Le décès d’Iqbal Toofanny remet sur le tapis le débat sur les allégations de l’utilisation de la force par la police pour extorquer des confessions des suspects. Au cours d’une récente émission sur une radio privée, Lindsey Collen de Lalit évoquait plus de soixante cas avérés de brutalités en cellule policière depuis les années 70, ajoutant qu’il fallait multiplier ce nombre par vingt pour prendre en compte des témoignages n’ayant pas été exposés médiatiquement! Ainsi, la perception que pourrait avoir le pays du track record des représentants de l’ordre ne plaide pas en leur faveur. D’autant plus que les enquêtes initiées contre ceux accusés de brutalités ont souvent buté, selon plusieurs avocats, sur des dysfonctionnements tant au niveau du Police Complaints Bureau que de la National Human Rights Commission. Le Criminal Investigation Department enquêtant sur des collègues est, lui, perçu comme étant juge et partie à la fois, situation où le danger d’une solidarité corporatiste guette. Ces accusations récurrentes, justifiées ou non, ont fatalement débouché sur une police désormais l’objet d’une perception de culpabilité.
Par conséquent, de nombreux citoyens soutiennent que de vrais coupables pourraient échapper à la justice en s’appuyant sur la commode excuse de brutalités, supposées ou réelles. Il faut, disent-ils, en tirer les conséquences: la protection de la société devrait exclure un tel scénario. Si ceux censés représenter la loi commençaient à la transgresser, le fondement de l’Etat serait ébranlé. Il est donc impératif de s’attaquer de front aux dysfonctionnements des garde-fous avec la mise en place de structures mieux à même de combattre tout dérapage de la police. L’indispensable volonté politique semble être acquise. Halte donc à l’impunité, cette tare qui nourrit les dérives. La police devrait concurremment bénéficier d’une formation poussée aux dernières techniques d’investigation, avec l’accent sur les preuves scientifiques, doublées d’une culture de respect pour les droits humains. L’obligation de résultats – pression de la hiérarchie ou du tribunal de l’opinion publique – ne devait aucunement déboucher sur des enquêtes souillées par des méthodes qui révolteraient le sentiment que tout citoyen se fait d’un pays civilisé et des procédures de justice qui devraient y prévaloir.
Paradoxalement, nombreux également sont ceux qui cautionneraient les procédés musclés de la police, soutenant que cette dernière est souvent confrontée à des durs à cuire, des voyous sans foi ni loi qui représentent un danger, quelquefois mortel, pour le law-abiding citizen et qui n’avoueraient leur crime qu’à condition d’être soumis au rituel du passage à tabac. Le principe de l’utilisation de la force est ainsi vendu comme un mal nécessaire, le prix à payer pour combattre la criminalité.
Ces deux points de vue sont diamétralement opposés. Invitons donc au débat une voix impartiale, celle du président de la Cour Suprême des Etats-Unis, Earl Warren, qui écrivait dans un jugement sans ambiguïté: «L’aversion de la société pour l’utilisation des aveux involontaires ne s’applique pas exclusivement au caractère douteux inhérent à leur nature.  Elle tient également au sentiment profondément enraciné que la police doit se conformer aux lois tout en faisant respecter la loi, et, qu’en définitive, l’existence et la liberté peuvent être menacées par les méthodes employées illégalement pour condamner ceux dont on pense qu’ils sont des criminels, aussi bien que par les véritables criminels eux-mêmes.»
Evitons néanmoins le piège de jeter l’anathème sur l’ensemble de la force policière. Elle est composée majoritairement d’éléments honnêtes, accomplissant un travail difficile et souvent dangereux que nous devrions remercier car, sans eux, la société basculerait dans l’anarchie. Nous sommes confiants que, sans hésitation, ils se joindraient à nous pour soutenir une veuve et trois orphelines meurtries à vie, brutalement privées de l’amour et de l’affection d’un époux et d’un père, pour leur dire: JE SUIS IQBAL.