Maurice a des atouts en tant que plateforme financière pour la structuration des investissements privés à destination du continent africain mais le pays doit agir vite afin de ne pas se laisser surprendre par ses concurrents. C’est en substance le message transmis ce matin par le ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, à environ 300 délégués, dont une centaine venant de 33 pays étrangers, à l’ouverture officielle à l’hôtel Intercontinental, Balaclava, de la conférence internationale organisée par le Board of Investment (BoI) sur le positionnement de Maurice comme porte d’entrée pour l’investissement privé en Afrique. Un des invités de marque à cette conférence, Jim Rogers, expert en investissement, a exhorté Maurice à ne pas fermer ses portes aux ressortissants étrangers, surtout ceux ayant des capitaux, du savoir-faire et de l’expertise.
Les ressortissants étrangers, qu’ils soient investisseurs ou touristes, ne sont pas « tolérés mais sont les bienvenus à Maurice », a soutenu Xavier-Luc Duval qui réagissait à une remarque faite plus tôt par Jim Rogers. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances s’est appesanti lors de son allocution sur les réalisations du pays tant sur le plan politique qu’économique, faisant remarquer que contrairement à d’autres pays, Maurice a su, depuis son accession à l’indépendance, maintenir une démocratie parlementaire stable où prime l’État de droit avec le conseil privé de la Reine comme ultime recours légal, un fait d’ailleurs reconnu par Jim Rogers. « We live in peace and harmony », ajoutera le vice-Premier ministre et ministre des Finances.
Maurice aspire à franchir le cap de pays à revenus intermédiaires à pays à revenus élevés dans les dix prochaines années, a indiqué Xavier-Luc Duval. Le ministre des Finances a passé en revue les progrès réalisés dans plusieurs secteurs clé de l’économie mauricienne, mettant l’accent sur le passage d’une économie de monoculture à une économie à multiples piliers, avec des secteurs tels le textile et l’habillement et le tourisme où on privilégie la qualité voire l’excellence. « Maurice peut être qualifiée aujourd’hui d’économie en transition. Étant hautement exposé à la crise dans la zone euro, le pays est en train de diversifier ses sources de richesses, en se tournant vers les marchés d’Asie et d’Afrique », a déclaré Xavier-Luc Duval. Le Grand argentier a fait état du régime de faible imposition fiscale de Maurice, rejetant le qualificatif de paradis fiscal. Les services financiers, a-t-il signalé, contribuent pour environ 10 % au Produit Intérieur Brut (PIB) et presque 50 % de cette contribution provient des activités tournées vers l’international, soit du Global Business.
Classe moyenne
« L’Afrique subsaharienne est en progression économique constante. Elle a une classe moyenne qui ne cesse de grossir alors que 60 % des terres arables se trouvent dans cette partie du monde. Investir en Afrique va définitivement rapporter des dividendes élevés mais cela comporte également de gros risques », a argué Xavier-Luc Duval. La plateforme mauricienne a des arguments pour convaincre l’investisseur étranger à y structurer ses interventions. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances a fait allusion, entre autres, au cadre légal, au bilinguisme des Mauriciens, au fuseau horaire favorable, à la qualité des services logistiques, de télécommunications et de l’expérience des marchés africains acquise grâce à l’appartenance du pays aux blocs du COMESA, de la SADC et de l’Indian Ocean Rim, entre autres. « Le réseau de traités de non-double imposition avec des pays africains que nous sommes en train d’élargir ne peut que renforcer notre positionnement », a déclaré Xavier-Luc Duval.
Maurice a certes des atouts mais la tâche ne sera pas aisée, a par ailleurs argué Jim Rogers, car il y a plusieurs concurrents qui sont de la partie : Dubaï, Malte, Chypre, le Ghana, Londres. Élaborant sur les points forts — et qui ne peuvent que réconforter l’investisseur — de Maurice, le cofondateur du Quantum Fund et ancien Professeur de Finance au Columbia University Graduate School of Business, a mentionné notamment l’État de droit, le non recours à un visa pour venir en Maurice, l’absence d’une armée (qui occasionne des dépenses de fonctionnement conséquentes, selon Jim Rogers) et, par conséquent, de coup d’État militaire, le bilinguisme des Mauriciens, l’enseignement des langues asiatiques, la libre convertibilité de la roupie et la présence d’une Bourse des valeurs qui s’oriente de plus en plus vers l’international. Mais, il y a aussi, selon Jim Rogers, des points faibles qu’il faut absolument corriger et au plus vite : le niveau important du déficit budgétaire — 4 % selon l’intervenant mais 3,2 % pour 2012 a précisé XLD — qui peut déboucher sur un haut niveau de la dette, un déséquilibre profond dans la balance commerciale pouvant mener à des problèmes d’ordre monétaire — personne n’investira dans un pays qui a des problèmes au niveau de sa monnaie ou qui court le risque d’avoir recours à un contrôle de change.
Jim Rogers a aussi remarqué qu’au niveau du Board of Investment (BoI), un seul officier peut communiquer en mandarin, une situation à corriger rapidement, a-t-il fait ressortir — le vice-Premier ministre a déclaré en avoir pris bonne note. Jim Rogers a aussi évoqué un faible taux de natalité à Maurice, estimant que cela pourrait entraver la stabilité démographique. Il a, par ailleurs, insisté sur l’ouverture de Maurice aux capitaux étrangers ainsi qu’à l’expertise et à la créativité des ressortissants étrangers. « Vous n’aurez pas beaucoup de succès si vous fermez vos portes aux étrangers », a-t-il laissé entendre.
Notons que la conférence Private Equity Mauritius 2012 se tient sur deux jours. Des interventions de plusieurs personnalités mauriciennes et étrangères expertes dans le domaine de la finance sont prévues, notamment sur des thèmes telles les opportunités d’investissement en Afrique plus particulièrement dans le secteur minier ainsi que la création d’un cadre régulatoire et opérationnel favorable au développement de l’investissement privé à partir de Maurice.