En deux ans et un album, The Key, Jerry Léonide est passé du statut d’illustre inconnu à celui d’un artiste acclamé au Jazz Montreux Festival, dans les salles de concert et les festivals. Ne cherchez pas plus loin l’espoir no. 1 du jazz mauricien ! Il se produira le vendredi 29 août 2014 à 20 h à l’Auditorium Francis Thomé, Conservatoire National de Musique François Mitterrand, Quatre Bornes.
Jerry Léonide revivifie la musique locale d’un trait de génie comme peuvent le faire les grands visionnaires. Dans un entretien accordé à Week-End Sunlights, il revient sur le Jazz Montreux Festival (Lauréat de la compétition de piano et Prix du Public en 2013 et 2014). Mais il exprime avant tout son souhait de « rajouter une nouvelle couleur à la musique mauricienne : le jazz mauricien avec des accents de séga… c’est là où l’expérience est pionnière. C`est un projet acoustique avec piano, contrebasse, percussions, ravannes, etc… Tu écris une musique pour donner une couleur, c’est un chemin vers l’improvisation, un encadrement sonore ». On peut parler de modernité dans cette volonté incessante de transformer l’espace sonore avec les jeux de l’écriture et de la spontanéité. Il est toujours intéressant de décrire un musicien par le biais de sa sonorité. Jerry a su délimiter son espace sonore et rythmique, rendant sa musique plus intéressante en rompant avec une tradition du swing pour aller vers un jazz « chaloupé » avec des accents différents. Quand on lui demande à quel moment le piano jazz s’est imposé dans sa vie, Jerry remonte à l’édition 2007 de Blues dans Jazz où il était invité en tant qu’artiste mauricien. Son retour au pays natal depuis début août 2014 s’inscrit dans une continuité, dit-il, avec le souhait de venir présenter à Maurice un projet personnel issu du travail qu’il fait en France. Mais l’éclosion de cet artiste ne date pas d’hier?: « Quand j’ai intégré le Conservatoire, il y avait un vrai choix pour le piano jazz… c’est un instrument qui se prête bien aux concours avec une dimension de soliste… », dit-il. A Montreux lorsqu’il s’est présenté au concours de piano solo, il y avait le thème de Miles Davis (Kind of Blue) qui était imposé, mais aussi les compositions. La composition est venue grâce au concours. Il fallait présenter aussi ses propres morceaux. On connaît la suite, Jerry Léonide est devenu le leader du Key Quartet fin 2013. « C’est un partage… les autres me font jouer, je les fais jouer… » Son objectif est de jouer sur deux fronts simultanément?; en solo et en quartet. Mais en solo, dit-il, l’expérience est plus introvertie, la liberté totale. Il y a aussi un autre but artistique : rendre sa musique accessible et la démocratiser auprès du public mauricien. Mais le jazz est universel alors Jerry Leonide déclare : « Ce que j’essaie, moi, de faire avec le jazz c’est d’utiliser ce langage universel pour faire découvrir la musique de mon pays… je ne représente pas l`île Maurice, je suis l’île Maurice… », affirme notre musicien de jazz. Il est d’avis qu’on revient aux sources quand la technologie va vite et qu’il y a une sorte de saturation de la part du public. Le public recherche des choses plus subtiles, loin des excès de décibels. Ce public veut retrouver une ambiance plus intime. « Dans le jazz, tu as le contrôle de cette énergie… il faut que ma technique serve la musique, faire intervenir mon ressenti… la technique intervient dans les envolées… », nous confie Jerry. Et quand on l’interroge sur le mouvement “Ecrit-Improvisé” qui alterne, il dit que l’écriture est un prétexte pour improviser sur une ambiance donnée… c’est le langage du jazz. Faire une musique ne veut pas dire qu’il ne se passe rien dans le discours. Jerry nous dit qu’il y a un discours (pas de mots), mais avec le son et le titre on suggère de manière analogique des images. « Il y a une invitation au voyage et un discours sonore… », déclare le pianiste, faisant allusion à un des titres de son album Black River Road. Il y a alors une curiosité pour Maurice. Jerry nous confie qu`il ne recherche pas la surexposition, mais il ressent la fierté de pouvoir ouvrir la voie aux autres. Et finalement quand on lui demande si un musicien peut être moderne en respectant la tradition, Jerry répond : « Tu ne peux pas être moderne si tu fais abstraction de la tradition… si tu veux être un musicien de jazz complet, à la pointe de la modernité, il faut une grande recherche dans la tradition… ». Il ajoute qu’un bon improvisateur est quelqu’un qui maîtrise son sujet, écrit une pièce en temps réel, maîtrise les outils harmoniques et mélodiques. Pour ceux qui veulent l’entendre parler aux Mauriciens, exposer et expliquer ses choix artistiques, rendez-vous le 29 août avec ce musicien généreux.