Alors qu’on associe souvent au monde de la nuit tout un jeu de mascarades entre ceux qui se rencontrent, un univers où l’on se laisse aller à toutes sortes de tentations, Jean-Loup Capiron, propriétaire avec sa compagne, Fabienne Goaguen, de la boîte de nuit Julie’s Club, a su garder la tête sur les épaules. Originaire de Grand-Gaube et issu d’une famille de pêcheurs et de cuisiniers, il a su percer dans ce monde « impitoyable » qu’est celui de la nuit. Là où d’autres auraient mis une dizaine d’années avant d’arriver là où il en est aujourd’hui, lui aura seulement mis deux ans pour passer de barman à responsable de bar pour, enfin, être propriétaire d’un bar/boîte de nuit depuis 2008. Julie’s Club, à Pereybère, emploie une dizaine de personnes. Portrait d’un “self-made-man” qui nous parle de « ce métier difficile, qui évolue très vite ».
Il y a plusieurs années de cela, ne sachant trop comment canaliser l’excès d’énergie de leur jeune fils, les parents de Jean-Loup Capiron décidèrent de l’envoyer travailler avec ses oncles maçon et menuisier pendant les vacances scolaires. En grandissant, la mère de l’adolescent tombe malade, ce qui contraint le jeune garçon à arrêter l’école pour travailler. Son SC en poche, il cumule les petits boulots dans les hôtels et s’initie au métier de serveur à l’hôtel Belle-Mare Plage. Il se retrouvera par la suite dans la restauration. Mais ce secteur lui demandant trop de son temps, il suit le conseil d’un oncle et décide de travailler dans une boîte de nuit. « J’ai commencé comme plongeur. On m’a ensuite employé comme barman, puis comme responsable de bar pendant trois ans. » Là encore, comme le métier est très prenant et que la pression est omniprésente, Jean-Loup Capiron, poussé par son élan entrepreneurial, décide de se lancer dans la vente de poissons. Pas pour longtemps. Il redémarre comme assistant-bar manager au pub Murphy’s. « Après, je suis passé manager au Banana et c’est là que j’ai rencontré ma compagne et qu’on a décidé d’ouvrir le Julie’s Club. »
Compétition féroce
Gérer un bar/boîte de nuit, nous confie Jean-Loup Capiron, « requiert beaucoup de travail ». Il ajoute : « C’est un milieu très compliqué. La compétition est féroce aujourd’hui. Rien que dans le nord, il existe une dizaine de discothèques. Le “All Inclusive Package” n’encourage pas les touristes qui, autrefois, constituaient une bonne part du marché. En plus, il y a la crise économique… » À l’en croire, les boîtes de nuit ne rapportent plus beaucoup. « Si on n’a pas une bonne gestion, une boîte de nuit peut tenir entre six mois à un an. Quand elle est bien gérée, une bonne boîte de nuit peut avoir du succès pendant trois à cinq ans. Après, il y a une phase de déclin. C’est là qu’il faut avoir les nerfs solides ?! Dans la culture mauricienne, on aime tout ce qui est nouveau. Il faut donc toujours innover, avoir un bon DJ, un bon service, une bonne gestion des finances et connaître les tendances. C’est beaucoup d’efforts pour peu de résultats. »
Notre interlocuteur regrette par ailleurs que les boîtes de nuit doivent faire les frais des restos ou bars qui « opéraient comme boîtes de nuit alors qu’ils n’avaient pas leur permis ». Il reprend : « Ça a été à la source des nouveaux règlements imposés sur nous. Réglementer le monde de la nuit, qui n’a pas toujours eu une bonne image, est une bonne chose, mais cela a un coût. »
Les qualités requises pour bien gérer une boîte de nuit ?? « Il faut toujours être là et faire attention aux comportements des gens. L’expérience joue aussi. Je suis jeune, mais je suis dans le domaine depuis l’âge de 18 ans. » Comment constitue-t-on sa clientèle ?? « Dans mon cas, cela se passe de bouche-à-oreille, car la publicité est très coûteuse. »
Les métiers de la nuit usent
Comment demeurer motivé quand on sait qu’une boîte de nuit, bien gérée, peut espérer avoir une durée de trois à cinq ans ?? « Je pense qu’après 35-40 ans, ce métier n’est plus pour vous. » C’est ainsi que Jean-Loup Capiron, en toute prévoyance, a commencé un petit business de pêche en parallèle. « Je pense que ce secteur présente un peu plus d’opportunités que d’autres. Les métiers de la nuit usent. C’est vraiment épuisant. » Si le propriétaire du Julie’s Club dit aimer les rencontres faites à travers ce métier, il ne se souvient pas moins des difficultés avant d’ouvrir sa boîte de nuit. « C’était très compliqué. Il y avait beaucoup d’envieux parce que, malgré mon milieu modeste, j’avais une clientèle assez aisée. Certains ont essayé de me mettre les bâtons dans les roues. Il a fallu faire montre de caractère. En même temps, il faut être calme parce que le client, quand il vient, doit se sentir en sécurité et à l’aise. C’est un milieu difficile, car tout évolue très vite. »
Si aujourd’hui Jean-Loup Capiron est propriétaire du Julie’s Club, c’est, dit-il, le résultat d’« un dur labeur ». À l’horizon, il entrevoit un avenir différent. « J’ai participé à faire évoluer la nightlife, mais, d’ici quelques années, j’aimerais en finir avec ce métier et avoir une vie plus tranquille avec mon business de pêche. La nuit est comme une éducation. Quand vous en avez fait l’expérience, les métiers de jour semblent plus faciles. »
Dans un univers rempli de tentations de toutes sortes, Jean-Loup Capiron a su demeurer fidèle à son honnêteté. « C’est un monde très sensible où la réputation est fragile. Je ne joue pas avec cela. » Il a su être “in” tout en gardant ses distances des risques rattachés à l’univers nocturne. « C’est un choix. Soit on est intègre, soit on ne l’est pas. J’ai toujours tout fait pour être dans la légalité. Il faut toujours mesurer la conséquence de ses actes. Ce serait dommage de travailler pendant 15 ans et de tout balancer en un jour. » L’entrepreneur souhaite que « les entreprises qui comptent sur les touristes reprennent et qu’il y ait une meilleure collaboration entre les hôtels et les entreprises ».