Au total, depuis décembre 2013, ce sont 271 amputés qui ont reçu le soutien d’une équipe indienne au centre récréatif de Pointe-aux-Sables. Clôturant cette semaine la 2e édition du Jaipur Foot Camp – qui a soulagé 130 amputés – Armoogum Parsuramen, l’initiateur du projet, a annoncé qu’une 3e édition est déjà à l’étude, une centaine de demandes figurant déjà sur la liste d’attente. Et de dire attendre l’ouverture d’un centre permanent, programmée pour cette année à Maurice. La cérémonie de clôture, a été marquée par la visite de l’épouse du haut-commissaire indien Savita Mudgal. Celle-ci devait louer la « noble cause » que représente, à ses yeux, cette initiative envers les personnes ayant perdu une ou deux de leurs jambes.
Lors de sa visite, Savita Mudgal, qui est aussi présidente de l’Indian Women’s Association, a fait un brin de causette avec plusieurs bénéficiaires des prothèses Jaipur Foot. L’association précitée, indique-t-elle, a financé la première édition du Jaipur Foot Camp à hauteur de Rs 100 000. Par ailleurs, le mois prochain, selon Jasmine Patel, la secrétaire de l’association, une levée de fonds sera organisée en vue de récolter un maximum d’argent afin de financer cette initiative de la Global Rainbow Foundation, Ong que préside M. Parsuramen.
En 18 jours, soit du 3 au 21 mai, 130 personnes ont reçu des jambes artificielles. La plupart ont été privés de leurs membres à cause du diabète. D’autres suite à un accident de la route. Deux membres de l’équipe indienne ayant fait le déplacement à Maurice séjourneront une semaine de plus dans le pays afin d’accueillir ceux dont les prothèses demandent des ajustements. L’équipe indienne compte elle-même une personne amputée ayant bénéficié d’une prothèse de la BMVSS, l’organisation responsable de Jaipur Foot India.
Armoogum Parsuramen a rappelé que, selon la loi à Maurice, toute entreprise comptant 45 employés ou plus se doit de recruter 3% de personnes handicapées. C’est dans cet esprit, dit-il, que le groupe Esquel, qui a parrainé cette 2e édition et qui compte 6 000 employés, s’est engagé à recruter certains des bénéficiaires. Un bénéficiaire de la première édition a d’ailleurs déjà été recruté par la compagnie. Avant de se mettre à la tâche, il suivra toutefois d’abord une formation. En effet, selon M. Parsuramen, un don à hauteur de Rs 2,5 M de l’Union européenne permettra à la Global Rainbow Foundation de former quelque 125 personnes handicapées en vue de faciliter leur recrutement par les entreprises. L’ancien directeur de l’Unesco et ex-ministre de l’Éducation explique : « Si une personne a un handicap et qu’elle ne travaille pas, le fardeau est double. De notre côté, nous voulons les sortir de là. C’est pourquoi nous envisageons un 3e “Jaipur Foot Camp”, car nous avons déjà une centaine de demandes. »
« Politique du coeur »
Pour le directeur du groupe Esquel, Hemraj Ramnial, « ce projet est très touchant, raison pour laquelle nous avons décidé de le parrainer ». Autrefois, poursuit-il, « lorsqu’une personne était amputée, la vie s’arrêtait là et toute la famille s’en retrouvait affectée », ajoutant : « Aujourd’hui, avec ce projet, ce n’est plus le cas ». M. Parsuramen devait rendre hommage à l’équipe indienne de Jaipur Foot, soulignant leur dévouement à cette louable cause. « Le 24 décembre dernier, ils ont fait le bonheur du premier bénéficiaire. Cela a été un formidable cadeau pour ce dernier. Et le 25, jour de Noël, je leur ai proposé de terminer plus tôt et les ai invités dans un restaurant, mais ils ont tenu à travailler jusqu’à 19h ! S’il n’y avait pas eu de cyclone, ils auraient même travaillé les 1er et 2 janvier. » Le président de la GRF les a donc « enguirlandés », avant de rappeler cette phrase de Gandhi : « Caring of the disabled is like a religion. Serving them is like service to God. »
Pour le Dr Indraduth Chunnoo, chirurgien orthopédiste, apportant lui aussi son soutien à ce projet : « Dieu a choisi M. Parsuramen pour offrir ces prothèses aux personnes qui en ont besoin. Il dit qu’il ne fait pas de politique, mais il pratique la politique du coeur… ». Selon ses estimations, en 1986, le nombre d’amputés à Maurice s’élevait à quelque 85 personnes par an alors qu’aujourd’hui, le chiffre s’élèverait à quelque 400 chaque année. Avec une pointe d’humour, l’orthopédiste devait « annoncer » qu’il arrêtait de pratiquer des interventions chirurgicales. Une manière pour lui de lancer ce message aux Mauriciens : « Contrôlez votre diabète ! » Celui qui se décrit comme ayant pour rôle de « sauver des jambes » n’aurait alors plus de patients à opérer.