86 ouvriers étrangers, soit 83 Bangladeshis et trois Indiens, mécontents de leurs conditions de travail chez Ivy Leather, ont été rapatriés entre le 4 et 6 juin, a confirmé le ministère du Travail ce matin. Trente-sept ouvriers étrangers supplémentaires, parmi les 120 encore engagés au sein de la même entreprise, demandent à regagner leur pays.
Abordant la situation qui prévaut chez Ivy Leather lors d’un point de presse, vendredi dernier, le ministre du Travail Shakeel Mohamed a déclaré que « les ouvriers étrangers doivent respecter les lois mauriciennes », tout en traitant le syndicaliste Feizal Ally Beegun d’antipatriote. Ce dernier, le président de la Textile Manufacturers and Allied Industries Workers Union (TMAIWU), rétorque : « Le ministre Mohamed est mal renseigné (…).  Ma lutte pour la cause de la main-d’oeuvre étrangère, commencée voici 15 ans, se poursuivra. »
« Parmi le premier groupe de 38 ouvriers qui a été déporté, le 4 juin, il y avait des ring leaders. Les 48 ouvriers qui ont été rapatriés le 6 juin dernier, eux, souhaitaient regagner leur pays natal », affirme un responsable du ministère du Travail. Le permis de travail des 38 ouvriers étrangers a été résilié le 2 juin dernier à la demande de l’employeur, Tarick Malick.
Pour sa part, Shakeel Mohamed insiste : « Les ouvriers étrangers qui travaillent dans notre pays doivent respecter les lois existantes. Ils sont sur un même pied d’égalité avec les employés mauriciens. Lorsque nous allons dans un pays étranger, il nous faut aussi respecter les lois qui sont en vigueur. » Commentant la situation à Ivy Leather, il laisse entendre que certains des ouvriers étrangers insistent pour faire des heures supplémentaires. « La lwa li la, nou pa kapav obliz enn patron donn overtime. Mo avoye mo bann officier dan lizinn. Zot dir zot dakor pou travay, mais apre 2 zour zot aret travay », déplore le ministre. Selon lui, ces ouvriers, qui sont liés par un contrat avec l’employeur, ont exigé d’être réembauchés par une autre entreprise pour les deux années qui restent. « Si vous n’êtes pas d’accord avec votre employeur, vous n’avez qu’à avoir recours à la justice. Dans le cas de ces employés, ils ont menacé de se suicider. Une telle démagogie est inconcevable », déclare Shakeel Mohamed. De par les agissements de ces ouvriers, dit-il, Ivy Leather a perdu une commande de 150 000 livres sterling.
Shakeel Mohamed devait critiquer Feizal Ally Beegun, qu’il qualifie d’« éternel insatisfait » et d’« antipatriote ». « S’il continue avec ses c…, il saura de quel bois je me chauffe », dit le ministre, qui menace de poursuivre le syndicaliste en cour de justice.
Feizal Ally Beegun ne l’entend pas de cette oreille : « Shakeel Mohamed devrait se renseigner sur mon aide aux ouvriers étrangers avant de me traiter d’antipatriote. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois qu’on m’attribue cette “distinction”. En 2007 lorsque j’ai fait une déclaration à Sunday Times, Amédée Darga et Vasant Bunwaree ont menacé de me poursuivre. Je ne vois pas pourquoi on doit me traiter d’antipatriote alors qu’il y a des provisions légales pour que les ouvriers étrangers s’inscrivent à un syndicat. » Et de poursuivre : « Est-ce que Shakeel Mohamed aurait pu être traité d’antipatriote lorsqu’il a visité les dortoirs de Palmar Ltd et de T-Sun à Belle-Mare sous les caméras de la MBC après sa nomination comme ministre du Travail ? »
M. Beegun menace d’alerter le BIT et d’autres institutions internationales, ainsi qu’Amnesty International relativement aux « insultes du ministre Mohamed ».