Sans artifice, égal à lui-même, l’humoriste franco-marocain Jamel Debbouze a scotché son public. Il n’a rien perdu de sa verve, mais pour son unique one-man-show samedi au Centre Swami Vivekananda, Pailles, l’artiste s’est surpassé en « épinglant » les politiciens locaux avec cette pincée de rire pimenté dont lui seul connaît le dosage. Debbouze a marqué ainsi son grand retour à Maurice après six ans d’absence dans « Jamel Maintenant ».

« J’adore le London Boy, toujours en Rolls Royce. Le PMSD, symbole le coq : Prends-moi s’il te plaît Duval. On va tous cotiser pour acheter des balles de couleur à Dayal. Tarolah, c’est celui que je préfère : il a une belle langue. Quand j’ai vu sa vidéo, j’avais envie de lui envoyer une glace à la vanille. Jugnauth, j’aimais bien son père et il a dit à son fils : dorénavant tu es un Jugnauth, prends ma place.»

Le show de Jamel Debbouze, samedi, au Centre Swami Vivekananda, a pris de court le public. Il était au plus haut de sa forme, livrant un spectacle décalé qui a surpris la plupart de ceux présents. Il a la gnaque, le débit facile et quand il monte un spectacle, il est tout simplement délirant.

Cette fois, il a bien fait fort, sans fausse note, prenant à bras-le-corps son public mauricien pour l’entraîner dans un volet politique déconcertant.

Quand il lance : « Ki pozisyon Moris ? Vous êtes plein dans la salle… J’étais là en 2013, c’était Ramgoolam, le PM. Entre-temps, il y a eu deux Jugnauth. Comment, il va Ramgoolam, le London Boy, toujours la classe ? J’étais chez Ramgoolam, c’est beau chez lui, plein de coffres…» L’assistance est pliée en quatre.

Tous ont cru que ce n’était qu’une petite mise en condition avant de faire décoller sa pièce, mais c’était mal connaître Jamel.

« Depuis Ramgoolam, ça progresse… Je défendrai ce pays. Et, Jugnauth, il est bien ou pas ? Son but est qu’on devienne tous des Jugnauth. » Il ne pouvait s’empêcher de pouffer de rire en évoquant Tarolah : « Dire qu’il s’est dit, je vais faire une vidéo explicite et je vais l’envoyer à une vendeuse de glace à la vanille. C’est pas un pervers…»

Et quid du Parti Malin dont Jamel se dit prêt à lancer la même vague en France, mais rassure que son préféré reste Xavier-Luc Duval : « Il a pris le meilleur des symboles, le signe viril, celui du PMSD. »

Il n’y avait pas que nos politiciens qui étaient dans son viseur, mais aussi les endroits du pays et les disparités sociales. Il évoquera Roche-Bois, le quartier des pauvres, Grand-Baie, celui des riches, Banane, Fond-du-Sac, Rivière-Noire, son «Black Riviero» où dit-il, «il n’y a pas un seul black. »

Un traumatisme

À propos du racisme, il dira : « On est tous le racisme de quelqu’un. » Il y a aussi eu l’histoire de son chapeau perdu et un autre lui a été remis, samedi sur scène.

Et Jamel, sur le ton de la plaisanterie, de râler : « Vous n’allez pas me reparler de cette histoire de chapeau. C’est un traumatisme. Je l’ai perdu tout seul comme un con et j’espérais que le producteur ne soit pas suffisamment con pour m’en offrir un autre, mais c’est fait à ce que je vois avec l’étiquette encore dessus. »

La force du spectacle de Jamel Debbouze repose sur son audace, sur sa manière d’oser dire tout haut les choses en insistant que tout est fait de manière dérisoire propre à un spectacle du rire. Jamel est talentueux, et pour assimiler en un jour tout sur l’actualité politique de Maurice, il faut être doué. Son talent, il le déploie à travers le rire en bousculant les esprits étriqués, en faisant valser les plus malins mais en gardant toujours en tête que le rire est une mise en condition qui pousse à la réflexion.

Car en s’attardant sur les petits travers de la société, il nous renvoie une autre image de nos actes. Dans « Jamel Maintenant », il embarque son public dans sa folie tout en n’oubliant pas des références qui collent à son script.

D’Emmanuel Macron, Jamel dira : « Il est plus petit que moi. 39, c’est pas un âge présidentiel, c’est une pointure ! » Donald Trump et sa mèche fétiche amèneront l’artiste à évoquer, en toute décomplexion, la parole raciste.

Revenant à son script, l’humoriste lance : « Vous savez ce que c’est qu’un long courrier ?» Ce à quoi un spectateur répond : « La Poste. » Dans un fou rire, il dira : « J’ai travaillé ce spectacle avec un auteur de la Nasa et il a fallu un con de Roche-Bois pour me dire la Poste. Je vais la garder cette remarque de Maurice et l’inclure dans mon répertoire. »

Son spectacle prend une tournure des plus personnelles et touchantes lorsqu’il évoque sa famille, ses enfants, notamment son fils Léon qui lui a demandé : « Papa, c’est vrai que c’est les Arabes qui ont inventé la bagarre ? » ; sa fille Lila dont il est devenu presque un papa poule, sa mère qui s’est liée d’amitié avec deux femmes à l’école que fréquentait son fils, Brigitte et Ségolène en voulant se libérer et faire la zumba ; et le talent de conteur de son père envers ses enfants.

Il y a aussi la double culture de ses enfants avec Mélissa Theriau. Jamel nous entraîne, malgré lui, sur des notes émouvantes, lorsqu’il raconte son père qui ne cesse jamais de dire à ses enfants : « Je vous aime. »

Il terminera son show en parodiant La Fontaine, soit la fable du Corbeau et du Renard qui deviennent la grenouille et la belette, sans oublier de se moquer de la prof de sa fille de la maternelle avec son exercice de stimulation contre le terrorisme. Une autopsie de scène bien décortiquée et qui a rendu ce spectacle inoubliable.

Pour rappel, ce spectacle a été rendu possible grâce à Raviraj Beechook, d’Inbox Communication. Et la première partie a été assurée par Zulu.