Reconduit à la présidence lors de la 44e assemblée générale de l’Association des Hôteliers et Restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM) qui s’est tenue le jeudi 22 juin au Paradis, Le Morne, Jean Louis Pismont, General Manager de Dinarobin Hotel Golf & Spa, dresse un tableau positif de l’industrie touristique qui, depuis trois ans, remonte la pente. Misant sur le dialogue pour fédérer les membres et adresser les problèmes du secteur, le président réélu souhaite une dynamisation de l’industrie dont l’image gagnerait à être améliorée si tout un chacun, professionnel du secteur, gouvernement aussi bien que citoyen, y mettait du sien. Dans cette optique, il estime que l’environnement est un élément clé à préserver pour assurer la pérennité de l’industrie. D’où les inquiétudes soulevées quant à certains projets qui touchent de trop près les côtes mauriciennes. Dans l’entretien qu’il a accordé à Week-End, il dépeint la vision de l’AHRIM pour faire face aux différents défis qui guettent l’industrie touristique mauricienne.
Vous avez été reconduit jeudi à la présidence de l’AHRIM. Quel bilan faites-vous de l’année passée à la tête de cette instance ?
Cela a d’abord été une année de consolidation, car l’association a retrouvé une santé financière. Avec l’arrivée du groupe Beachomber récemment, cela a contribué à fédérer davantage nos instances. 
2016-17 a donc été une bonne année pour le tourisme. Mais la croissance est moindre. Faut-il s’en inquiéter pour les années à venir ?
N’ayons pas à rougir de ce que nous sommes en train de vivre. Après deux années exceptionnelles de plus de 1 %, cette année va tourner autour de 7%. Ce qui veut dire que le tourisme granditd’environ 30% en trois ans. Ce qui est en soi exceptionnel, lorsqu’on regarde ce qui se passe chez nos concurrents. N’oublions pas qu’il y a eu les incidences de 2009 avec des arrivées négatives. Nous sommes passés par des moments extrêmement difficiles et depuis trois ans nous remontons la pente. Il est normal que cela se calme: c’est un équilibre qui se fait. 
Quels sont les nouveaux défis nationaux et internationaux auxquels aura à faire face l’industrie désormais ? Sommes-nous armés pour les contrecarrer ?
Il y a des choses que nous ne maîtrisons pas, à l’instar de toute la politique internationale. Et à ce titre, ce qui s’est passé jeudi à l’ONU avec les Chagos peut en faire partie. Il y a aussi l’influence des monnaies, ou encore la sécurité. La sécurité est un élément extrêmement important de notre industrie. Nous avons eu il y a quelques années un malheureux drame. C’est pourquoi il y a eu des mesures pour une utilisation obligatoire des caméras de surveillance. Tous les acteurs du secteur sont conscients de l’importance de la sécurité, mais la sécurité, c’est aussi tout ce qui concerne les touristes à l’extérieur des hôtels. Et là, c’est également le travail de tout un chacun. Nous sommes une industrie fragile et nous avons à être sensibles à ces choses. Cependant, il y a d’autres facteurs que nous pouvons mitiger, comme la diversification des marchés. Voilà toute l’importance de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. À travers le marketing, nous pouvons dynamiser nos marchés, notre image etnous protéger.
Vous avez évoqué dans votre discours vos inquiétudes par rapport à divers projets, dont celui de l’aquaculture dans l’ouest du pays ou encore celui du ravitaillement en pétrole des bateaux au large d’Albion,qui risquent de mettre en péril la pérennité de l’industrie touristique mauricienne…
Nous avons pris connaissance d’un projet d’aquaculture dans l’ouest du pays, mais depuis sa première apparition publique, sous forme d’une demande pour une EIA Licence, aucun expert n’a pu donner une idéeincontestable de son impact sur le plan social, économique et environnemental. Nous sommes inquiets, car se serait inconscient de ne pas considérer ces risques juste à côté de nos côtes. Cette entreprise pense créer 500 emplois. Mais nous nous en créons 950 par an. Nous avons entendu tellement de choses qu’il devient pour nous, dans l’inconnu, primordial d’appliquer le principe de précaution, car il existe trop d’enjeux par rapport aux 50 000 emplois directs que nous pourvoyons. Nous ne pouvons évidemment pas prendre de risque. Idem en ce qui concerne le projet de la plateforme pétrolière à Albion. Cela ne va pas dire que nous sommes contre le développement de Maurice, mais il n’y a, à ce jour, aucun consensus pour nous dire qu’il n’y a pas de risques. C’est dans cette optique que nous allons cette semaine entamer les procédures pour faire appel de la demande d’EIA au niveau de l’environnement. Le principe de précaution doit prévaloir.
L’AHRIM comme le gouvernement semblent vouloir prôner le dialogue pour l’avancement de l’industrie. Or, il existe un épineux problème entre les tours opérateurs et les taximen d’hôtels, avec également un procès en cour. Quelles sont les solutions que propose l’AHRIM ?
Nous pensons qu’il faut respecter le principe de choix du client. On peut dire ce qu’on veut, légiférer autant qu’on veut, à la fin c’est le client qui décide. Le modèle tel qu’il existe ne peut pas tenir. Où est-ce que dans le monde nous avons des taxis qui attendent dehors, à part dans les grandes villes comme Paris, New York, etc. Il faut remettre tous ces emplois à jour, avec la modernité et la qualité pour toujours améliorer le standing, la voiture, les miteuses, les uniformes C’est aussi une question de sécurité. Les obligations d’affichage de prix ne sont pasrespectées. Tout cela doit être pris en compte, mais tant qu’on s’acharnera à garder ce business model, nous allons avoir des difficultés. Les autorités ne veulent pas agir et dans ces conditions ce corps de métier va connaître des difficultés dans le futur. Or, il y a assez de touristes pour tout le monde. Mais c’est un secteur qui doit se remettre en cause, où la Tourism Authority et la National Transport Authority sont capables de mettre de l’ordre.
Dans la perspective du développement durable de l’industrie, les professionnels du secteur misent sur les ressources humaines. Cependant, vous avez évoqué certaines lacunes au niveau de la formation et estimez par ailleurs que l’École hôtelière Sir Gaëtan Duval ne répond plus forcément aux besoins du secteur.Quelles sont vos attentes ?
Dans le passé, l’École hôtelière était sous l’autorité du ministère du Tourisme et nous étions très impliqués dans sa gestion, mais depuis qu’elle est passée sous l’égide du ministère de l’Éducation, ce sont les normes du système d’éducation mauricien qui sont appliquées. On déplore cette situation, car cela ne convient pas aux métiers spécifiques que sont l’hôtellerie et la restauration. Il est malheureux de constater que depuis la disparition de l’ancien directeur dans des circonstances troubles aux Seychelles, personne n’a été nommé pour remplacer Harmon Chellen. Cette école roule pourtant, et c’est à se demander comment. Nous pensons à l’AHRIM qu’il existe de bons professionnels qui peuvent faire un excellent travail, mais ily a un manque de moyens. Au lieu d’ouvrir, comme nous l’avons entendu, une école polytechnique à Montagne Blanche, cet argent aurait été mieux utilisé si dirigé vers une vraie académie. C’est en ce sens que l’AHRIM envisage, si rien n’est fait, de créer sa propre académie. Il ne faut pas oublier que le métier touristique est un ascenseur social exceptionnel.
Quelle est votre vision pour renforcer l’hospitalité mauricienne et la compétitivité ?
Il faut davantage renforcer l’accès aérien. Cela équivaut à unemeilleure compétitivité sur les prix des billet sd’avion et une meilleure visibilité. Cette politique paye, comme le démontre la hausse des arrivées touristiques. Contrairement à ce qu’on avait laissé croire, ce n’est pas au détriment de MK, qui fait de gros profits. Nous devons aussi continuer à travailler pour la sauvegarde de l’accueil légendaire du mauricien et l’image de la destination. Maurice demeure et restera une destination haut de gamme et sûre. Cependant, il faut penser à ce qui est à l’extérieur des hôtels, soit le housekeepingdu pays, son environnement, les chiens errants, l’état et la signalisation sur des routes. Le tourisme, ce n’est pas que les hôtels. C’est tout le pays.
Et votre challenge à vous ?
Je souhaite continuer à fédérer l’association pour qu’on parle d’une seule voix pour la bonne cause de l’industrie et pour que les bonnes décisions soient prises avec les autorités. Au niveau de l’AHRIM, nous souhaitons par ailleurs mieux communiquer et, dans cette optique, nous allons sortir un magazine deux fois par an. Ce sera un magazine d’opinion qui fera plaisir à certains et ne plaira pas à d’autres. On aura la contribution des experts de haute facture pour des réflexions sur the way forward. Nous voulons également dynamiser notre aide sociale. Il y a pleins de projets qui se feront selon l’agenda que nous avons établi.