Ce n’est un secret pour personne : le secteur immobilier attire le plus d’investissements, que ce soit à Maurice ou à l’étranger, où il représente 60% de la richesse mondiale. Mais avec la pandémie de COVID-19, rien n’est plus pareil, et l’immobilier ne fait pas exception. Sur le front résidentiel comme commercial, les projections ne sont pas au beau fixe. Par ailleurs, les experts estiment que le secteur attire moins, les clients étant plus frileux à investir dans de grandes maisons, des appartements ou des espaces commerciaux par manque de visibilité sur le moyen et le long terme.

« Nous sommes dans une situation unique. L’avenir est incertain. La question que l’on se pose est de savoir si le secteur immobilier sera le même si l’économie tarde à remonter la pente », soutient un expert immobilier du privé. Pour lui, il est difficile de faire un état des lieux en ce moment, étant donné la complexité de la situation, ajoutant que « tout est ‘materially uncertain’ ». Prenant le cas du marché résidentiel local, il explique que ce marché « attire toujours pour les retours sur investissements ».
De même, selon lui, « l’impact ne sera pas si brusque pour ceux qui, par exemple, doivent construire une maison ». Il poursuit : « Le marché résidentiel aura une faible dépréciation, car la demande sera toujours présente. Nous sommes d’ailleurs un marché domestique. »
Pour autant, selon lui, la pandémie aura quand même des conséquences sur le marché. Ainsi, d’après son analyse, « la désurbanisation deviendra une réalité ». Les gens, dit-il, bouderont les appartements, qui obligent à une certaine promiscuité avec ses voisins, et « préféreront acheter ou construire de petites maisons », en raison de leur espace privé. L’après-COVID-19 aura également un impact sur la taille des habitations. Pour notre interlocuteur, c’est un fait, ceux voulant une grande maison réfléchiront davantage au montant de leur investissement. « On ne peut empêcher quiconque de construire une maison, mais depuis le COVID-19, les gens ont peur. Aussi, ils préfèrent réfléchir sur le court terme en raison de l’incertitude actuelle », dit-il. Une situation qui risque aussi de compliquer encore plus la rentabilité des appartements placés sous le Property Developement Scheme et les villas de luxe, qui peineront à trouver preneurs. « Si la pandémie continue plus longtemps, l’investissement étranger à Maurice sera très limité et l’offre sera alors plus élevée que la demande. »
Il est rejoint dans son analyse par un autre professionnel du métier. Comptant pour sa part plus d’une dizaine d’années dans le secteur, et qui plus est ayant travaillé sur de grands projets à Maurice, il estime lui aussi l’avenir du marché local incertain. « Il y a une crainte chez ceux ayant investi dans l’immobilier », dit-il. « Les investisseurs ont peur car les séquelles de la crise financière de 2008 sont toujours présentes. » Pour autant, notre interlocuteur se refuse à sombrer dans le pessimisme. « On dépendra beaucoup des décisions politiques », dit-il. Pour lui, la baisse du « Repo Rate » de la Banque de Maurice ainsi que le moratoire sur les prêts des banques commerciales « pousseront les gens à continuer d’investir, malgré ces temps difficiles ». Une telle décision, estime-t-il, « limite la possibilité de krach sur le marché immobilier ». Il prévient toutefois : les banques, selon lui, préféreront néanmoins financer leurs fidèles clients que de se lancer dans de nouveaux projets de développement, « du moins tant que les choses ne seront pas revenues à la normale ».
Le plus grand enjeu, estime-t-il encore, est celui des gestionnaires de bâtiments commerciaux et de bureaux. Aussi le fonctionnement de ce segment particulier devra, selon lui, être revu. « Si la distanciation sociale perdure, les entreprises préféreront diminuer les espaces qu’elles louent. Si tout le monde adopte le télétravail, de grands espaces de bureaux seront libres. Dans un certain sens, cela provoquera un surplus sur le marché, et il ne serait alors pas étonnant que ces entreprises cessent de louer des espaces non nécessaires », prévoit ce professionnel.
Cette logique s’applique également aux centres commerciaux. Cependant, dit cet expert, « beaucoup dépendra des indicateurs économiques après le déconfinement ». Aussi les propriétaires de ces espaces, poursuit notre interlocuteur, « doivent réduire temporairement le prix de leurs locations afin de s’assurer que les locataires restent ». À ce titre, il se dit « en faveur d’une législation visant à protéger les locataires de centres commerciaux ne pouvant pas payer leur loyer pendant une période de 6 mois ». Autre solution : « Transformer les espaces commerciaux en entrepôts modernes afin de faciliter les achats et les livraisons en ligne. »
Ce climat d’incertitude sur le marché immobilier se retrouve aussi dans le secteur de la construction, où l’avenir dépendra également de la reprise économique. Un Development Manager du secteur, ayant préféré garder l’anonymat, estime ainsi que les restrictions qui suivront le déconfinement occasionneront du retard dans la plupart des projets. D’autres, dit-il encore, seront même mis en suspens. « Nous essayons de faire en sorte que les chantiers de construction restent ouverts. Mais notre priorité reste la santé de notre personnel », lance le Project Manager.
Selon ce dernier, le secteur de la construction a « toujours été sous pression », citant des facteurs tels que la concurrence et les délais, souvent très courts. « Mais avec le Covid-19, la situation est carrément devenue chaotique », déplore-t-il. Et le déconfinement ne changera pas grand-chose, car « le personnel ne sera pas totalement efficient car il faudra respecter les consignes sanitaires ». Raison pour laquelle il n’entrevoit pas un retour à la normale avant « trois bonnes années ». Pas question pour autant de baisser les bras, estime notre interlocuteur, qui voit cette situation comme « une opportunité » afin que les acteurs du secteur, même concurrents, unissent leurs forces pour sortir la tête hors de l’eau, que ce soit en trouvant des solutions communes ou encore en travaillant avec le gouvernement durant la prochaine phase de redressement économique.