Au-delà des « problèmes de desserte », la plus-value mauricienne souffrirait « d’un manque de renouvellement et de lacunes dans l’attitude au service ». C’est le constat de plusieurs acteurs du secteur du tourisme présents au 92e JCI Business Forum hier à l’Alliance Française à Bell-Village. « Maurice est une destination chère mais pas haut de gamme. Et le touriste n’est pas dupe », a d’ailleurs déclaré Sen Ramsamy, Head of Hotels, Leisure and Tourism de KPMG Mauritius.
« Un million de touristes en 2013 : est-ce réalisable ? » Et ce alors qu’une baisse de 2,3 % a été notée lors des deux premiers mois de l’année. Il s’agissait ainsi pour la Junior Chamber International (JCI) d’adresser la question à Jocelyn Kwok, CEO de l’Association des Hôteliers et des Restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM), Donald Payen, Executive Vice President d’Air Mauritius Ltd, et Sen Ramsamy, Head of Hotels, Leisure and Tourism de KPMG Mauritius.
Pour l’économiste Éric Ng Ping Cheun, modérateur à l’occasion du 92e JCI Business Forum, l’objectif d’un million d’arrivées à Maurice, est « réalisable ». « C’est même vital », précise-t-il. Or avec le retard sur les statistiques de l’année dernière, la tâche, selon Sen Ramsamy, ne sera pas facile. « Pour rattraper la contre-performance des deux premiers mois, il faudra tourner autour de 5 % de croissance sur le reste de l’année », ajoute-t-il.
De son côté, Donald Payen a souligné la difficulté de l’exercice de prévision. « Ce qu’il faut comprendre c’est que l’industrie locale est marquée par un problème de saisonnalité », explique l’Executive Vice President d’Air Mauritius Ltd. Ces propos ont donné lieu à une critique de la destination Maurice en plusieurs volets.
Sen Ramsamy, fort de son « expérience au ministère du Tourisme et de cinq années passées dans le secteur à Dubayy », a ainsi soutenu que « le produit mauricien s’essouffle ». Pour lui, « il y a un problème de leadership, de vision. » « Les destinations haut de gamme n’ont pas besoin de se promouvoir comme tel. Le bouche à oreille devrait suffire. Maurice devient une destination chère mais pas haut de gamme. Et le touriste n’est pas dupe ! », a-t-il dit.
« Nation de fonctionnaires »
Le service pâtit également, selon Sen Ramsamy qui évoque des « lacunes importantes » au niveau des prestations, de l’attrait et de l’accueil – des éléments qui « sont supposés être le point fort de l’île ». Le Mauricien serait-il ainsi moins accueillant ? Pour
Jocelyn Kwok, « il y a un problème d’attitude ».
Lors des questions-réponses, un participant venu des Seychelles devait déclarer : « Maurice est en train de devenir une nation de fonctionnaires. Le mauricien n’a plus le réflexe de la courtoisie, de proximité envers le touriste. On ne demande plus d’où il vient, ce qu’il fait… » La plus-value de la destination serait donc en ballottement défavorable.
« On peut parler de beaucoup de choses, de comparative advantage… mais ce qu’il faut, c’est une raison pour venir à Maurice », précise Donald Payen. Et d’ajouter : « Il est probable que l’on ait pas suffisamment communiqué autour de la question de dessertes et de libertés aériennes. Pour les dessertes, il s’agit d’accord bilatéraux de pays à pays. Et pour la majorité des accords, Air Mauritius est la seule à exploiter des fréquences. Malgré les accords, aucune société aérienne de la Malaisie, d’Australie ou de Shanghai ne s’intéresse à une fréquence vers Maurice. »
Avis partagé par Sen Ramsamy : « Pour Emirates (Dubayy-Maurice), c’est 210 000 sièges vers Maurice par an… Mais que 5 403 (Ndlr, excluant les transits) touristes à l’arrivée […] Un Dubayy-Paris, un Paris-Dubayy-Maurice coûtent moins cher qu’un Dubayy-Maurice. Il y a donc un problème. »
Problème auquel il y aurait une solution, selon le Head of Hotels, Leisure and Tourism de KPMG Mauritius. Il suggère ainsi d’abandonner le haut de gamme et la destination shopping  pour s’orienter vers « la destination bien-être avec surtout une offre spa ». Dire que Maurice fait du haut de gamme ne suffit plus, selon lui.