Les appréhensions exprimées dans la presse concernant le futur énergétique ont poussé le ministre de l’Énergie à s’étendre sur le travail qu’effectue son ministère et le CEB depuis sept mois. Ivan Collendavelloo affirme que Maurice ne connaîtra pas de black-out en 2016. Cependant, nous serons en borderline, dit-il, expliquant les mesures en chantier pour remédier à la situation. Il annonce ainsi qu’en 2018, le premier moteur diesel, assurera une partie de la production d’énergie en attendant le 2e moteur qui entrera en opération en 2019. D’ici 2020, une fois toutes les infrastructures pour un bunkering dans le port complétées, le pays se tournera vers la production d’énergie à travers l’utilisation du Liquid Natural Gas.
Pour le ministre de l’Énergie et des Utilités publiques, les appréhensions concernant le futur énergétique qui subsistent depuis une dizaine d’années ne sont pas justifiées. S’il concède que la situation est préoccupante et qu’on arrivera l’année prochaine en borderline, Ivan Collendavelloo se dit ainsi confiant qu’avec l’équipe compétente qui l’entoure, dont les hauts cadres du CEB, “nous n’allons pas vers un scénario de fin du monde”. Entouré des officiers de son ministère, Gérard Hébrard et Seety Naidoo, respectivement directeur général et président du CEB, il a animé une conférence de presse hier au Labourdonnais Hotel pour éclaircir la situation.
D’emblée, il a tenu à préciser que contrairement à ce que veulent faire croire certaines personnes, le rapport de la Banque mondiale sur la situation de l’énergie à Maurice n’est pas en sa possession depuis quatre mois. Il affirme que ce rapport a été déposé à son ministère le 15 juillet à 21h23 et que depuis il est étudié en profondeur. Il envisage de le rendre public et de le déposer à la rentrée parlementaire en vue d’un débat nation-wide.
Nouveau tender      en octobre pour      St-Louis
Faisant ensuite un récapitulatif de la situation dans le secteur énergétique depuis qu’il a pris ses fonctions, le ministre explique qu’outre le rapport de la National Energy Commission qui a été mis au tiroir par l’ancien régime, l’affaire CT Power a dû être revue, notamment en raison des “incertitudes”, précise-t-il, concernant “la capacité financière des investisseurs pour mener à bien ce projet qui prévoyait la production de 100 MW d’énergie dès 2018”.
Il revient de même sur l’achat de quatre moteurs que prévoyait la centrale de St-Louis, mais qui n’a reçu d’offre que d’une seule compagnie et ne correspondant cependant pas aux critères du tender lancé par le CEB. Analyse qu’auraient confirmé la Banque Africaine de Développement et la Banque mondiale. Si le soumissionnaire, une entreprise danoise, avait obtenu une injonction en Cour pour interdire au CEB d’émettre un nouveau tender, cette injonction a été levée. Et d’ici octobre, un nouveau tender sera émis. Et le CEB espère que dans les trois mois qui suivent, il sera en mesure de mettre en place une nouvelle machine qui prendra quelque 18 mois pour assurer la production d’énergie.
En attendant, au vue de la production insuffisante de l’énergie par le CEB et les Independent Power Producers’ (IPPs) qui tournera autour de 592MW en 2016, avec en l’occurrence des risques de problèmes notamment durant la période d’entre-coupe où les usines procèdent à la maintenance des machines et la chaleur estivale des mois de novembre et décembre, le ministère a demandé aux IPP de revoir leur calendrier pour la maintenance des machines. Un nouveau Power service agreement a de même été signé avec Consolidated Energy Ltd, de Beau-Champ.
Il est aussi question de mettre le projet d’achat de nouveaux moteurs pour la centrale de St Louis sur un fast-track. Le ministre annonce également que les vieilles machines de St-Louis (pilestick) seront enlevées pour faire place à de nouvelles machines procédant au Liquid Natural Gas (LNG). “Avec l’introduction du LNG, il s’agira de produire l’énergie avec un fuel non polluant, propre et économique”, indique Ivan Collendavelloo, ajoutant cependant que la mise en pratique de ce nouveau système requerra l’investissement dans de nouvelles infrastructures, dont une installation d’un bunker dans le port moderne envisagé à Port-Louis. Ce projet ne pourra être réalisé que dans trois ou quatre ans, concède le ministre qui indique qu’entre-temps, le CEB ira de l’avant avec l’introduction d’une Combined Cycle Plant Technology, une technique utilisant le diesel. Ce nouveau système comprend l’installation d’un moteur qui produira en 2018, 50MW d’électricité, et d’un 2e moteur en 2019. D’ici là, soit en 2020, les installations en vue d’une production énergétique au LNG seront complétées.
S’agissant des énergies renouvelables, le ministre de l’Énergie et des Utilités publiques indique avoir reçu 260 offres dont de nombreux investisseurs étrangers, principalement pour la production d’énergie solaire. Pour encourager l’investissement des particuliers dans la production d’énergie solaire, le ministère des Finances offrira des incitations fiscales, annonce Ivan Collendavelloo indiquant de même qu’un audit sera prochainement effectué dans les bâtiments publiques afin d’analyser notre efficience en ce qui concerne l’utilisation d’énergie.
CT Power :           “Pas de trace de corruption”
Ivan Collendavelloo se dit ainsi confiant qu’avec tous ces projets, il est impossible que Maurice soit dans le noir l’année prochaine. Il concède toutefois que les risques de rolling black-out, comme averti par le leader de l’opposition ne sont pas à exclure. “Cependant, les problèmes seront localisés et temporaires”, dit-il.
Concernant le dossier CT Power, le ministre soutient que lors de son analyse du rapport, il n’a vu, lui, aucune trace de corruption. “Certes, l’aspect environnement est important. Mais si un promoteur a obtenu son EIA, c’est que tout est bon. Moi, mon analyse ne relève qu’une incapacité financière des promoteurs pour mener à bien ce projet qui prévoyait la production de 100 MW d’énergie dès 2018”, dit-il. Et d’ajouter : “Imaginez la catastrophe environnementale et économique si on était allé de l’avant avec ce projet et qu’en 2018 on réalise qu’ils ne sont pas capables de produire.”