Jacques Zoel s’est engagé tout jeune dans la marine. Il n’avait que 18 ans, lorsqu’il a embrassé la profession de marin. Il en a maintenant 42. Une carrière riche en aventures et découvertes. Ballotté par les remous de la vie, envers et contre tout, la passion et l’amour du métier l’ont fait avancer.

Formé à la Mauritius Maritime Training Academy, Jacques Zoel a parcouru presque toutes les mers du globe et a accosté les plus beaux ports et fait d’incroyables rencontres. Une vie au service de la navigation, où ce chef mécanicien a eu l’occasion de naviguer sur différents modèles d’embarcations : bateaux de pêche, remorqueurs, navires à grande vitesse, entre autres. Il est depuis deux ans chef mécanicien sur le Alter Ego, un ancien remorqueur portugais transformé en yacht de luxe basé à Cannes. O! rant un service cinq étoiles, il accueille des événements grandioses et des stars du cinéma et de la chanson. “De Sylvester Stallone, Nicolas Cage en passant par l’actrice Kate Blanchet et bien d’autres stars du cinéma et de la chanson, j’ai eu l’occasion de tous les approcher en travaillant sur cette luxueuse embarcation. Elle a aussi été présente au Festival de Cannes comme au Grand Prix de Monaco et navigue dans la mer méditerranée, entre La Corse, Ibiza, l’Italie et La Sicile.”

Le danger guette

Pour ceux évoluant dans les métiers de la mer, la vie est divisée en trois parties : “Il y a les vivants, les morts auxquels s’ajoute le monde des marins. Parce que nous sommes des gens qui travaillons contre vents et marées, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il gèle.” Chaque jour est un nouveau jour, surtout un nouveau dé# . “Le danger guette à chaque seconde”, confie le marin. La nuit apporte aussi ces multitudes angoisses. Mise à part la peur de se retrouver la proie des pirates, Jacques Zoel a personnellement affronté des tempêtes, vécu la panique d’un feu à bord, et autres incidents comme des coupures d’électricité. “Il faut un grand sang-froid et une bonne maîtrise de soi pour ne pas paniquer.” En 2004, à bord du Mazara, il se retrouva dans l’œil d’un cyclone et fut aussi victime d’un accident en mer. “J’ai été brûlé et déclaré inapte à travailler pendant un an.” Une période où l’appel de la mer s’est fait cruellement ressentir malgré tout. “Quand on est passionné par la mer, malgré les nuits blanches, la fatigue et le danger, une fois que nous accostons un port, nous oublions tout. Voir un point à l’horizon grossir à vue d’œil alors que approchons d’un pays est une sensation unique à chaque fois et nous fait tout oublier.” C’est l’amour et la passion du métier qui les animent. L’adage étant : “Après le mauvais temps, il y a le beau temps.” En mer, les journées se suivent mais ne se ressemblent pas. “Un jour je peux voir une étoile de mer, le lendemain un cachalot ou un dauphin.” Mais un inconvénient du métier, c’est de se retrouver à terre pendant de longs mois sans revenus : “Donc, il faut savoir gérer son argent.”

Fasciné par la mer

La passion du grand large coule dans ses veines. En plus d’un arrière grand-père marin, un de ses plus grands modèles a été ce grand oncle qui est décédé sur un bateau nommé Pelamis. A chaque fois qu’il accostait à Port-Louis, “j’allais le rejoindre à bord et j’adorais ça car j’étais dans mon univers.” C’était un rêve d’enfant que Jacques Zoel entretenait depuis sa première communion car il a toujours voulu savoir ce qu’il y avait au delà de l’horizon. A Canal Dayot, il aimait monter sur le toit de la maison familiale pour regarder cette mer qui le fascinait. Le naufrage du Good Hope, le 12 juin 1994, au large de Pearl Island, à St-Brandon qui avait fait 27 rescapés et 14 disparus a aussi été un moteur dans sa décision à l’adolescence. Il venait de terminer sa scolarité secondaire. “Suite à ce drame, le gouvernement avait pris la décision de revoir les lois de la navigation mauricienne pour professionnaliser le secteur.” Apres le collège, Jacques Zoel choisit la filière électrique et se fait embaucher un bateau de pêche au plus bas de l’échelle, en tant que nettoyeur. Au cours des années et des diplômes obtenus, il monte les échelons pour devenir graisseur, Motorman, Fitter (maintenance générale) et aujourd’hui chef-mécanicien.

Par delà les océans

En 1997, il rejoint le navire Belazur, un long courrier enregistré à Maurice et basé à Philadelphie. De l’Amérique du Nord à l’Amérique Latine, l’équipage est composé de 28 compatriotes qui font la traversée du détroit de Magellan. “De Chilli à l’Argentine, nous sommes passés à travers les montagnes pour sortir vers Rio Grande pour remonter vers l’Argentine et le Paraguay. C’était la première fois de ma vie que je voyais des icebergs. Une expérience qui n’est pas donnée à tous les marins.” Le jeune homme a aussi l’occasion de traverser le canal de Panama (reliant l’océan Pacifique et l’océan Atlantique) et le Canal de Suez situé en Égypte. Il a aussi aidé à récupérer un cargo du coté du Cap Canaveral, base de lancement des fusées située sur un cordon littoral de la côte est de la Floride, aux Etats-Unis. En 2010, il a fait partie des 40 ouvriers mauriciens qui ont participé à la construction des îles artificielles de Dubaï. Jacques Zoel a aussi longtemps travaillé sur un bateau de pêche aux Seychelles. Au poste de fitter, il a travaillée pendant huit ans sur le Mauritius Trochetia. Une incroyable opportunité pour lui d’avoir une vie de famille étant de retour à Maurice tous les week-ends à bord de ce bateau qui assurait des liaisons entre les différentes îles des Mascareignes.

Loup solitaire

En e! et, le temps dé# le différemment pour un marin qui est amené à passer de longs mois éloigné de sa famille. Père de quatre enfants, âgés entre 4 et 19 ans, “c’est lors des anniversaires des enfants et durant les fêtes comme Noël et le nouvel an que le manque se fait cruellement ressentir. Malgré l’ambiance à bord, chacun se retrouve à un moment donné dans son coin, face à la mer, les larmes aux yeux.” Le pire, c’est de savoir que ses enfants sont malades et d’être impuissant devant cette réalité. Le moral a zéro, Jacques Zoel se sent mal à l’aise de ne pouvoir être chef de famille dans ces moments-là “alors que ma femme doit assumer à la fois le rôle de mère et de père et tout gérer. Une fois j’ai reçu un coup de ! l de Rodrigues m’informant que mon père était décédé.” Il a dû prendre l’avion pour rentrer au pays et assister aux funérailles.

Métier houleux

Être un marin à Maurice est un choix de carrière houleux, car il faut savoir mener sa barque. Jacques Zoel a beaucoup galéré. “ Nous n’entendons jamais de revendications sur les marins, un secteur différent du domaine de l’hospitalité que nous retrouvons chez les employés de bateaux de croisières.” Il déplore le manque de soutien du gouvernement mauricien qui n’o! re guère le nécessaire pour financer leurs études pour passer des brevets à l’étranger. Etant bilingues, les marins mauriciens sont en grande demande à travers le monde. Malgré cela, le plus grand regret de Jacques Zoel est de savoir que c’est un métier qui se meurt avec sa génération. “Très peu d’encadrement est offert aux jeunes pour devenir marins, matelots, mécaniciens, etc. Ce qui est dommage car nous sommes entourés de la mer mais beaucoup en ont peur.”

Même à quai, Jacques Zoel n’est pas du genre à se tourner les pouces. Raison pour laquelle il travaille sur un chantier à Petite Rivière en attendant de reprendre la mer en mars. Malgré tout, ce marin des temps modernes est décidé à garder le cap pour arriver à bon port avant de jeter l’ancre déffnitivement dans quelques années.