Il a un physique de sportif, un regard profond, la parole et la blague faciles. Il a surtout la gouaille d’un titi parisien qui a l’accent et le vocabulaire des Arabes immigrés en France. Un ex-rabbin juif qui parle comme un beur, en quelque sorte ! Mais derrière cet aspect débonnaire se cache un homme qui connaît ses classiques religieux et les chapitres et versets de la Bible sur le bout des doigts. L’itinéraire spirituel de Jean-Marie Elie Setbond est vraiment hors du commun et ce n’est pas qu’une jolie formule. Il naît en 1964 dans la banlieue parisienne, dans une famille juive qui, tout en n’étant pas très pratiquante, respecte les préceptes de la loi religieuse juive. Jean-Marc – c’est son prénom à l’époque – a l’enfance sans histoire d’un gamin qui préfère le foot à l’école alors que, selon la formule consacrée « pourrait faire mieux », ce qui désespère sa mère. C’est à l’âge de 8 ans et pendant des vacances qu’il découvre Jésus-Christ à travers la croix et dévient fasciné par ce symbole religieux catholique. Il vit son attirance pour Jésus-Christ secrètement puisque pour les Juifs le crucifié d’Israël n’est pas le fils de Dieu, mais un blasphémateur, celui dont on ne prononce pas le nom. Obsédé par Jésus-Christ, Jean-Marc commence à aller en cachette dans les églises catholiques. En même temps, il commence à préparer sa bar-mistva, la cérémonie religieuse juive par laquelle le jeune garçon devient homme. Pour cette préparation, il doit étudier la Torah, le livre sacré des juifs et les textes des grands prophètes de la Bible. Ces études le passionnent, ce qui ne met pas fin à sa passion pour le Christ puisqu’un dimanche il se rend à la basilique du Sacré-Coeur, à Paris et la communion. «J’ai été poussé intérieurement à me mettre en rang pour aller recevoir l’hostie dont j’ignore totalement la nature et le sens. J’ai peur que le prêtre me repère si je ne fais pas comme il faut. Je vois des gens qui murmurent quelque chose avant de recevoir l’hostie dans leur bouche. Je tends l’oreille et quand je me rends compte qu’ils disent « amen », je suis soulagé ! Ce n’est pas compliqué, c’est un mot qu’on utilise aussi chez nous les Juifs !» Vers 14 ans, ses parents, qui craignent qu’il ne finisse par devenir un voyou, le font inscrire dans une école juive. Là, il va parfaire sa connaissance du judaïsme, apprendre l’histoire du peuple juif et de ses longues pérégrinations à travers le monde. Mais ses nouvelles connaissances religieuses ne diminuent pas sa passion pour Jésus-Christ, puisqu’un jour il débarque au Sacré-Coeur, rencontre un prêtre à qui il dit : «Je suis juif, je veux devenir catholique !» Dépassé par cette demande, le prêtre lui demande d’attendre, mais Jean-Marc, déçu par l’accueil, rentre chez lui, mais va continuer à assister à la messe et à communier jusqu’à ce qu’il quitte la France.