C’est ainsi que Jack Bizlall du Mouvement Premier mai analyse le rapport de la Commission Justice et Vérité. Tout en reconnaissant la pertinence du travail abattu, il est d’avis qu’il faut veiller à ce que les actes qui caractérisaient la période de l’esclavage et celle de l’engagisme ne perdurent pas dans la société actuelle. De même, il dénonce l’attitude de l’opposition parlementaire plus préoccupée par les alliances que par la « fracture sociale ».
Pour Jack Bizlall, la justice est le concept le plus important pour tout individu. D’où l’importance, dit-il, d’aller au-delà de l’esclavage et de l’engagisme pour s’assurer que la justice prime dans la société d’aujourd’hui. « L’esclavage et l’engagisme ont causé beaucoup de tort à notre société. Mais nous ne devons pas aller fouiller dans les tombes pour chercher réparation. Les forces antiabolitionnistes de la période de l’esclavage existent toujours aujourd’hui dans le système du capitalisme. Une vraie réparation réside dans la repentance des antiabolitionnistes. Sinon à quoi servirait l’enquête ? »
Une telle démarche, selon Jack Bizlall, comprendrait entre autres, la révocation de l’Employment Relations Act et de l’Employment Rights Act. « Autrement, les descendants d’esclaves et de travailleurs engagés se retrouvent dans le même schéma que leurs ancêtres. »
Pour le porte-parole du Mouvement Premier Mai, une entreprise ne devrait pas être considérée comme un bien personnel et la réintégration d’un employé devrait être garantie par la loi. Dans le même ordre d’idées, il s’interroge sur la pratique de faire appel au président du Tribunal d’Arbitrage Permanent ou au magistrat de la cour industrielle, pour siéger sur des comités disciplinaires. Il cite deux entreprises parapubliques ayant eu recours à cette pratique. « Si l’employé en question veut faire appel contre le verdict du comité disciplinaire, vers quelle instance se tournerait-il, puisqu’il a déjà été jugé par ces mêmes personnes ? »
La réparation aujourd’hui, poursuit Jack Bizlall, consisterait aussi à donner plus accès à la terre et à la mer, ce qui permettrait, en même temps, de régler le problème du chômage et de se rapprocher de l’autosuffisance alimentaire. Or, dit-il, c’est le contraire qui se passe actuellement. « L’accès à la terre et à la mer devient plus difficile pour ceux qui y gagnaient leur vie. »
Jack Bizlall dénonce aussi le « développement sauvage », où les terres sont bradées aux étrangers, incluant les facilités d’accès, alors que les Mauriciens vivent dans des conditions difficiles. C’est ce qui mènera à une « fracture sociale », souligne-t-il.
Le porte-parole du Mouvement Premier Mai invite aussi à enquêter sur les deux raffineries de sucre à Maurice. Il est d’avis que les petits planteurs sont des perdants lorsque leur sucre est raffiné localement. Jack Bizlall dit détenir un dossier compromettant à ce sujet, dont une copie aurait aussi été remise au ministre de l’Agro-industrie.
Jack Bizlall juge aussi inacceptable que la Central Water Authority (CWA) perde 50 % de l’eau dans les tuyaux défectueux, alors que les consommateurs payent pour cette eau.
Dans tout cela, regrette-t-il, l’opposition parlementaire passe son temps à parler de possibilités d’alliance, au lieu d’analyser où « la stratégie politique de Ramgoolam mène le pays. »