Le sommet de la Commission de l’océan Indien (COI), qui n’a pu avoir lieu le 26 juillet dernier en raison du crash d’un avion d’Air Algérie, aura lieu le 23 août prochain. Cette catastrophe aérienne, qui a fait quelque 118 victimes dont des Français, a forcé le président de la République française, François Hollande, à reporter sa tournée dans l’océan Indien. La COI avait décidé de reporter le sommet en solidarité avec la France. Le secrétaire général de la Commission de l’océan Indien Jean-Claude de l’Estrac nous parle de l’agenda de ce sommet.
Pouvez-vous confirmer que le sommet de la Commission de l’océan Indien aura finalement lieu ce mois-ci ?
 
Oui, et à notre grande satisfaction. J’ai été informé vendredi par le ministre des Affaires étrangères de l’Union des Comores que suite à des consultations avec l’Élysée, le président Hollande avait indiqué sa disponibilité à participer aux travaux du sommet le 23 de ce mois. Le président Ikililou Dhoinine avait souhaité que le sommet se tienne rapidement après le report provoqué par la tragédie qui avait affligé la France.
Les chefs d’État et de gouvernement consultés ont tous donné leur accord malgré leurs agendas très chargés.
 
Est-ce que l’agenda arrêté lors du dernier conseil des ministres de la COI est maintenu ?
 
Le conseil des ministres préparatoire au sommet avait été également reporté. J’ai consulté la présidente du conseil, Mme Arizoa Razafiramo, ministre des Affaires étrangères de la République de Madagascar, et il est convenu qu’un conseil ministériel se tiendra le 22 août. Mais les questions à débattre ont déjà fait l’objet de discussions lors de deux autres réunions préparatoires, l’une à Moroni en avril, l’autre à Antananarivo au mois de juillet. Il ne devrait pas y avoir des changements.
 
Pouvez-vous élaborer plus longuement sur les points forts de cet agenda ?
 
Le secrétariat général a soumis à l’examen du conseil des ministres une dizaine de propositions nécessitant des validations politiques. Elles portent sur les questions prioritaires du moment. Il s’agit du rôle politique et diplomatique de la COI au service de la stabilité et du développement régional, de la question clé de la connectivité — aérienne, maritime, numérique — de la sécurité maritime, de la sécurité alimentaire régionale, des problèmes des petits États insulaires en développement à la vieille du sommet des Samoa où la COI présentera un plaidoyer non seulement au nom de ses pays membres mais aussi au nom des autres pays insulaires d’Afrique et de l’océan Indien.
Les ministres examineront également la question d’une modification des statuts pour accueillir des « observateurs ».
Le conseil examinera à nouveau une proposition de recherche de financements que nous qualifions « d’innovants » pour assurer le bon fonctionnement de notre organisation, la pérennisation de nos projets et pour satisfaire les nouvelles exigences de nos bailleurs. Le conseil prendra également acte des modalités de financement des projets par le Fonds européen de développement, notre principale source de financement de projets.
 
La sécurité dans la région du sud-ouest de l’océan Indien sera-t-elle un point fort du sommet, et quel sera le rôle de la France ?
 
Les problèmes de sécurité, en particulier la sécurité maritime, sont une préoccupation permanente de la COI. La sécurité, comme chacun sait, est une condition préalable au développement économique et aux échanges commerciaux.
Dans le cadre d’un programme financé par l’Union européenne pour sécuriser la région, la COI et trois autres organisations régionales de l’Afrique orientale et australe, soit le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) mettent en oeuvre un programme commun. La COI est plus particulièrement chargée de coordonner la mise en place d’un mécanisme de coordination régionale de surveillance de la zone maritime et d’un système régional d’échanges d’informations maritimes. C’est dans ce contexte que nous déciderons bientôt de la localisation d’un centre régional de fusion d’informations maritimes.
Nous sommes également impliqués dans la mise en place d’un centre régional de coordination de l’action en mer afin de mener des opérations de surveillance maritimes conjointes.
Nous travaillons naturellement avec tous les États concernés, en particulier ceux de la région de l’Afrique orientale et australe. Et compte tenu de ses intérêts dans cette région du monde, la France porte une attention particulière à cette question.
 
Est-ce que le concept de l’indianocéanie dans ses dimensions politique, économique et sociale est bien compris par tous les pays membres ?
 
Oui, je le pense. Nous avons accompli ces dernières années une révolution culturelle en obtenant que les pays de la région s’approprient le concept, enracinent leur présence et leurs ambitions nationales dans la revendication d’une identité indianocéanienne partagée, devenue de fait le socle et le tremplin de leur avenir. Vous parlez de dimension politique et économique, mais il faut d’abord souligner la dimension culturelle. Ce qui nous rassemble, bien plus que la géographie, c’est l’histoire et la culture. Quelques-uns parmi nous parlent de cette indianocéanie avec des accents émouvants. Je vous invite à lire la lettre ouverte du Réunionnais Paul Hoarau, adressée aux chefs d’États et de gouvernement de la COI à l’occasion du sommet.
 
Est-ce que le fait que La Réunion, département français, soit une région ultrapériphérique européenne affecte ce projet ?
 
Mais pas du tout, je viens de vous référer à un chantre de l’indianocéanie, il est Réunionnais, et il n’est pas le seul. Ce n’est pas étonnant, Paris a toujours manifesté sa volonté de voir La Réunion bien s’intégrer dans son environnement géographique immédiat. Et concrètement, il faut savoir qu’une part de l’aide de l’Union européenne à la Région Réunion est justement destinée à promouvoir sa participation aux projets de coopération régionale. C’est ce qui fait que le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, parle de « réussite collective » lorsqu’il évoque les réalisations de la COI.
 
Et Mayotte dans tout cela ?
 
Mayotte n’est pas un sujet COI. Le conseil des ministres considère, depuis plusieurs années, que le contentieux franco-comorien sur la question doit être traité au plan bilatéral. Cette règle est strictement respectée.
 
Qu’en est-il du changement d’appellation ?
Pas d’amalgame, s’il vous plaît. Ces deux questions ne sont aucunement liées même si certains persistent à le croire.
L’idée d’un changement d’appellation est évoquée officiellement depuis le 28e conseil de ministres. Elle est née de la volonté de donner à la COI une nouvelle identité plus proche de sa réalité et de ses ambitions. Personne n’est contre mais l’Union des Comores veut d’abord s’assurer que ce changement n’implique aucune autre conséquence que celle qui est explicitement prévue. C’est pourquoi elle a demandé que la question soit étudiée lors d’un conseil extraordinaire. Les Comores souhaitent même que ce changement, s’il devait se faire, soit l’occasion d’ouvrir la voie à un processus d’intégration régionale.
 
Le gouvernement et l’opposition mauriciens ont affirmé qu’ils opposeront un non catégorique à toute tentative de Sri Lanka de se joindre à la COI…
La question n’est pas d’actualité. Suite à une étude menée sur la question de l’élargissement, le conseil des ministres est en présence de l’option de création d’un statut d’observateur. Si ce statut est créé, il demeure que l’Accord de Victoria prévoit que toute demande d’adhésion par un État — le texte précise même « ou Entité de la Région » – devra être approuvée « à l’unanimité ». Les pays membres du conseil ont donc une totale maîtrise de la question.