DR ZIBYA ISSACK

Gérard de Cortanze, romancier et essayiste, décrit son personnage principal dans son livre J.M.G Le Clézio comme un « armateur breton devenu mauricien ». En effet, Jean-Marie Le Clézio se dit être un enfant de Maurice, de Bretagne et de Nice : « Où l’on va, c’est là d’où l’on vient ». C’est bien en ce sens que l’auteur nous laisse deviner que Le chercheur d’or et La quarantaine sont en partie, des romans autobiographiques.

Ces textes relèvent le double fictif d’Alexis, le propre grand-père de l’auteur qui aborde l’Isle de France le 14 juillet 1768  : « Il pouvait s’écrier, ou penser au fond de lui-même, comme le héros de La quarantaine et du Chercheur d’or le ferait un siècle plus tard  : Maurice est le dernier endroit au monde où je pourrais être un touriste ». Inspiré par l’aventure vécue par le grand-père paternel, Jean-Marie Le Clézio décide de partir sur les traces de ce dernier. C’est en tant que personnage franco-breton-mauricien qu’il se lance ainsi dans le désordre géographique, chronologique et émotionnel de cette île à laquelle il dit appartenir. Le parcours de ses personnages franco-mauriciens marquants : Alexis l’Étang et Léon Archambau sont présentés comme des rebelles qui ont osé bafouer les règles de leur société. Ils incarnent des sentiments et un parcours qui pourraient être ceux du narrateur lui-même.

Ils deviennent en effet ces personnages héroïques qui ont été soumis aux affres de la passion et qui sont pris dans les contradictions, pour finalement s’affirmer aux côtés des personnages indo-mauriciens Surya et Ouma. C’est à travers le regard du narrateur que ces derniers apparaissent comme des êtres révolutionnaires dont les valeurs les placent au-dessus des autres membres du clan familial. Comme un médiateur entre le présent et le passé, le narrateur veut reconstituer cette fracture familiale et restaurer l’ordre des choses. À travers Léon et Alexis on comprend qu’il n’y a plus rien à attendre en dehors de cette île. La rupture, la transition et la mutation familiale sont devenues autant de facteurs qui rejaillissent un siècle plus tard. Le champ d’action du narrateur est bien plus centré sur les valeurs de la vie que sur l’apparence.

Si, depuis plus d’un siècle déjà, Léon s’est montré révolutionnaire, Alexis ne manque pas lui aussi de vivre comme il l’entend. En tant qu’écrivain engagé, Le Clézio utilise des mots qui constituent une véritable arme de prédilection. C’est sans doute en ce sens qu’il assume une écriture décapante qui pourrait s’assimiler à une littérature de combat. On retrouve chez lui la même idéologie qui l’a accompagné à son arrivée à Maurice : celle du rejet d’une mentalité fermée dans un monde ouvert.