Si les chiffres officiels n’en témoignent pas, la psychologue clinicienne Jassodah Domur-Moodely, membre de la Société des Professionnels en Psychologie, et Ibrahim Koodoruth, sociologue, s’accordent sur le fait que « le nombre de crimes impulsifs est en nette augmentation ! » La première citée rappelle que « l’on ne naît pas criminel, on le devient. L’entourage, l’environnement dans lequel on grandit, et d’autres éléments encore influent sur le comportement de l’humain et affectent sa perception. » De son côté, le sociologue souligne que « avec le développement économique, les gens se sont enrichis. Et représentent ainsi des cibles potentielles ».
« Officiellement, nous n’avons pas de données qui témoignent du fait que le nombre de crimes impulsifs et de crimes passionnels est en nette augmentation, indique Ibrahim Koodoruth. Les statistiques officielles n’accusent pas ce fait, soit. Cependant, on ne peut occulter le fait que chaque jour qui passe apporte son lot de crimes, les uns plus macabres et atroces que les autres ! Les Unes des journaux, au quotidien, en sont la preuve ».
De cette situation, poursuit notre interlocuteur, « un énorme sentiment d’insécurité prévaut. Et ce, à tous les niveaux. C’est un fait courant, aujourd’hui, qu’on ne se sent en sécurité nulle part, ni chez soi, ni au travail, ni dans la rue, ni dans un supermarché, ni dans une fête… On n’est à l’abri nulle part ».
Comment en est-on arrivé là ? Pour Ibrahim Koodoruth, « il est clair que cette situation est intrinsèquement liée au développement économique du pays. Le “lifestyle” et le “standard of living” ont changé, et cela a permis à nombre de Mauriciens de devenir financièrement plus aisés. Cette richesse devient évidemment source de convoitise… De ce fait, un grand nombre de Mauriciens représentent des cibles potentielles ». Et d’ajouter qu’il « en résulte qu’un très grand nombre de personnes sont devenues parano. On se méfie de tout et de rien… »
Mais ce n’est pas là l’unique mobile d’un crime. D’où, par exemple, les crimes passionnels et spontanés, rappelle la psychologue clinicienne. « L’on ne naît pas criminel, mais on le devient », dit Jassodah Domur-Moodely. « Il faut, une fois encore, remonter à la source de ceux et celles qui commettent ces crimes. Les éléments de réponse sont souvent là. Une personne qui a recours au crime, qui tue, ne pense jamais à la souffrance de l’autre. Elle ne pense qu’à apaiser sa propre souffrance à elle. Dans son acte, elle ne recherche que son soulagement personnel. »
Mme Domur-Moodely poursuit : « Il faut rechercher dans l’enfance de la personne des éléments révélateurs, comme d’avoir grandi au sein d’une famille dysfonctionnelle, déchirée. Il y a là certainement une faiblesse des valeurs morales. Ou encore, la personne a fréquenté des parents ou un parent qui est réfractaire aux normes sociales, qui vivent en marge et refusent d’adhérer aux règles de la société. On y retrouve aussi des comportements liés à la consommation excessive et immodérée de substances comme l’alcool ou les drogues, entre autres. Ce sont autant de déviances qui affectent une personne dès sa tendre enfance. Automatiquement, en grandissant, cette personne, qui n’a eu presque pas de frottements avec les normes de la société, n’a plus vraiment de repères… Ainsi, commettre un crime, pour cette personne, ne représente pas cet acte d’ôter la vie ».
Jassodah Domur-Moodely note que « le déclic, l’élément catalyseur qui provoque le crime, survient quand la personne ne peut plus réprimer ses sentiments et n’a d’autre façon de s’exprimer que par cette forme de violence. » Ibrahim Koodoruth souligne, à cet effet, que « plus nous avançons, plus les moyens utilisés pour commettre un crime changent. Et en y ajoutant un degré de violence, d’atrocité plus élevé. Celui ou celle qui commet cet acte semble être poussé par un désir d’aller jusqu’au bout de lui-même et de faire usage des moyens les plus violents, les plus extrêmes pour assouvir ses basses pulsions. »
Le sociologue met ce type de comportement sur le compte « d’un système qui est lui-même devenu plus agressif. La société dans laquelle nous vivons aujourd’hui n’est plus celle qu’elle était il y a des années. Les données ont changé. Il y a un matraquage permanent auquel nous sommes tous exposés. Or, sur ceux qui ont des pulsions qu’ils ne peuvent contrôler, cette agressivité se traduit dans ce besoin d’aller au bout de soi, dans la violence aussi, notamment. »
Ibrahim Koodoruth relève également que « avec la technologie nouvelle, avec l’avènement des caméras de surveillance, on aurait pensé qu’une personne penserait à deux fois avant de commettre un acte réprobateur. Pourtant, certains font fi de cela ! Même en sachant qu’ils sont filmés et que les autorités les captureront rapidement, ils défient tout cela et commettent quand même leur acte, un vol, un braquage, un crime, un viol… »
Le sociologue note encore que « la psychologie de ces personnes est ainsi : soit ils se disent “j’ai les moyens, je me paie un bon avocat, ou j’ai des connexions et je vais m’en sortir, quoiqu’il en coûte”, soit ce sont des pauvres diables qui n’ont vraiment rien à perdre et qui sont comme contraints de commettre ces actes, poussés par le désespoir d’une extrême précarité et pauvreté dans lesquelles ils vivent. C’est ainsi dans la société mauricienne actuelle. »