« Maurice a élaboré une stratégie africaine très claire en tant que plateforme financière internationale », a déclaré ce matin le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, lors de l’ouverture officielle, à l’hôtel Hilton, Wolmar, de la 3e édition de la conférence sur le capital-investissement (Private Equity). Organisée par le Board of Investment (BoI), cette conférence réunit quelque 300 participants dont environ 140 délégués étrangers d’une trentaine de pays. L’accent est mis sur les tendances en matière de private equity au plan international, les perspectives de développement dans ce domaine au niveau africain et les moyens dont dispose la plateforme financière mauricienne pour « relier » les investisseurs globaux aux opportunités d’investissement dans divers secteurs en Afrique. Et Xavier-Luc Duval, et Papa Madiaw Ndiaye, CEO de l’Advanced Finance & Investment Group (AFIG), un spécialiste de la gestion des fonds globaux, ont indiqué que les perspectives dans le domaine du capital-investissement en Afrique sont des plus intéressantes.
Mettant l’accent sur la stratégie africaine de Maurice, XLD a fait ressortir qu’à travers sa plateforme financière, le pays se positionne comme a) un lieu de rencontres internationales, en particulier pour hommes d’affaires, avec la décision d’abolir le système de visa pour tous les pays africains sauf 4, b) un hub de l’investissement grâce aux multiples accords de non-double imposition et de promotion/protection des investissements signés avec des pays africains, c) un centre de transbordement avec son port franc et la libéralisation pour très bientôt de tout le service d’approvisionnement (carburants et autres produits) des navires, mesure qui devrait, selon lui, intéresser plus de navires à faire escale à Port-Louis ; de plus, l’entrée en service d’un nouvel aérogare à Plaisance offrira du confort à un plus grand nombre de voyageurs en transit, d) un Knowledge hub pour la région avec notamment l’entrée en opération de l’Africa training Institute.
Cependant, a poursuivi XLD, ce qui place Maurice dans une position très avantageuse, surtout dans un environnement incertain où des retours élevés sur l’investissement sont associés aux risques accrus pris, c’est que le pays offre une sécurité aux investisseurs en sus de disposer d’un cadre légal de réputation mondiale, d’un État de droit, d’une monnaie stable, d’une infrastructure de communication de qualité, d’un environnement sain et d’un grand nombre de professionnels hautement qualifiés.
« We consider ourselves fortunate to be on the doorstep of Africa, able to play our role in the transformation of the continent », a souligné le Grand argentier. Ce dernier s’est déclaré optimiste quant aux perspectives de développement économique de l’Afrique et a fait savoir qu’il est sur la même longueur d’ondes que Papa Madiaw Ndiaye, qui était intervenu avant lui pour partager son expérience de l’Afrique et parler de possibilités offertes aux investisseurs globaux dans le domaine du capital-investissement. « It is clear that private equity will be called upon to play an ever increasing role in our own economic development, as well as that of the region, especially in countries where banking services and stock exchanges need strenghening », a observé XLD. Faisant référence à la résilience de l’économie mauricienne et qui a valu au pays de bonnes notes de la part de l’agence de notation Moody’s, du World Economic Forum (rapport 2013 sur la compétitivité globale), de la Banque mondiale (Doing Business), du Wall Street Journal/Heritage Foundation (Economic Freedom Index), entre autres, XLD a soutenu que les performances réalisées sont les fruits d’un partenariat étroit entre la population, les entreprises et le gouvernement et le résultat des réformes adoptées.
Poursuivre les réformes
« This government is committed to deepening futher its reform agenda into new areas in order to further improve the competitiveness of our economy », a-t-il déclaré. Le ministre a parlé de la diversification des marchés dans le secteur du tourisme, des exportations textiles notamment vers l’Afrique, des services financiers (60 % des nouvelles sociétés du global business sont orientées vers le continent africain), le développement des secteurs tels l’immobilier, le seafood, la production de films et les TIC. Faisant par ailleurs état de l’accord de non-double imposition avec l’Inde, il a annoncé que le gouvernement mauricien a invité les autorités de la Grande Péninsule à une nouvelle session de travail, au niveau du Joint Working Group, pour la fin du mois courant ou au début d’octobre. « Je pense qu’avec des efforts venant des deux parties, une solution gagnant-gagnant pourra être trouvée », a-t-il ajouté.
Ancien cadre attaché à JP Morgan’s Emerging Markets Group, Papa Madiaw Ndiaye, qui a lancé un fonds d’investissement de plus de Rs 2 milliards orienté vers les marchés africains, a été élogieux à l’égard du continent. « The growth trajectory is here to stay », a-t-il affirmé en évoquant la croissance (moyenne de 5,5 % depuis 2000) qu’à connue l’Afrique ces dernières années, cela en dépit des incertitudes au niveau de l’environnement économique mondiale. Pour Papa Madiaw Ndiaye, le développement économique de l’Afrique ne repose pas uniquement sur l’étendue de ses richesses naturelles mais sur tout un ensemble de facteurs : stabilité accrue des fondamentaux macroéconomiques, réformes des marchés financiers, situation sociopolitique plus stable, tendance évidente d’un « reversal of brain-drain » vu que des professionnels qualifiés préfèrent rester dans leurs pays respectifs, une consommation accrue avec une classe moyenne plus grande, demande intérieure en hausse du fait d’un niveau de vie plus élevée surtout avec la progression notée d’une classe moyenne, disponibilité d’une main-d’oeuvre importante, l’Afrique disposant d’une population très jeune.
Papa Madiaw Ndiaye est d’opinion que le marché du capital-investissement va continuer de s’étendre en Afrique, cela au vu des possibilités d’investissement énormes dans une multitude de secteurs d’activités. Maurice, selon lui, a un rôle important à jouer dans le développement du capital-investissement en direction de l’Afrique. Avec ses professionnels et son avantage comparatif en matière d’encadrement légal, Maurice, estime l’intervenant, peut jouer ce rôle de catalyseur à condition toutefois que le pays continue à diversifier ses services financiers. Papa Madiaw Ndiaye pense que Maurice a la capacité d’offrir des services de back-office aux investisseurs étrangers et de les mettre en rapport avec des banques locales. Il a en outre souhaité que le BoI, les institutions régulatrices, les sociétés de gestion offshore conjuguent leurs efforts pour promouvoir le pays comme la plateforme financière de choix pour structurer les investissements vers l’Afrique.