L’auteur de l’essai L’interculturel ou la guerre nous livre son dernier ouvrage, Comme un roman sans fin et autres textes (préface d’Ananda Devi, Osman Publishing, 2012). Ce sont huit récits qui relèvent un peu de tout : l’autobiographie, la critique, l’analyse, la lecture… L’ouvrage propose un parcours initiatique et progressif à travers les domaines variés de la théorie littéraire moderne : la question des genres littéraires, le pourquoi écrire, le récit, la narration, les personnages, l’intertextualité, voire la poétique au carrefour de la linguistique.
Asgarally reprend les fondements de la Littérature à travers une succession de citations d’écrivains ou de théoriciens. Il s’intéresse au processus de l’esprit qui produit une oeuvre. Il s’intéresse aussi à la création ou à la composition d’ouvrages dont la langue est moyen et substance. Il mentionne sans détours le problème des librairies qui ferment, de l’économie de la culture. Asgarally mène une petite enquête sur la spécificité de la littérature. L’auteur commence par aborder le droit de ne pas finir un livre et s’appuie sur les arguments de Daniel Pennac, Proust ou encore J.M.G. Le Clézio. Il aborde aussi d’autres questions telles le retour des personnages, le dénouement virtuel, les citations intertextuelles, etc.
Dans un texte intitulé Pourquoi écrire ?, Le Clézio affirme : « Lorsque j’ai commencé à écrire, j’écrivais pour le seul plaisir de raconter des histoires. Mais, je m’en suis aperçu en écrivant La quarantaine, maintenant j’écris pour une autre raison. Au fond, j’écris pour essayer de savoir qui je suis…  » Et Ananda Devi de suggérer dans sa préface : « On pourrait dire aussi que l’on écrit pour savoir qui est l’Autre… »
Outre une succession de citations provenant des lectures de l’auteur et formant une sorte d’anthologie ou une synthèse des connaissances, la partie la plus intéressante réside dans les souvenirs d’Asgarally, sa rencontre avec Jean Fanchette, Le Clézio, Bernard Pivot, etc. Il revient sur ses émissions littéraires à la télévision nationale, sur l’organisation du Prix Jean-Fanchette où, selon l’auteur, on prend des coups. Ce qui fait dire à Issa Asgarally : « Je pense que Malcolm de Chazal avait tort : à Maurice, on ne cultive pas seulement la canne à sucre et les préjugés. D’autres plantes s’y épanouissent. Elles s’appellent lâcheté et ingratitude… » Certains « écrivains » mauriciens se reconnaîtront sûrement !
Mais passons à un chapitre plus intéressant intitulé Mémoires d’un joueur de toupie. Asgarally évoque son enfance, à la rue Canal à Port-Louis, et de nombreuses anecdotes et événements qui ont formé sa personnalité. En d’autres termes, Issa Asgarally cherche à constater empiriquement l’importance d’un corpus d’oeuvres qui permettrait de rendre compte de tous les possibles : du questionnement de soi à partir de la littérature, jusqu’à l’engagement, en passant par le questionnement de l’identité et de la culture.