Le Dr David Andrew Yeung, un médecin-chercheur et inventeur mauricien, essayait depuis de longues années au sein de son laboratoire personnel de mettre au point une machine idéale coeur-poumon artificiel capable, selon lui, d’aider à sauver des millions de vies chaque année. Il affirme y être parvenu et, ce mois-ci, il a sollicité la permission de l’État afin que son invention soit testée sur des animaux. La vivisection étant interdite à Maurice, le médecin n’a pas obtenu de réponse ni même d’encouragement de la part des destinataires. Mais il reste encore un espoir : le Mauritius Research Council (MRC), informé de l’invention, y montre de l’intérêt…
Les appels du Dr David Yeung, adressés en premier lieu aux dirigeants politiques du pays — pouvoir comme opposition —, aux ministères et aux responsables des institutions de santé privées n’ont, semblent-ils, pas ému grand monde. Toutefois, dès qu’il a été tenu au courant, le Dr Arvind Sudhoo, directeur du MRC, a qualifié sa démarche de “très intéressante” et lui a fixé un rendez-vous pour mardi prochain pour des discussions. Le MRC a justement été mis sur pied afin d’encourager la créativité et l’esprit inventif chez les Mauriciens. Le MRC va approcher la World Intellectual Property Organisation (WIPO), à Genève, afin de faire vérifier le potentiel de la machine du docteur Yeung. C’est la WIPO qui contactera les autorités médicales compétentes et, si cette étape se révèle positive, ce dernier se verra octroyer une patente d’inventeur. Ce qui ouvrirait alors au médecin la porte à la commercialisation de sa machine.
Il rêve du Prix Nobel
Le Dr Yeung, lui, dit rêver à encore beaucoup plus qu’aux profits que pourrait éventuellement lui rapporter une exploitation mondiale de son oeuvre. “Pourquoi pas”, dit-il sans fausse modestie, “un Prix Nobel”. Il se dit, en tout cas aujourd’hui, “un homme très, très heureux”. Sa joie découle, affirme-t-il, “surtout de l’assurance d’être arrivé à établir de manière scientifique ce pourquoi j’ai consacré toute ma carrière durant depuis vingt-cinq ans, quand j’ai choisi de retourner au pays”.
En s’inspirant d’un principe prédit par le scientifique Le Gallois, le médecin-chercheur-inventeur soutient avoir “voulu démontrer qu’on peut maintenir indéfiniment en vie n’importe quel organe du corps humain en lui injectant de l’oxygène par le biais d’une machine qui ferait fonction de coeur ou de poumon artificiel en attendant, bien sûr, une intervention médicale définitive. Je crois que, par rapport à des machines artificielles qui existent déjà, mon invention à moi a atteint l’Everest de l’oxygénation. Or, l’oxygène, c’est la vie”.
D’après David Andrew Yeung, les statistiques vérifiables auprès de l’Organisation mondiale de la santé établissent que près de 50 millions de personnes meurent prématurément dans le monde de 200 types de maladies caractérisées par la déficience en oxygène. “Les hôpitaux n’ont pas les équipements nécessaires pour maintenir un plus grand nombre de gens en vie. Or, les machines coeur-poumon peuvent en sauver des millions, pour peu qu’on y investisse davantage, au lieu de gaspiller des fonds à fabriquer des armes”.
“Les premières machines ont été développées par des scientifiques américains selon un système qu’ils ont dénommé ECMO. Mais, moi, j’ai mis au point un système encore plus simple, mais de loin plus performant que j’ai baptisé ECHO”. ECHO est l’abréviation de Extracorporeal H202 Oxygeneration Support.
  Lauréat du Prix Jeromos (2004)
Le Dr Yeung a reçu sa formation respectivement à Monpellier (France), à Los Angeles (Californie) et à Houston, au Texas, où il appris la cardiologie aux côtés des professeurs André Chaptal, Jérôme Kay et Denton Cooley. Rentré à Maurice depuis une vingtaine d’années, il travaillé à partir de son laboratoire, le Père Laval Day Care Centre, sis à Ste-Croix, à Port-Louis. Ses recherches lui ont valu jusqu’ici de rafler deux distinctions internationales dont, malheureusement, on fait très peu état ici. Nul n’est vraiment prophète dans son pays, après tout…
D’abord, le 3 mai 2004, il s’est vu attribuer le Prix Jeromos pour ses inventions présentées lors de la Genius Europe International Exhibition of Inventions, Works of Fine and Applied Arts. Cette exhibition, très fréquentée par des sommités médicales mondiales, avait été organisée à Budapest, en Hongrie, où St-Jérôme est vénéré comme saint patron des médecins. Et, lors de l’exhibition de Budapest, la qualité de plus de 1000 inventions venant de 20 pays avait été évaluée. L’année suivante, le Dr Yeung avait été sollicité par l’Association scientifique de la Malaisie (MSA) pour, une fois de plus, présenter son “Ideal Heart Lung Machine” (IHLM) lors de lors d’un congrès scientifique international à Kuala Lumpur. Il reçut cette fois la médaille de bronze de l’ITEX.
Huit avantages sur les machines existantes
En Hongrie comme en Malaisie, le Dr Yeung a pu prouver que sa machine idéale coeur-poumon comportait huit avantages majeurs sur les autres machines du même type inventées en usage dans le monde à ce jour… Outre des formules et recettes médicales innovantes, on retrouve parmi ces avantages : un coût très bas, la durabilité au-delà des mois et même des années, la possibilité d’entreprendre des interventions chirurgicales compliquées avec un minimum de saignement chez le patient, même en cas de blocage artériel total. Le Dr Yeung a convaincu ceux qui ont évalué son oeuvre ailleurs que sa machine est à la portée des pays économiquement faibles.
Étant donné que la machine existe sous deux formes, l’une portative et l’autre fixe parce que beaucoup plus lourde, en attendant que les hôpitaux du monde entier en soient dôtés, les services de santé de n’importe quel pays pourraient dégager un simple plan qui pourrait leur permettre, par exemple, de contrôler la progression de toute pandémie qui menacerait gravement l’humanité. Déjà, à Kuala Lumpur en 2005, le médecin mauricien soutenait que la machine, sous sa forme portative, serait fort utile aux services d’urgence externes (Outdoor Emergency Life Rescue Operations), y compris pour considérablement réduire les pertes de vies humaines, amoindrir les dégâts humains, par exemple, en cas d’actions terroristes.
Mais, depuis janvier de la présente année, le médecin mauricien a redoublé d’efforts pour peaufiner encore plus son invention. Il estime avoir touché au but qu’il s’était fixé après un dernier test qu’il a mené en octobre dernier. Pour