Natacha Rigobert a le beach-volley dans le sang. Porte-drapeau et capitaine de la sélection de Maurice lors des Jeux Olympiques de Londres, elle a notamment remporté la médaille d’or avec sa partenaire Élodie Li Yuk Lo aux Jeux d’Afrique de Maputo au Mozambique en 2011. La paire est aussi montée sur la plus haute marche du podium cette année au tournoi qualificatif pour les JO qui s’était tenu au Rwanda. Parlant de l’évolution de sa discipline de prédilection, elle n’y va pas avec le dos de la cuillère…. À 32 ans, la beach-volleyeuse est également d’avis que le volley-ball est en nette régression et qu’on court vers le désastre. « Maurice compte 15 ans de retard sur l’Afrique ». Dans l’entretien qui suit, la Quatre-Bornaise se livre à coeur ouvert…avec bien évidemment la conviction d’éveiller l’intérêt…
Natacha Rigobert, 2012 est terminée…Quels sont vos sentiments par rapport à votre saison de sportive ?
– C’est une saison réussie. Le but a été atteint car l’objectif principal était de se qualifier pour les Jeux Olympiques. Ce fut une année éreintante car nous avons fait beaucoup de sacrifices, Élodie et moi. Mais je dois dire que ça valait la peine car ce n’est pas donné à tout le monde de faire ce que nous avons fait. Je suis très contente car c’est un bilan plus que positif. Moi, comme ma partenaire, avons été à la hauteur des espérances. Que de bons souvenirs.
Vous avez été porte-drapeau et capitaine de la sélection mauricienne lors de ces JO. Cela restera certainement une experience inoubliable. Racontez-nous…
– Ah oui bien sûr. Ça a été un grand honneur pour moi. Je suis vraiment heureuse et honorée que cette mission m’ait été confiée. La surprise a été totale. C’était une autre première pour moi, car je suis devenue la première sportive mauricienne à agir comme porte-drapeau lors d’une édition des Jeux Olympiques. Aujourd’hui, je me sens encore plus fière d’être Mauricienne. C’était tout simplement un rêve devenu réalité. C’était une fierté pour moi et Élodie, pas uniquement en tant que femme mais aussi pour notre discipline. Quel sportif ne rêverait pas de brandir très haut le drapeau de son pays lors d’une compétition d’une telle envergure. Personnellement, je n’en connais pas beaucoup (Rires). C’était une expérience plus qu’inoubliable. Magique. J’ai également eu l’honneur de participer à la campagne FIVB Heroes à Londres en compagnie de 10 joueuses de renom. Une sacrée expérience. J’ai même fait la une du journal anglais The Guardian.
Pensez-vous que votre partenaire, Élodie Li Yuk Lo et vous-même auriez pu prétendre à mieux en terre londonienne ?
– Dire qu’on aurait pu prétendre à mieux, ce n’est définitivement pas le cas car on savait qu’en face de nous, on se mesurait à ce qui se fait de mieux dans cette discipline. Nous sommes des compétitrices. Nous n’étions pas venues pour faire de la figuration, ça vous pouvez en être sûr. Nous voulions réellement réaliser quelque chose, donner du fil à retordre à nos adversaires. Nous étions certes réalistes car les autres étaient nettement un cran au-dessus mais j’ai le sentiment que nous leur avons rendu la tâche un peu trop facile.
Que dire des forces en présence ?
– Nous n’avions pas été à notre meilleur niveau. Face aux Brésiliennes, Juliana Felisberta et Larissa Franca, nous avons perdu en deux sets (21-5, 21-10). Nous n’étions pas à la hauteur, faisant  beaucoup d’erreur. C’est le stress qui a pris le dessus. Contre les Tchèques, Lenka Hajeckova et Hana Klapalova (perdu 21-10, 21-11) nous avons surtout pêché dans la réception. C’était notre plus grosse difficulté. Elles sont également très forte en défense. Comme lors du premier match, nous avons essayé tant bien que mal de tenir tête à cette équipe mais cela n’a pas été suffisant. Elles étaient un cran au-dessus et elles ont imposé le rythme. Nous avons pris beaucoup de plaisir et nous avons joué beaucoup plus libérées contre les Allemandes Katrin Hlotwixt et Ilka Semmler (perdu 21-11, 21-10) que lors des deux premiers matches. Mais nous sommes une nouvelle fois tombée face à une paire plus forte que nous. C’est le manque d’expérience qui a joué en notre défaveur. Il faut avoir connu ce genre de situation pour pouvoir en sortir gagnant. À un moment, nous étions à égalité et nous avions pris l’avantage sur nos adversaires mais contrairement à elles, nous n’avions pas disputé autant de rencontres. Elles sont plus aguerries et donc, elles arrivent à gérer plus facilement ces rencontres. Nous avons combattu avec nos armes. Mais force est de constater que la détermination de bien faire et la volonté ne suffisent pas pour gagner. Il faut également avoir beaucoup de matches de très haut niveau dans les jambes. Nous n’avons pas à rougir de ces défaites. Mais c’est très frustrant.
Dans l’ensemble, diriez-vous que c’était de bons JO pour l’équipe de Maurice ?
– Oui je le pense. Tous les Mauriciens ont donné le maximum mais cela n’a pas suffi. Il ne faut pas oublier que nous sommes aux JO. La plus grande compétition sportive de la planète. Les sportifs se préparent comme des damnés et tous se battent pour décrocher le graal. On attendait une médaille de Richarno Colin qui était considéré comme l’homme fort de la sélection mauricienne mais il est tombé sur plus fort que lui. On a tous tenté de tirer notre épingle du jeu mais c’est ça le haut niveau. Cela relève de l’exploit d’obtenir une médaille aux JO. Je ne cesserai jamais de le dire, pour réussir au plus haut niveau, il faut avoir un bon encadrement. Nous sommes une petite population et nous n’avons pas à rougir de notre prestation. Certes, il y a eu des mini-conflits au Village des Jeux mais sur le plan sportif, il y a rien à nous reprocher. On s’est tous battus pour défendre le quadricolore. On ne pourra pas nous le reprocher. Je suis très fière d’avoir fait partie de cette sélection.
Ayant pris part à ce grand rendez-vous londonien, trouvez-vous que ces Jeux ont été une occasion pour les sportifs Mauriciens de démontrer leur élan de solidarité ?
– Oui Effectivement. On s’est mutuellement encouragé tout au long de la compétition et nous faisions tant que possible des sorties en groupe pour apprendre à se connaître. Personnellement, je n’ai pas eu d’anicroche avec personne. J’ai discuté avec tout le monde et je me suis fait des amis. À chaque fois qu’on terminait une compétition, on faisait en sorte de savoir où les autres étaient en action pour aller les encourager. Tout s’est passé dans une ambiance bon enfant entre les sportifs. On était tous très solidaires et c’était très agréable.
Mais tout n’a pas été rose en terre londonienne. Il y a également eu des conflits entre dirigeants. Cela a certainement dû affecter le moral des troupes ?
– C’est malheureux que ces conflits soient venus perturber le moral des troupes. Cela a définitivement joué sur la sérénité au sein de l’équipe car, ne l’oublions pas, nous n’étions qu’une petite délégation. Il n’y aurait jamais dû  avoir de problème au sein d’un aussi petit groupe. Ça a fait tâche et c’est honteux pour le pays. Le président du Comité Olympique Mauricien, Philippe Hao Thyn Voon avait fait ressortir que c’était ses pires JO en terme d’ambiance. Cela veut tout dire. Mais heureusement que les sporifs sont restés soudés.
Vous avez beaucoup galéré pour y parvenir, Élodie et vous…Ce fut certainement un parcours semé d’embûches….Expliquez-nous ?
– Tout a été laborieux. Je ne regrette rien car je l’ai dit plus tôt, l’objectif a été atteint. Mais si c’était à refaire, je dirais ‘NON’, si c’est dans les mêmes conditions. Nous avons dû faire énormément de sacrifices pour arriver jusque-là. C’était très dur car nous nous sommes débrouillées quasiment par nous-mêmes. Nous avons participé au x FIVB Swatch Tours un peu partout à travers le monde afin de se qualifier pour les JO. Ce fut un véritable parcours du combattant. Je tiens toutefois à remercier toux ceux qui nous ont soutenues. Nous n’avions pas assez de ressources et nous avons dû nous débrouiller par nous-mêmes. Le beach-volley est un sport très exigeant. Nous bougeons tout le temps et de ce fait nous avons besoin de soutien financier. Je tiens à souligner que nous avons toujours fait honneur au pays. Nous avons placé l’île Maurice sur la carte du monde grâce au beach-volley. Quand on regarde les matches de beach-volley, les spectateurs ne s’imaginent pas le nombre d’efforts qu’on a dû fournir pour en arriver là. Ça donne l’impression d’être facile mais c’est bien loin d’être le cas. Élodie et moi aimons ce sport et c’est ce qui nous a donné la force de persévérer malgré les multiples obstacles.
On raconte que vous n’êtes plus coéquipière. Est-ce la vérité ? Si oui, quelle est la raison de la séparation ?
– (Hésitation) Je préfère ne pas me prononcer sur la question. Pour le moment, il n’y a rien de certain. J’attends de rencontrer le ministre de la Jeunesse et des Sports, Devanand Ritoo, avant  de faire plus de commentaires.
Mais cherchez-vous une nouvelle coéquipière ?
– Oui. Éventuellement. Élodie et moi avons des objectifs différents. Je veux poursuivre ma carrière de beach-volleyeuse et participer à d’autres tournois, notamment sur le court terme, les Championnats d’Afrique. Pour évidemment conserver mon titre, et sur le long terme, comment ne pas penser aux JO de 2016 à Rio (Brésil).
Est-ce qu’il se pourrait que la perle rare se trouve à Maurice ?
– Je ne sais pas pour le moment. Mais il est sûr qu’il y a des valeurs sûres à Maurice comme à Rodrigues. Mais il n’y a rien de concret. Je recherche toutefois une joueuse ayant un profil très athlétique, puissante et endurante et le plus important, de grande taille. Ne nous voilons pas la face, le beach-volley est un sport ou les capacités physiques sont prépondérantes pour rivaliser avec les meilleurs.
Venons-en à la situation du beach-volley à Maurice. Quel regard portez-vous sur cette discipline ?
– Je pense que le beach-volley aurait pu être une discipline phare de l’île Maurice. Avec les plages que nous avons, ce sport aurait dû être très prisé mais ce n’est pas le cas malheureusement. Tout au long de notre parcours, Élodie et moi, on a rencontré tellement de personnes qui ne connaissaient pas l’île Maurice. Et on les a informés et quand ils ont vu les plages et le soleil entre autres, ils ont été subjugués. Je trouve que le beach-volley offre un nouveau cachet touristique qui devrait être exploité car à travers le monde, il existe des mordus de cette discipline sportive. Du reste, c’est grâce au beach-volley que le ministre de la Jeunesse et des sports Devanand Ritoo a été appelé à participer à une émission pour la célèbre chaîne BBC. Ce sport est un très gros filon, maintenant c’est à nous de savoir comment l’exploiter.
Et qu’est-ce qui doit être fait selon vous pour développer cette discipline?
– Un centre de formation et beaucoup plus de facilités au niveau des insfrastructures. C’est un sport qui peut ramener beaucoup de médailles car il y a tellement de potentiel à Maurice comme à Rodrigues. Il faudrait également un championnat avec un très bon calendrier. Ce n’est que de cette façon que la discipline progressera. Il faut aussi organiser des opérations détections un peu partout dans l’île afin de dénicher des talents.
Ayant débuté avec le volley-ball, vous avez certainement un regard très averti sur la discipline. Quelle est votre opinion à ce sujet ?
– Le volley-ball est en chute libre. C’est désolant, voire lamentable. C’est en constante régression, ce qui n’augure rien de bon pour la suite des évènements. Je constate que cette discipline n’a pas évolué et que nous avons 15 ans de retard sur l’Afrique. Sur le plan régional, Maurice ne fait également plus peur. Il faut tirer la sonnette d’alarme. Les joueurs n’ont même pas les bases et il n’y a plus de centres de formation. Et je remarque que ce sont les joueurs de ma génération qui sont les leaders de leurs équipes. Cela ne devrait pas être le cas. Il est grand temps de reprendre les choses en main car le fossé entre Maurice et les autres nations est trop grand, pour ne pas dire gigantesque, que ce soit chez les garçons ou chez les filles. Ce n’est pas possible. On est à la dérive. Il y a plus de 10 ans de cela, Maurice était parmi les meilleurs au niveau régional. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Mais ce n’est pas uniquement la faute aux sportifs. Il y a un souci en terme d’encadrement. Par exemple, je prends le cas de Camp Ithier VBC, quadruple champion de Maurice en titre, qui n’arrive pas à remporter la Coupe des Clubs champions de la zone 7 malgré les trois finales disputées. Pour arriver à négocier ce type de rencontres intenses, il faut y être habitués. Or à Maurice, il n’y a pas assez de frottements avec les équipes étrangères. Et cela se paie cash. Psychologiquement, les volleyeurs mauriciens ne sont pas préparés à gérer la pression d’un match à fort enjeu. Et c’est dommage.
Pourquoi avoir rejoint le Quatre-Bornes VBC ?…C’est quand même une différence de niveau, compte tenu de votre statut. Est-ce un choix par défaut ou une suite logique dans votre carrière ?
– Non c’est tout simplement le fruit du hasard. J’ai l’habitude d’échanger quelques balles avec les joueuses du Quatre-Bornes VBC et l’entraîneur Lindsay Wilson m’a proposé de rejoindre cette jeune et dynamique équipe pour apporter mon expérience. C’est aussi un moyen pour moi de rester en bonne condition physique et d’avoir quelques rencontres dans les jambes. Il est vrai que c’est une grosse différence de niveau. J’ai peiné à retrouver mes marques car cela faisait assez longtemps que je n’avais plus pratiquer de volley-ball orthodoxe. Mais je suis très contente d’avoir apporter ma contribution mais on n’a pas été en mesure de gagner. Ce n’est pas une suite dans ma carrière car je retourne en France le mois prochain.
Vous qui côtoyez le haut niveau, que pensez-vous des joueurs mauriciens. Peuvent-ils prétendre à rivaliser avec ce qui se fait de mieux dans la discipline ?
– Bien sur que NON. Au niveau féminin , la différence de niveau avec les joueuses étrangères est trop flagrante. Je constate qu’il faut que les volleyeuses revoient les fondamentaux. Il faut aussi être dans une bonne condition physique pour pratiquer ce sport. Et la taille est également très très importante. J’ai joué en France, je sais de quoi je parle. Je mesure 1m80 et je faisais partie des plus petites joueuses. Mais je compensais par ma vitesse et ma puissance. Je dois dire que j’ai un excellent bras (Rires) qui me permet, quand le besoin se fait sentir, d’administrer des plombs. J’étais la deuxième joueuse la plus rapide du championnat de France. Avoir une grande taille est un gros avantage pour les attaquantes. Mais je dois faire ressortir que ce ne sont pas uniquement les filles qui sont à la traîne mais aussi les garçons. Certe, certains ont beaucoup de potentiels mais force est de constater qu’ils sont mal encadrés. Pour jouer au volley-ball, il faut des qualités physiques exceptionnels ainsi que du talent. Mais il ne faut pas négliger l’aspect psychologique.
On a souvent l’impression que  l’avis des sportifs n’est pas pris en considération. Partagez vous cette opinion ?
– Il est évident que leurs avis ne sont pas pris en considération. La communication est primordiale dans le sport. Il ne faut pas qu’il y  ait de dictature. Les joueurs, entraîneurs et autres dirigeants doivent être en mesure de se comprendre. Ce n’est que de cette façon que le sport en sortira grandi. Une commission pour chaque discipline avec à sa tête un représentant pourrait changer la donne. Il ne faut pas que le sportif évolue dans un climat rigide mais surtout ouvert aux discussions. Cela favorise l’épanouissement.
En tant que sportive de haut niveau, avez-vous un message à faire passer aux jeunes qui veulent vous emboîter le pas pour ainsi connaître une aussi grande carrière ?
– Je leur demande de faire le bon choix. Car ce n’est pas facile d’atteindre le haut niveau. Il faut une discipline, de la rigueur, volonté, persévérance et faire beaucoup de sacrifices. Et le plus important, il faut savoir dans quelle direction avancer. Et bien sûr, la passion est primordiale pour atteindre ces objectifs.