Prisca Seerungen a le volley-ball dans le sang. Véritable fer de lance de la sélection mauricienne de volley-ball, elle a notamment remporté la médaille d’or aux Jeux des îles de l’océan Indien de 1993. Elle a également pris part aux JIOI de 1998 (bronze), de 2003 (bronze) et 2011 (pas de podium). Elle avait, par ailleurs, fait l’impasse sur ceux de 2007 à Madagascar. Parlant de l’évolution du volley-ball, la Quatre-bornaise ne mâche pas ses mots. Pour elle, cette discipline sportive a connu une énorme régression. À 33 ans, la Quatre-Bornaise est d’avis que le volley-ball peut retrouver sa gloire d’antan. « Je crois toujours dans le volley-ball malgré les conflits qui existent. Je garde espoir que les choses bougeront au plus vite pour le bien-être des sportifs. Si cela continue ainsi, on cours au désastre », indique-t-elle. Dans l’entretien qui suit, la joueuse polyvalente se livre à coeur ouvert…avec la conviction d’éveiller l’intérêt…
Prisca Seerungen, 2011 est terminé…Quels sont vos sentiments par rapport à votre saison de sportive ?
– Je dirai que ce sont des sentiments mitigés. J’ai eu de bon et de mauvais moment en tant que sportive cette saison. Malheureusement je n’ai pas été en mesure de participer à la conquête du sacre de Tranquebar Black Rangers à cause de mes obligations professionnelles.
Au finale vous direz que c’est un bilan positif ou négatif ?
– Quand on tire un bilan, il est rare qu’il ne soit fait que de satisfactions. Mais il faut dire que cette année n’a pas été très réussie sur le plan sportif. Mis à part le sacre de Tranquebar Black Rangers, nous avons failli aux Jeux des îles de l’océan Indien, n’ayant pas été en mesure de monter sur le podium. C’est très frustrant de ne pas être parvenu à faire honneur au quadricolore nationale. On nous attendait au tournant, mais nous n’avons pas répondu aux attentes. Néanmoins, les filles ont fait preuve de beaucoup de courage lors des récents Coupe des Clubs Champions de la zone 7, parvenant encore une fois à se hisser en finale. Comme vous pouvez le constater, il y a eu de bonnes performances cette année. Au niveau du beach-volley, il ne faut pas oublier la superbe prestation de Natacha Rigobert et d’Elodie Li Yuk Lo qui ont remporté la médaille d’or aux Jeux d’Afrique. Marjorie Nadal et moi-même avons tiré beaucoup d’enseignements aux côtés de ces deux athlètes. C’est loin d’être un bilan négatif.
Au bout du compte, il fait bon d’être sportive en 2011 ou pas ?
– C’est toujours bon d’être sportive. Je pense que la question ne mérite pas d’être posée. Je considère qu’être sportif confère un esprit fait de persévérance, d’humilité et de ténacité. Cet esprit nous apprend à tenir les objectifs que nous nous fixons, à respecter l’autre dans sa démarche sportive. Il permet d’apprécier de nouvelles personnes grâce à ses vertus socialisantes, de se sentir exister au sein d’un groupe autour de valeurs partagées. Les bienfaits psychologiques du sport sont tels qu’ils s’adressent à chacun d’entre nous, à tous les âges. Le sport oxygène tout autant le corps que l’esprit. Je suis une passionnée de sport et je considère que même s’il y a eu des problèmes cette année, être sportive, que ce soit en 2011, 2012 ou 2013, est toujours bon.
Vous êtes volleyeuse et capitaine de la sélection nationale. Votre discipline termine une fois encore dernier dans le Week-End Hit-Parade des Fédérations. Est-ce que vous vous sentez concerner ?
– Bien sûr que je me sens concernée. C’est chagrinant. J’aurais tant aimé que ma discipline sportive caracole en tête du Hit-Parade des Fédérations comme la boxe mais il ne faut pas se leurrer. Il y a une mauvaise gestion et des conflits internes perpétuels au sein de la fédération. Personnellement, cela ne m’a guère surprise de retrouver l’AMVB à la dernière place de ce classement en lisant Week-End dimanche matin. La plupart des gens pensent comme moi. Je suis très triste de cette situation. Qui n’a pas envie de voir sa discipline sportive en tête du classement. J’ai honte par moment de cette situation car je fais partie intégrante de cet organisme. C’est très frustrant.
Venons-en à la situation dans le volley-ball. Quel regard portez-vous sur cette discipline en 2011 ?
– Le volley-ball est en constante régression depuis une dizaine d’années. Et 2011 n’a pas dérogé à la règle. C’est surtout dû parce qu’il n’y a pas de relève et moins de compétitions. Il faut souligner également que cinq compétitions uniquement se sont tenues cette saison. Quand on examine le championnat de première division, il n’y a que deux ou trois équipes qui peuvent aspirer à être champion à la fin de la saison alors que les autres sont comdamnées au statut de faire-valoir que ce soit en féminin ou en masculin, c’est dommage. Un championnat devrait être plus relevé avec plusieurs équipes capables de venir jouer les troubles-fêtes. Malheureusement il n’y a pas de relève et c’est ce que nous avons constaté lors des récents JIOI.C’est très inquiétant pour la suite des évènements. Mais comme je l’ai souligné plus tôt il n’y a pas que des points négatifs dans cette affaire. Si les JIOI ont été un fiasco,les filles ont tiré leur épingle du jeu lors de la Coupe des Clubs Champions de la Zone 7. Les garçons en ont fait de même, se faisant également battre en finale. Le potentiel est là. Il ne faut pas oublier également que la fédération se retrouve à chaque fois au centre de conflits perpétuels et cela n’aide en rien à la réussite du volley-ball.
C’est une discipline qui a beaucoup occupé l’actualité sportive négativement en 2011…
– C’est vrai. Mais je voudrais faire ressortir qu’il faudrait être un peu plus indulgent avec les volleyeurs et volleyeuses. Avec la mauvaise gestion et le manque de professionalisme de la fédération, ce sont les athlètes qui en ont fait les frais. Nous avons certainement notre part de responsabilité mais je crois qu’il faudrait beaucoup plus nous encourager. Le volley-ball est en crise et ce sont les athlètes qui en souffrent. Ça me fait honte de constater qu’il y a plus de soucis internes, des démêlés entre dirigeants que de compétitions. Il ne faut pas oublier que ce sont les athlètes qui propulsent une fédération aux avants-plans.
Pensez-vous que l’AMVB a failli à sa tâche ?
– Oui bien évidemment. Il y a une mauvaise gestion au sein de l’AMVB. J’estime aussi que les athlètes ont leur part de responsabilité dans la non-réussite d’une fédération. Mais la fédération a été tellement au centre de controverses cette année. Elle a failli à sa tâche. Quand on parle de volley à  Maurice, on fait toujours référence aux problèmes internes. Il semblerait que les déplacements des dirigeants à l’étranger ont été bien plus nombreux que le nombre de compétitions. Il est à noter que le nombre insuffisant d’arbitres et l’absence des commissaires de matches ont également été déplorés cette année par différentes personnes. Il n’y a également pas eu de compétitions inter-écoles de volley, que je déplore étant moi-même prof d’éducation physique. Il faut du changement pour 2012. Ça ne peut plus continuer ainsi. La fédération doit se remettre en question et tout faire pour pallier aux manquements de 2011. Je crois toujours dans le volley-ball malgré les conflits qui existent. Je garde espoir que les choses se décanteront au plus vite pour le bien-être des sportifs. Si cela continue ainsi, on court à la dérive.
Quels sont selon vous les remèdes aux maux du volley-ball local ?
– Je crois dans le long termes. Il faut qu’il y ait une bonne structure. C’est primordial pour la réussite du volley. Il faut qu’il y ait également une très bonne communication entre les volleyeurs et les membres de l’AMVB. Sur le plan relationnel, tout le monde doit être sur la même longueur d’onde. Pour que le volley renoue avec son passé glorieux, il faut également avoir des opérations détections dans les quatre coins de l’île pour ainsi dénicher des perles rares. Nous avons les infrastructures pour cela. Il faut que les équipes de volley soient compétitives. Ce n’est que de cette manière que la sélection nationale en sortira gagnante. Une équipe ne peut pas être compétitive avec six joueurs uniquement. Il faut que le banc soit aussi très fourni. Il faut un encadrement professionnel pour aider les volleyeurs. L’aspect physique aussi bien que psychologique devront être pris en compte. Il faut obligatoirement plus de compétitions et de frottements. Si la Réunion, Madagascar et les Seychelles sont meilleurs que nous, c’est uniquement parce qu’ils ont plus de matches dans les jambes et sont définitivement mieux armés. Il ne faut pas oublier que le suivi médical est primordial. C’est la même chose pour toutes les disciplines. Il faut qu’il y ait de la solidarité et que tout le monde travaille ensemble pour l’avancement de la discipline. Si joueurs et dirigeants travaillent ensemble pour l’intérêt de la discipline, il n’y aura plus de problème au sein du volley-ball.
Les JIOI ont été un fiasco pour le volley-ball. En tant que cadre de l’équipe, vous assumez ?
– Bien sûr que oui. Je me dois d’assumer. Il est très important de se remettre en question et de revoir, avec le recul, ce qui n’a pas fonctionné. En tant que joueuse d’expérience ayant régulièrement fait partie de la sélection nationale, j’avais la responsabilité de mener l’équipe à bon port à ces JIOI. Mais malheureusement cela n’a pas été le cas. J’avais l’intime conviction qu’on pouvait aller chercher un podium mais cela n’a pas été le cas. Comme en 2007, l’équipe retourne bredouille et c’est dommage et frustrant. Ce fut un grand moment de déception.
Qu’est-ce qui n’a pas marché dans cette équipe et pourquoi cette chute ?
– Nous n’avions pas une bonne synergie. Il y avait beaucoup de mésentente entre nous sur le terrain et c’est surtout dû au fait que nous manquions beaucoup de compétitions dans les jambes. Nous nous sommes toutes données à fond pour faire honneur au pays. Personne ne pourra nous le reprocher. Il nous manquait de la cohésion. L’équipe était au point physiquement mais nous ne possédions pas cette « affinité » qui existe au sein d’un groupe. On était trop souvent prévisible et on n’a pas tenté assez de choses. Nous avons eu le mérite de ne rien lâcher mais cela n’a pas suffi. Nous avons très mal joué. Ça se voyait que l’on avait pas beaucoup de rencontres dans les jambes.
Vous assumez le rapport de l’entraîneur national Jean-Claude Douce ?
– Pas du tout. Je suis même très déçue de l’entraîneur national. C’est trop facile de critiquer. Il ne faut pas oublier que nous sommes une ÉQUIPE. Nous gagnons ou nous perdons ensemble. Ce rapport est un manque de respect envers nous les joueuses, qui ne méritons pas d’être traînées dans la boue. Comme les joueuses, Mr Douce a aussi sa part de responsabilité mais il a fui. Il n’a pas su gérer le groupe. Il n’a pas fait face à la pression. C’est un rapport fort accablant qui a été mal accueilli par toutes les joueuses.
Les critiques ne sont-elles pas fondées ?
– On nous reproche d’avoir soi-disant désobéi aux règles. De n’avoir pas respecter le couvre-feu. ll n’y a eu aucun cas d’indiscipline et nous avons été insultées suite au fait que nous avions voulu nous rendre sur la plage pour une simple promenade. Je maintiens qu’à aucun moment les volleyeurs ne se trouvaient dans notre dortoir. Je suis catégorique là dessus. Une réunion avaient été tenue afin de mettre toutes les joueuses devant leurs responsabilités et d’évoquer le scénario de la rencontre face à La Réunion. Nous étions alors au pied du mur. Nous voulions discuter avec les volleyeurs car nous voulions nous remonter le moral. Les garçons étaient dans le même cas. Nous avions alors décidé de nous rencontrer devant les portes des dortoirs afin de discuter un peu. Mais quand l’entraîneur national nous a vu, il a été furieux et n’a en aucun cas voulu entendre nos explications. Je ne sais pas pourquoi il n’a pas souhaité entendre ce qu’on avait à dire, il a préféré se faire sa propre opinion, c’est dommage. Quand vous pratiquez une discipline collective, c’est normal que vos collègues de la sélection masculine vous comprendront beaucoup mieux que ceux d’une autre discipline. Car eux savent ce qu’on ressent dans ces moments difficiles. Il ne faut pas oublier qu’à chaque fois qu’on sortait, on le faisait savoir au team-manager Bharrun Teeroovengadum.
Il y a quand même eu du positif cette année avec l’or aux Jeux d’Afrique en beach-volley. Parlez-nous en ?
– Natacha Rigobert et Élodie Li Yuk Lo ont été tout simplement fantastique. C’est la première fois que le beach-volley était au programme de ces Jeux d’Afrique et elles sont définitivement entrées dans les annales grâce à cette médaille d’or. Ces deux beach-volleyeuses sont actuellement au summum de leur art. Qui plus est, ce sont deux filles sympathiques qui se donnent toujours à fond. Ce sont deux grandes bosseuses. Elles ne sont qu’à une marche des Jeux Olympiques de Londres. Il ne faut pas oublier qu’elles participent régulièrement au Swatch Tour et de ce fait, elles progressent encore plus. C’est plus dur pour Marjorie Nadal et moi(Rires) car nous devons nous accrocher, étant la deuxième équipe de la sélection nationale. C’est dommage qu’il n’y ait pas autant de compétition de beach volley à Maurice car c’est une discipline qui attire beaucoup de monde.
Comment trouvez vous les conditions dans lesquelles les sportifs mauriciens sont appelés à pratiquer leur sport ?
– Très difficile. Ce n’est pas évident car il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas des professionnels. La plupart des sportifs à Maurice travaillent et de ce fait, il est très difficile de concilier travail et sport. Je trouve également que les sportifs sont négligés à Maurice. Il faut qu’ils bénéficient de plus de soins surtout au niveau médical. Il ne faut pas oublier que les athlètes ont besoin de soins appropriés. Il faut aussi que les joueurs aient de quoi casser la croûte après les entraînements. L’aspect nutritif est primordial. Souvent, le sportif mauricien s’arrêtera quelque part pour grignoter un petit truc avant de venir s’entraîner. C’est tellement fréquent. Mais bien sûr, le sportif doit donner lui aussi satisfaction. Cela marche dans les deux sens.
On a l’impression que souvent l’avis des sportifs n’est pas pris en considération ou importe peu. Partagez-vous cet avis ?
– Il y a clairement un problème de communication à Maurice dans le monde sportif. Cela dépend de ce qu’ils ont à dire. Souvent des sportifs viennent se plaindre parce que rien n’est fait pour leur facilité la vie. Certains voudraient avoir plus de temps pour s’entraîner ou encore reçevoir plus de soins. Mais dans beaucoup de cas, leurs requêtes tombent dans les oreilles d’un sourd. D’autres préfèrent choisir la voie de la facilité et se plaignent tout le temps, de tout et de rien. Il est vrai de dire que l’avis de certains sportifs n’est pas pris en considération mais il y a également des cas ou les sportifs exagèrent.
Vous avez fait les JIOI aux Seychelles. Trouvez vous que ces Jeux ont été une occasion pour les sportifs mauriciens de démontrer leur élan de solidarité ?
– Bien sûr que oui. Les sportifs mauriciens présents aux Seychelles étaient irréprochables. La preuve, après avoir été sorti de la compétition de volley, nous avons donné de la voix aux différents sportifs qui étaient encore en compétitions. Il y avait un bel esprit de solidarité et de camaraderie. On ne s’est pas apitoyer sur notre sort après notre défaite. Nous étions gonflées à bloc pour supporter le Club Maurice. Les sportifs mauriciens étaient exemplaires. Il ne faut pas oublier que nous pratiquons un sport. Le sport regroupe toutes les communautés et de ce fait, nous devenons une seule et même équipe.