mis sur pied pour créer une plus grande synergie entre le public et le privé. Le but étant de s’assurer que toutes les forces et ressources disponibles soient mises en oeuvre pour contrecarrer la crise financière. Les maîtres mots pour 2012 seront : étroite collaboration entre le privé et le public, actions communes, synergie, efficience et efficacité.
Notre présence sur Internet est pour l’instant une vitrine. Nous mettons actuellement en place toute une structure pour dynamiser cette présence.
Selon les dernières études, plus de 30 % de ceux qui fréquentent les 4-5 étoiles – notre coeur de cible – réservent via Internet. Ce chiffre confirme la progression rapide de l’internet dans le haut de gamme…Nous travaillons aussi activement pour regagner la confiance des professionnels de nos marchés émetteurs.
Comment favoriser la collaboration entre le privé et le public ?
Le privé investit déjà sur le marché. Ceux concernés connaissent les prix car ils sont toujours en train de négocier. Cette collaboration nous permettra d’avoir à notre tour un meilleur prix car nous ferons du bulk buying. Il y va également du service. Il nous faut un positionnement, et la qualité a un prix. N’importe quel hôtel, 4 ou 5 étoiles, n’a pas le droit éthique de vendre ses chambres à Rs 2 000 alors que certains de ses clients paient plus de Rs 15 000 par chambre. Les grandes marques ne se bradent pas.
Le tourisme participatif est un concept de plus en plus prisé dans le domaine de la promotion et de l’accueil. Qu’en pensez-vous ?
Il est vrai que le tourisme participatif est un concept de plus en plus prisé, mais il reste marginal quantitativement, tout en étant très porteur en termes d’image et de visibilité. « Les amis du vélo », une initiative que nous avons lancée il y a trois ans, fait partie de ce concept. En d’autres mots, ces démarches font que les visiteurs participent à la vie locale. Mais, les tendances évoluent rapidement. Aujourd’hui, le voyageur cherche une multitude d’expériences originales tout en étant responsable et favorise l’éthique, les valeurs sociales et environnementales.
Quelles sont les tendances touristiques actuelles ?
Les voyages thématiques, les séjours d’aventure avec des personnes partageant la même passion, le golf, la plongée, le kite surf…Ces tendances sont en grande demande. L’on note aussi une demande grandissante pour le tourisme éducatif, médical et culturel. Cette période difficile fera aussi le bonheur de ceux qui tiennent leur promesse vis-à-vis de la clientèle et qui offrent un service irréprochable car ils fidéliseront leurs clients. Ce qui sera très bénéfique pour eux à l’avenir.
L’hébergement personnalisé haut de gamme, la multiplication des villas individuelles de luxe dans les hôtels et les grandes résidences privées, accompagnés d’un service d’accueil haut de gamme, rencontrent actuellement beaucoup de succès chez les célébrités. La MTPA bénéficie d’une participation active des petites et moyennes entreprises à travers les différents Technical Advisory Committees. Cette participation peut être considérée comme un apprentissage collectif et la volonté des PME de vouloir proposer un produit original, personnalisé, accessible et fabriqué avec passion pour faire honneur à la destination Maurice.
Et concernant l’accès aérien…
Depuis 2006, l’île Maurice a mis en oeuvre une politique prudente et progressive d’ouverture de notre accès aérien. Cette politique a porté ses fruits. Le dialogue entre Air Mauritius et les autres lignes aériennes d’un côté, et les hôteliers de l’autre, se poursuit pour identifier des solutions qui seraient bénéfiques à toutes les parties concernées. L’histoire nous démontre que des solutions ont été trouvées quand il y a eu un déséquilibre entre le nombre de chambres disponibles et celui de sièges offerts.
Au coeur de tout développement de notre accès aérien se trouve Air Mauritius, notre transporteur aérien national, un partenaire stratégique. Toute politique future de développement doit impérativement prendre en compte les intérêts de cette compagnie, ne serait-ce que pour promouvoir le concept Île Maurice durable. Une compagnie nationale aérienne affaiblie serait antinomique à ce concept. Air Mauritius, qui fonctionne dans un contexte international difficile, revoit son business model et fait son maximum pour répondre aux demandes ponctuelles des hôteliers, surtout en saison de pointe.
D’autre part, le monde avance à une vitesse supersonique. Une politique d’accès aérien souple, flexible et bien réfléchie saurait répondre aux exigences de notre développement dans un contexte mondial de globalisation et d’ouverture. La diversification de nos marchés touristiques s’impose plus que jamais pour la survie de notre industrie. Cette diversification devrait aller de pair avec l’ouverture de notre ciel, mais une ouverture prudente, mesurée et durable.
D’autres compagnies aériennes ont récemment augmenté leur nombre de vols sur Maurice…
Il faut s’ouvrir intelligemment quand l’opportunité se présente !
Quels changements devraient-ils y avoir au niveau des infrastructures ? Disposons-nous de suffisamment d’espace pour accueillir le nombre de touristes souhaité ?
L’espace est un atout stratégique, l’alpha de tout développement. Des objectifs de croissance uniquement quantitatifs et à progression géométrique illimitée seraient non seulement irréalistes mais aussi en totale contradiction avec le concept Île Maurice Durable. Par contre, la qualité est une condition sine qua non de développement durable. C’est un idéal, une philosophie qui doit prendre racine dans nos pensées et se poser en leitmotiv dans nos discours et actions. Le développement durable sous-entend développement qualitatif des infrastructures, c’est-à-dire propreté, eau, énergies vertes, réseaux routiers, expansion aéroportuaire, innovation et créativité à tous les niveaux et capacité d’accueil, et amélioration de la qualité de vie de la population. Tous ces facteurs influent sur la notion de seuil de tolérance. Il y a une corrélation positive directe entre capacité d’accueil et seuil de tolérance. Ces deux facteurs ne sont pas statiques mais évoluent avec le développement et le temps. C’est une grande fierté pour tous les Mauriciens aujourd’hui de pouvoir dire que notre pays s’est classé deuxième au monde pour la qualité de l’air, devançant le Canada.
Comment présenter Maurice comme la destination touristique idéale et la qualité de ses produits offerts ?
La promotion et le marketing sont non seulement une science, mais aussi un art. Il n’y a pas de recette toute faite et gagnante. Au-delà des considérations purement matérielles et financières, je suis convaincu que la passion, l’engagement, le dévouement, la créativité, l’innovation, le « business flair », la lucidité, le sens de l’entrepreneuriat et la débrouillardise sont aussi importants que la promotion pure et dure. Le marketing prend vie quand il est mené par ses forces. Celui ou celle engagé/e dans le développement touristique à n’importe quel niveau, qui fait des offres et promesses pour satisfaire le client et s’implique personnellement, réussit sa démarche et contribue au succès et à la réputation de notre industrie. Les considérations humaines sont primordiales pour cette réussite et sont l’expression même des valeurs qui doivent primer.
Comment encourager la participation des Mauriciens dans cette démarche ?
La réussite de l’industrie du tourisme dépendra de l’engagement de la population. Si les Mauriciens ne se sentent pas concernés et sont d’avis que l’industrie du tourisme ne change pas leur vie, le sens de l’hospitalité va se perdre. Cela ne vaut plus la peine. C’est pour cette raison qu’il faut engager plusieurs actions pour faire comprendre aux Mauriciens leur rôle dans la promotion de Maurice comme une destination touristique.
Les voyageurs fortunés en tant que touristes responsables sont disposés à investir sur un produit de qualité dans un pays. Ainsi, nous devons nous engager dans l’événementiel, qui encourage la participation des Mauriciens et la promotion des produits locaux. Il y a une recherche de l’authenticité. Le touriste d’aujourd’hui cherche des produits de qualité.
J’ai trois projets en tête. Premièrement, l’organisation d’un grand salon culinaire, qui nous donnera beaucoup plus de visibilité et mettra en valeur les produits mauriciens… De plus, la population se sentira partie prenante de cette démarche. Deuxièmement, l’organisation d’un salon internationale de beachwear. À Maurice, nous avons des tenues de plage qui peuvent attirer le touriste. Finalement, l’Oscar du Cyclisme, un projet déjà mis en route. Cet événement emmènera tous les champions du monde du cyclisme et la presse internationale à Maurice. C’est une façon de faire de la promotion sans avoir à investir dans la publicité.
Parlez-nous du concept « Îles Vanille »
Le concept « Îles Vanille » regroupe les îles du sud-ouest de l’océan Indien : Île Maurice, La Réunion, Les Seychelles, Madagascar, Les Comores et Mayotte. Il vise à mettre en valeur toute cette région comme destination touristique.
La coopération et l’intégration régionale, la complémentarité des produits touristiques de ces îles, l’attractivité de la région, la diversification des offres culturelles, l’accroissement de l’accueil et des services, seront renforcés. Un Protocole d’Accord de Coopération touristique entre l’Île de la Réunion Tourisme et la MTPA a été signé le 21 septembre lors du salon TOP RESA à Paris. Maurice et La Réunion joueront un rôle moteur dans le développement du concept « Îles Vanille ». D’autres accords bilatéraux ou multilatéraux seront signés pour favoriser le développement du tourisme dans la région.
Que nous apporte cette initiative de manière concrète ?
C’est comme sur un rayon de supermarché, où l’on a un produit présenté soit sur 1 mètre et un autre sur 10 cm. Il y a une plus grande visibilité… Mais, nous pouvons aussi développer des références communes, comme la classification de l’hébergement, les actions promotionnelles ciblées et une libre circulation entre ces îles. Cette année pour la haute saison, nous avons déjà une pléiade de célébrités qui viennent à Maurice pour les vacances.