Judex Jeannot fait montre de sentiments mitigés. Heureux et pas réellement surpris des médailles acquises par Fabrice Bauluck et Boris Brissonnette à la Coupe du Monde, mais déçu et frustré du manque de considération à l’égard du kick-boxing. L’entraîneur national de cette discipline s’attarde également sur le cas Facson Perrine, qui est passé à côté du sujet au cours de cette compétition. Selon lui, ce tireur a eu la grosse tête et sa participation aux championnats d’Afrique à Madagascar le mois prochain est loin d’être acquise.
Judex Jeannot, vos prédictions se sont avérées justes. Vous aviez déclaré votre entière confiance en Fabrice Bauluck et il a été à la hauteur de vos espérances…
Effectivement. Cette consécration de Fabrice ne constitue pas une surprise à mon point de vue. Il a quasiment toujours brillé lors des compétitions de haut niveau et s’est souvent retrouvé sur le podium. Il s’est affirmé contre les tireurs des pays de l’Est qui sont de véritables guerriers et son parcours lors de cette présente compétition reflète ses qualités et sa maturité. Ce que j’apprécie également en Fabrice demeure le fait qu’il sait gérer les situations complexes.
Jusqu’ici, le titre de champion du monde seniors ne figure pas encore à son palmarès. Estimez-vous qu’il pourra parvenir à ses fins l’année prochaine au Brésil ?
Je l’espère de tout coeur. Toutefois, il lui faudra continuer à travailler et à progresser. Cette victoire à la Coupe du Monde lui a permis de retrouver toute sa confiance et a agi comme un tremplin.
L’agréable surprise est donc venue de Boris Brissonnette…
Je ne parlerais pas réellement de surprise. C’est tout simplement son sens de la discipline et son sérieux aux séances d’entraînement qui ont primé. Certes, nous avons pris des risques en l’incluant dans une compétition d’un tel niveau. Boris a finalement justifié notre confiance placée en lui en décrochant une médaille avec brio. Sur cette lancée, on pourra compter avec lui aux prochains championnats du monde. Mais d’ici à cette échéance, il aura d’autres étapes à franchir.
Par contre, peut-on parler de déception dans le cas de Facson Perrine, si brillant la saison dernière ?
Depuis le départ, j’avais déclaré que Facson avait peu de chances de briller à cette compétition. À mon avis, il a construit sa propre défaite en se retrouvant dans un monde incompatible au haut niveau. Depuis sa médaille de bronze acquise aux championnats du monde, il a eu la grosse tête. Certains l’ont beaucoup trop flatté et mis trop en confiance. Facson n’a donc pas su gérer la situation et il ne pourra que détruire son palmarès s’il ne se ressaisit pas.
Estimez-vous qu’il pourra rebondir aux prochains championnats d’Afrique ?
Valeur actuelle, il possède très peu de chances d’être en action dans cette compétition. Il lui faudra reculer pour réfléchir et rebondir. Si nous lui mettons trop de pression, cela ne pourra que lui faire encore plus de tort. Toutefois, s’il s’est amélioré psychologiquement entretemps, nous lui donnerons sa chance.
Une mesure punitive en quelque sorte ?
En aucune façon. Nous ne voulons que son bien. Toutefois, nous voulons démontrer qu’il n’existe pas de vedettes au sein de notre fédération. Pas question de croire en des tireurs qui se croient admirés de tous et qui vivent un statut de star.
Quoi qu’il en soit, l’objectif sera de continuer sur cette présente lancée aux championnats d’Afrique…
Jusqu’ici, nous avons toujours brillé aux championnats d’Afrique. Nous comptons déléguer un maximum de tireurs, tout en donnant la chance aux jeunes. Si ces jeunes tireurs se montrent aussi performants que Boris, nous ne pourrons que leur donner la chance d’évoluer à un niveau supérieur. Même si cette compétition africaine ne s’avère pas une finalité, il n’en demeure pas moins que nous comptons prendre des risques avec ces jeunes.
Estimez-vous que cette prestation à la Coupe du Monde permettra au kick-boxing d’avoir une meilleure considération des autorités concernées ?
Il nous faut certainement encore plus de sorties internationales. Sinon, comment pouvons-nous évaluer six à sept tireurs du fait que notre délégation se limite toujours à deux ou trois combattants ? Voyez le cas de la Coupe du Monde. Il nous a fallu nous battre pour inclure un second dirigeant au sein de la délégation, et le ministre Ritoo a même dû intervenir. Au sein de notre fédération, nous nous investissons bénévolement, mais il existe comme un manque de respect à notre égard. Je reviens aux championnats d’Afrique. Cette compétition, nous la préparons avec les moyens du bord. Pas de stages et pas de moyens de transport. Pourtant, nous ferons le maximum pour ne pas revenir les mains vides de Madagascar.
On vous sent très amer dans vos propos…
Je suis certainement déçu et frustré de ce manque d’égard. Parfois, j’ai envie de tout laisser tomber, mais ce sont les tireurs qui me redonnent la motivation. Au retour de la délégation vendredi à Plaisance, Fabrice et Boris seront les héros d’un jour et admirés de tous. Le lendemain, on les aura déjà oubliés. Cela est certes frustrant. Puis, si on compare notre budget à ceux d’autres fédérations qui n’apportent pas le moindre résultat positif… Sans complexe, nous côtoyons le haut niveau, avec des résultats à la clé. Nous visons l’excellence aux championnats du monde, alors que d’autres se battent pour une médaille d’or aux Jeux des îles. II faut donc que chacun accepte ses torts et fasse son mea-culpa.