Jano Couacaud : c’est une signature connue dans la photographie d’auteur. Il a vécu près de 30 à l’étranger avant de regagner Maurice pour se faire le témoin de la fragilité des choses à travers sa photographie. Bord La Mer, un ouvrage en noir et blanc publié en 1980 et qui témoigne de la fin du travail des dockers, est un coup de maître. Ceux qui ont vu l’exposition qui accompagnait le livre restent marqués par la densité, l’humanité, la tendresse désespérée qui se nichent dans ces images. Jano Couacaud se signale par sa capacité de construire des images dynamiques, expressionnistes au coeur de situations parfois complexes. Jano s’immerge dans la réalité mauricienne et livre une réflexion, un travail qui relève parfois du documentaire. C’est un véritable corps à corps avec ce qu’il photographie dans une esthétique maîtrisée. Après le mythique Bord La Mer, Jano porte son regard sur les villes et la disparition de l’habitat traditionnel mauricien (maisons en tôle ou en bois) et ses images sont teintées d’intimité. Notre photographe arrive à extraire au coeur des villes de Maurice des bijoux d’architecture. Ses photographies révèlent une souplesse et une profondeur avec des accentuations de netteté sur les détails. Sa démarche est davantage liée à la mémoire et au sentiment d’appartenance et de familiarité que l’on peut ressentir avec un lieu. C’est avant tout la beauté de ces vieilles maisons, les ruelles, les arbres, les personnes charismatiques qui l’ont attiré année après année. La série Le Temps suspendu (L’Atelier Littéraire, 2014) rend compte de la disparition progressive de l’habitat traditionnel et rend visible un monde révolu. Les images figurent tout à la fois les maisons anciennes et les constructions en béton. Avec la maîtrise de l’arrière-plan, la multiplication de prises de vue de manière spontanée, les cadrages originaux, on voit l’effondrement d’un monde et le frisson vous saisit. Le but de Jano, c’est de rendre compte de la réalité, des aspects de cette réalité qu’il cherche à rendre visibles en rompant avec le style documentaire et utilisant des moyens plastiques pour faire voir ce qui ne se voit pas. A quoi tient l’ensemble des photographies prises à Port-Louis, Curepipe, Mahébourg, Rose-Hill? A l’expression concentrée du sujet, à l’harmonie chaude des couleurs, à l’étrangeté de la situation. Le Temps suspendu est composé de noms de rues anciennes. Des chapitres distincts sont consacrés à Mahébourg, Port-Louis, Rose-Hill. Dans Ici et là sont regroupées des maisons dans différents coins de l’île ; Public & Privé concerne les bâtiments publics et commerciaux. La dernière partie de l’ouvrage liée à la mémoire s’intitule Agonie.
Dans la lignée des photographes poètes, engagés, Jano Couacaud sublime le quotidien, n’oublie jamais l’essentiel : témoigner de la vie quotidienne dans une île. Il y a de la nostalgie dans ses photographies comme s’il a voulu retenir quelque chose de fragile. Parce que la ville est en train de changer rapidement, les maisons traditionnelles sont détruites les unes après les autres, la culture traditionnelle dans son ensemble s’effrite peu à peu.
Le lancement de l’ouvrage de Jano Couacaud aura lieu le 19 novembre à L’Atelier à Port-Louis suivie d’une exposition de photographies. Il est déjà disponible dans les grandes librairies.