– Allez-y, on vous écoute !
 Pause.
– Hm.
 Re-pause.

Que de frustrations quand on y pense. Avoir à raconter, à redire, ou à se remémorer…que d’effort à essayer de ramener toutes les émotions, les sensations ou les actions vers la bouche. Regarder ou observer tout simplement est une bien meilleure option. Une personne qui tombe amoureux d’une autre personne n’a pas nécessairement besoin de le dire pour que l’autre s’en rende compte. Ça se sait, ça se sent. Parce qu’on s’exprime, consciemment et inconsciemment. Et puis, ma passion d’Add Maths à l’école m’a vite fait comprendre que les langues, par exemple, étaient plus mon truc. On ne rêve pas en formules add maths après tout. Pas moi en tout cas. Je me suis alors attaché aux mots pour apaiser mes maux des mathématiques abstraites.
 Les langues donnent une liberté qu’on aurait tort de ne pas en faire bon usage. D’ailleurs, plus on en connaît, plus on se sent capable d’affronter d’autres horizons avec facilité. Et ça ouvre plus de portes aussi. Et parmi les portes que j’ai pu ouvrir, celle de l’image m’a le plus retenu. S’exprimer a du bon quand on arrive à le faire avec plaisir et passion. L’image a été pour moi comme une révélation, une aubaine pour dire ce que je ne pouvais pas avec les mots.
Le langage cinématographique a depuis demeuré l’élu de mon âme. J’avais alors 12 ans et quelques jours, ou mois…12 ans et demi, on va dire, au son de la cloche marquant la fin de la récré quand j’ai décidé que je m’exprimerais avec des images. Le cinéma m’a donné la parole. Le langage cinématographique, une langue que quelqu’un peut comprendre même à des milliers de kilomètres, à l’autre bout de la planète…jusqu’en Guyane, où tout récemment mes films Rouzblézonnver et Once Upon A Train étaient en sélection officielle. Je remercie la MFDC de m’avoir donné les moyens et la chance de constater de visu comment les guyanais m’ont aussitôt compris. Même si on ne parle pas un créole identique, le langage cinématographique a suffi pour qu’ils me comprennent illico. Je me suis exprimé et je n’ai même pas eu à dire un mot. Et il y a aussi un tout autre plaisir quand je réalise que mes films parlent pour moi, sans que j’ai à dire quoi que ce soit. Mon énergie, je peux alors l’utiliser à m’améliorer continuellement et sans relâche dans ma façon de m’exprimer à travers l’image.
Et le fait de s’exprimer avec des images n’est certainement pas un privilège réservé à quelques personnes uniquement. Que ce soit le bhojpuri, ou l’italien, on maîtrise une langue à force de la pratiquer, à force de la vivre. Mais sachons qu’il y a aussi bien d’autres langues à s’essayer, tant de voies à choisir pour se faire entendre. Moi j’ai choisi l’image et le son…c’était une bonne option pour moi. Nous sommes tous des humains et je pense qu’on doit forcément se comprendre, peu importe notre langue, sans dire un mot. Et pour moi, un langage universel est bien le cinéma in The End.