Environ 200 personnes ayant subi une amputation recommenceront à marcher normalement d’ici la fin de l’année. Ce cadeau de Noël leur sera offert par la Global Rainbow Foundation (GRF), avec le soutien financier de la SICOM et d’autres entreprises du secteur privé. Connu comme le Jaipur Foot, cet équipement mis au point en Inde permet d’effectuer des mouvements généralement impossibles avec une prothèse normale, comme plier les genoux, se mettre en position du lotus, grimper dans un arbre ou monter à bicyclette. Des jeunes rencontrés disent fonder beaucoup d’espoir sur cet appareil extraordinaire afin de reprendre le cours normal de leur vie qui a basculé subitement.
Depuis hier, le centre récréatif des personnes âgées de Pointe-aux-Sables a été converti en camp de réhabilitation pour personnes amputées. Pendant toute la journée, les bénéficiaires arrivent en groupe pour se préparer à recevoir gratuitement leur nouveau “pied”. Dans la cour, un camion débarque le matériel expédié de l’Inde, pour la réalisation des prothèses sur place. Six employés de Jaipur Foot ont aussi fait le déplacement pour cela. Après avoir pris connaissance des caractéristiques de la prothèse et donné leurs mesures aux techniciens, les bénéficiaires passeront la nuit dans le centre, en attendant de repartir, le lendemain, sans l’aide de béquilles ou de fauteuil roulant.
C’est la première fois qu’un tel camp est organisé à Maurice. L’initiative en revient à la GRF. Le professeur Armoogum Parsuramen, ancien ministre de l’Education, y travaille depuis l’année dernière. « Au début, cela a été un peu difficile d’atteindre les personnes ciblées. Mais j’ai mis tout entre les mains de Dieu, dans la prière. Puis nous avons fait une émission sur Radio One et en une journée, nous sommes passés de 50 à 100 inscrits. Aujourd’hui, nous en avons 350. Pour le présent camp, nous espérons offrir des prothèses à 200 personnes. Nous souhaitons organiser un deuxième camp assez rapidement pour les autres. »
La visite récente de la danseuse de Bharat Natyam Sudha Chandram a convaincu plus d’un des performances pouvant être réalisées avec un Jaipur Foot. La danseuse est même devenue l’ambassadrice de la GRF. « Elle a dit que son nouveau combat sera de faire enlever le préfixe « dis » dans disable, car tout le monde a ses capacités. »
Avec la collaboration des firmes privées, environ Rs 2 millions ont pu être recueillis pour ce projet. Chaque prothèse coûte Rs 10 000. De plus, il a fallu faire venir les six techniciens indiens ainsi que les matériaux nécessaires pour la fabrication des prothèses. Notre interlocuteur précise que si le Jaipur Foot coûte bien moins cher que les autres, c’est parce qu’il est réalisé avec les matériaux disponible en Inde et que la technologie est très avancée. « De plus, le fabricant est une organisation charitable, il ne travaille pas pour le profit. »
Le gouvernement a lui contribué en mettant le centre de Pointe-aux-Sables à la disposition de la GRF. « Je ne voulais pas réaliser ce projet dans un hôpital. C’est pour cela que nous avons opté pour un cadre plus agréable. Les bénéficiaires auront des moments de détente, ainsi que l’encadrement nécessaire de nos professionnels sur place pour s’adapter à leur nouvelle prothèse. »
Parmi les bénéficiaires, on compte beaucoup de jeunes. Armoogum Parsuramen confie qu’une fois qu’ils seront sur pied, ils pourront suivre une formation en vue de trouver un emploi. « Le gouvernement a fait adopter une loi pour que 3 % du personnel de chaque entreprise soit composé de personnes handicapées. Malheureusement, cela n’est pas respecté par beaucoup d’entreprises ».
Si ce camp se tient à Noël, c’est en raison d’une série de coïncidences. Il y a eu, notamment, du retard dans la livraison des matériaux. Mais pour Armoogum Parsuramen, il est aussi bon de le tenir maintenant puisqu’il agira comme un cadeau de Noël. « Nous allons passer Noël ici et je suis très content de cela, puisque ce sera un moment partagé pour une bonne cause. Nous avons également beaucoup de volontaires pour ce camp. Des jeunes, des professionnels à la retraite, ainsi que des étrangers. »
Pablo Ocana et Emilce Jury viennent de l’Argentine. Grâce à l’AIESEC, ils se retrouvent au camp comme volontaires. « Nous sommes heureux d’être ici. Même si cet événement se passe à Noël, cela ne nous dérange pas. Nous sommes contents d’aider ceux dans le besoin. C’est une manière de donner quelque chose au monde. »
Quant à Armoogum Parsuramen, après 13 ans comme ministre de l’Éducation, il se dit heureux de pouvoir rendre à la société ce qu’il a reçu. « Je viens d’une famille très modeste, j’ai grandi dans une lakaz lapay. Après 14 ans à travailler à l’étranger, j’avais le choix entre retourner en politique ou me consacrer au social. J’ai pris un an de réflexion. Ma voix intérieure m’a dit qu’il fallait maintenant rendre à la société ce que j’avais reçu. Je suis heureux de le faire et je le fais de manière désintéressée. »