On a de plus en plus tendance à saluer toute performance d’artiste par une standing ovation à la fin du show. Mérité ou pas, le geste est devenu si banal dans les salles de spectacle et de concert qu’il perd tout son sens; même les moins méritants y ont droit. Mais jeudi soir, la salle qui s’est mise debout pour Jean-Alain Roussel à la fin de son concert ne pouvait ni se tromper ni faire semblant. Après près de deux heures, l’homme avait conquis au-delà des espérances en offrant au public mauricien un concert mémorable, qui restera parmi les meilleurs.
Richesse.
Difficile de décrire l’intensité de cet instant passé avec ce Maestro qui a travaillé sur quelques-uns des plus grands tubes de la planète. Il aurait pu s’en être contenté et nous fourguer quelques cover versions des standards de pop-rock et de reggae. Mais comme il l’avait annoncé, Jean-Alain Roussel a voulu marquer son retour en terre natale par une sonorité d’inspiration mauricienne, au sens large du terme. Ravanne, tabla et sitar ont complété le tableau pour ce concert d’une richesse certaine, qui a réuni jusqu’à une quinzaine d’artistes sur scène.
L’intention à elle seule ne suffisait pas. Le travail d’arrangement effectué par Jean-Alain Roussel pour unir en une sonorité cohérente les différents courants musicaux présentés est impressionnant. C’est à ce niveau que l’homme révèle son génie, à travers un groove intense qui exploite à merveille les différences pour leur conférer un sens commun.
Sommet.
Le public présent au MGI a eu droit à des instants musicaux exceptionnels, du début à la fin. Le concert a débuté par Sad Lisa de Cat Stevens pour finir sur les notes de Natty Dread de Bob Marley and the Wailers.
Entre ces deux morceaux, un répertoire complètement réadapté pour qu’y soient aménagés ces différents courants qui composent la musique mauricienne, qu’elle soit d’inspiration occidentale, orientale ou africaine. Une intro au sitar pour Message In A Bottle, qui prend des accents reggae-rock-oriental, tandis que guitares, basse, claviers, batterie, tabla, ravanne s’accordent… Nous avons volé vers des sommets. Tuesday’s Dead, No Woman No Cry, Morning Has Broken, Walking On The Moon ont figuré parmi les titres retenus pour cette expérience unique.
Anecdotes.
Pour ce Mauricien qui sort enfin de la discrétion, le concert a également été l’occasion de revenir sur l’étonnant parcours qui l’a amené à voyager à travers le monde et à collaborer avec quelques-uns des plus grands acteurs de la musique des années 70-80. Jimmy Cliff, Cat Stevens, Bob Marley, Les Wailers, Sting et Police : ces quelques noms cités pour retracer des bribes choisies de son histoire disent l’essentiel.
Les anecdotes racontées au fil du concert avaient de quoi rendre pantois. Une fois, le chanteur d’un groupe lui avait demandé de retravailler un titre mis de côté pendant plusieurs années car jugé inintéressant. Jean-Alain Roussel l’avait repris et en était devenu coauteur aux côtés de Sting; le monde découvrait par la suite le tube Every Little Thing She Does Is Magic. Une autre fois, en trois heures, il avait retravaillé une composition qui devait être utilisée pour combler un vide sur l’album que préparaient les Wailers. Résultat : la version connue de No Woman No Cry…
Artistes.
Le succès du concert de Jean-Alain Roussel au MGI a également reposé sur les artistes qui l’ont accompagné sur scène. Parmi, quelques-uns de ses collaborateurs français : Thomas Ottogalli, Olivier Leani, Julien Vonarb, Didier Baniaux. Mais il a aussi pu compter sur les artistes mauriciens présents : Shakti Ramchurn, Ben Codian, Bleck Lindor, Hughes Massandy, Ashley Spéville, Sarah Grace, Eric Triton, José Thérèse… On aura une fois de plus pris plaisir à apprécier le potentiel très prometteur d’Emanuel Desroches, de Yoan Catherine et de Jason Lily.
Une première expérience concluante pour Jean-Alain Roussel, qui rentre en Europe dans quelques jours. Cette visite à Maurice lui a permis de jeter les bases. On attend la suite. L’artiste sera de retour prochainement pour faire encore plus fort.